L'heure de la rentrée

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1er septembre. J'ai du mal à y croire. Comme tous les ans, l'été m'a filé entre les doigts. J'ai eu beau m'accrocher aux jours pour essayer de les retenir, ce fut parfaitement inutile, et voilà : c'est l'heure de la rentrée. Ici, les agapanthes se sont fanées peu à peu, et les chemins ont pris la couleur ocre du du fenouil sauvage en fleur. Les soirées interminables de mon début d'été se sont vite raccourcies ; j'habite pourtant au bout du monde, dont l'un des avantages - et non des moindres - est de faire durer les couchers de soleil plus longtemps qu’ailleurs. Il n'empêche ; un jour, j'ai levé la tête, il était 22h, et il faisait nuit : j'ai eu du mal à y croire.

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Evidemment, je suis d'autant plus réticente à voir arriver l'automne que mon été s'est déroulé aussi bien que possible, et mieux encore. Finalement, j'ai assez peu été toute seule dans cette grande maison ; il y a toujours eu du monde, des copains, de la famille, des parties de Catane sous le cyprès, de longues heures sur la plage à rassembler le courage d'aller dans l'eau, des fest-noz près du phare, des apéros au Nautilus, des rigolades à n'en plus finir et puis, aussi, des après-midi passées à dévaliser les rayons de la librairie Ravy en excellente compagnie. J’ai été tellement heureuse et, plus que jamais, consciente de la chance que j’ai de pouvoir vivre ici et d’avoir des copains adorés prêts à faire autant de kilomètres pour venir me voir. Comme le dit ma voisine : c’est le paradis sur terre, ici.

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Je travaille encore quinze jours ici. Ce sera bien, ni trop, ni pas assez ; c'est sans doute trop tôt pour faire le bilan, mais j'ai adoré ce job, et cet été, et je me remercie silencieusement tous les jours de m'être fait confiance et d'avoir pris la décision de partir. Il se passe des choses formidables lorsqu’on décide d’écouter vraiment ce que nous dicte notre instinct ; cette décision un peu dingue de faire le GR34, et d’en faire un blog, tout ceci a, encore aujourd’hui, des conséquences positives qui continuent à me surprendre.

Après la fin de mon contrat ... l'avenir est encore un peu flou. A la faveur d'un aller-retour un peu cauchemardesque pour passer des entretiens à Paris, j'ai tout de même fini par me rendre compte que toutes les choses que je considérais comme absolument nécessaires, obligatoires, il-faut-en-passer-par-là ne l'étaient sans doute pas. D'autant que j'ai la chance de faire un métier qui peut s'exercer partout où il existe des sites internet soit ... partout.

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J'ai laissé tomber sans grand regret l'idée d'être une super surfeuse : ma planche a passé l'été au garage, ou presque. Il y a eu tellement de monde dans l'eau que j'avais des sueurs froides à l'idée d'éborgner quelqu'un avec ma planche en mousse. Mon tapis de yoga n'a pas beaucoup été déroulé, et mon matos d'escalade attends patiemment que je m'y remette (c'est prévu !) ; en fait, j'ai surtout passé beaucoup de temps dans l'eau, et quelques heures, aussi, à rechausser avec précaution mes baskets de course, qui prenaient la poussière depuis presque deux ans. A l'époque, j'avais enchaîné les blessures et j'en avais été quitte pour un certain ras-le-bol ; mais ici c'est différent, et ce serait quand même bien que je me bouge un peu ...

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... car pour en revenir au sujet principal de ce blog (est-ce-que quelqu'un suit toujours ?), il se pourrait bien que quelque chose se prépare pour septembre. Ce ne sera pas la Grande Traversée des Alpes (un jour !), mais ça devrait quand même être très bien, et dans les montagnes, surtout. Après trois mois à ne pas trop bouger (avec bonheur) de mon bord de l'eau, j'ai forcément très hâte d'être dans les Alpes, de retrouver mes habitudes de rando, d'enfiler mes chaussures de trail toutes neuves (eh oui, j'ai sauté le pas, comme une ultralighteuse aguerrie : fini le Gore-Tex ! so long, old friend), de me frotter un peu au dénivelé, de dormir au milieu de nulle part, de n'avoir comme souci que le prochain point d'eau et le prochain refuge, et même de manger des flocons d'avoine au petit dèj'. J'ai hâte !

Je vous retrouve normalement très bientôt, dès que j'en saurai un peu plus. En attendant, je retourne peaufiner mon lighterpack et faire le plein de mon parfum de ramen préféré (curry vert, au cas où quelqu'un aurait encore un doute). A la prochaine !

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Pornic, Pénestin : ici et ailleurs

Pornic

Pornic

Hello hello hello. Je vous écris de la terrasse de la crêperie du Phare ; comme tous les jours, j’ai oublié de me faire à manger (enfin pour être précise, ce matin, j’ai eu une petite panne de réveil), et aujourd’hui, j’avais un peu la flemme de pédaler pour retourner trouver une boulangerie ouverte. Donc : crêpes. Il y a pire pour une pause dej. Et j’ai oublié de prendre un livre, ce qui me donne l’occasion de commencer enfin cet article ; je le repousse depuis des jours, j’ai vite l’angoisse de la page blanche sur mon ordinateur. C’est moins intimidant ici. 

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Tout va toujours bien dans mon bout du monde. « La saison » a commencé et pour la première fois de ma vie, je suis côté local, et pas touriste ; jusqu’à dimanche, le monde se souhaitait bonne saison et j’ai l’impression d’avoir été admise dans le club. Je continue à bosser dans le job-d’été-le-plus-cool-du-monde et à tester à peu près tout ce qu’il existe dans le pays bigouden. On s’est bien marré l’autre jour sur les paddles du centre nautique de l’Ile Tudy, et je suis allée faire un saut aux Glénans la semaine dernière ; j’étais loin d’être toute seule, mais une après-midi dans ces eaux caribéennes valait bien le bain de foule.

A propos d’activité nautique, le vent tarde à se lever par ici, ce qui est vraiment exceptionnel. Ma planche n’a pas bougé du garage. En même temps, ce n’est qu’une chose parmi tant d’autres ici qui sont soumises aux aléas du temps, aux horaires des marées, et plus généralement au bon vouloir de la nature. Croyez-moi, quand on a plutôt l’habitude d’avoir sa vie régie par le bon vouloir de la RATP, c’est parfaitement délicieux. Sauf bien sûr quand le vent de terre se réveille et que je souffre un peu sur mon petit vélo ... 

Aux Glénans

Aux Glénans

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J’avais loué une voiture pour mes premières semaines ici et je me suis empressée de lui présenter les ruelles un peu étroites (un peu striz, comme on dit ici) de Kérity et les poteaux électriques qui vont avec. Bilan : toute la portière arrière à refaire, malgré une vitesse de pointe à 2km/h. J’aurais dû me douter que c’était vraiment une très mauvaise idée de me confier une Twingo flambant neuve ... Toute ma caution y est passée. Ambiance. Je savais bien que j’aurais mieux fait de continuer à me déplacer à pied. 

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Ceci étant dit, tant qu’à faire, je l’ai rentabilisée au maximum : elle m’a accompagnée à deux reprises un peu plus à l’est ... Il y a quelques semaines, les cheveux encore trempés de mon après-midi à la plage, j’ai commencé par aller retrouver mes copines à Pornic, comme tous les ans depuis 2017. Même si j’ai passé trois ans à Nantes, je ne connaissais pas Pornic avant que Maud nous y emmène. C’est notre rendez-vous de l’été, et nous ne changeons ni de logement, ni de programme, ni de menu. Cette année encore, on a donc traîné nos sandales à la plage, mangé des moules-frites et des glaces à la Fraiseraie, conclu deux parties de belote sans presque s’engueuler, et bouquiné sur la terrasse. Comme d’habitude, c’était parfait, et j’ai introduit à l’approbation générale la seule révolution du week-end en délocalisant le rosé piscine, ce truc de parisien, en Loire-Atlantique. Adopté pour les prochaines. 

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LEs dorades !

LEs dorades !

La semaine dernière, à la faveur d’un dimanche non travaillé, j’ai fait un aller-retour express dans le Morbihan pour aller voir des copains. C’est une maison dont mes souvenirs remontent à une autre époque, et je suis toujours aussi contente d’y retourner ; c’est le genre de choses que je ne tiens plus pour acquises - les maisons en bord de mer, les barbecues dans le jardin, les volets bleus qui s’ouvrent sur les hortensias encore dans l’ombre du matin. Merci Lucille, Mathieu, pour les dorades bien cuites et les crevettes fraîchement pêchées, les baignades du dimanche matin et les rigolades à la tombée de la nuit. Vivement les prochaines. 

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Mes podcasts en rando (+ quelques nouvelles d'ici)

Bonjour tout le monde ! Me revoilà pour des nouvelles (si vous êtes venu pour les podcasts, c’est plus bas !). Ca fait presque une semaine que je suis arrivée à Pors Carn et tout va bien. J’ai loué une voiture pour les deux premières semaines histoire d’être un peu autonome et je découvre à quel point on va vite quand on n’est pas à pied. La BioCoop la plus proche est à quelques kilomètres, le long d’une départementale, ce qui deviendra compliqué quand je devrai y aller à vélo … C’est la parabole du livreur de tofu (c’est une coïncidence, mais c’est précisément ce que j’étais venue y acheter). Je l’ai découverte via Mona Chollet dans Chez soi, où elle cite un article d’Augustin Berque dans le Monde Diplo, dont je reproduis un extrait ici et que je vous laisse méditer.

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“C'est ce que l'on peut illustrer par la parabole du livreur de tofu. Prenez une ville traditionnelle, bien compacte, avant la diffusion de l'automobile. Cent habitants y vont à pied acheter leur tofu au coin de la rue. Maintenant, prenez l'urbain diffus. Ces cent habitants y vivent chacun dans sa maison individuelle, isolée au bout d'une petite route au fond du paysage ; et chacun commande son tofu sur Internet. Il faut donc maintenant cent livraisons motorisées pour acheminer ces cent tofus au bout de ces cent routes. Quel est le plus écologique, la ville compacte ou l'urbain diffus ?”

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J’ai constamment les yeux rivés sur le Cap Sizun en n’arrivant pas à croire que j’ai fait tout ça, et bien plus encore. La maison est encore vide en ce début d’été ; je mets la musique à fond, et je suis allée chercher mon composteur qui trône fièrement dans l’arrière-cour. Bientôt ce sera le grand chambardement de l’été, donc j’en profite. J’ai commencé mon travail qui est sans aucun doute le job d’été le plus rigolo que j’ai eu de ma vie. Hier après-midi, temps radieux et planning vide, j’ai embarqué avec Didier pour aller voir les phoques aux Etocs (il restait des places sur le bateau) et surprise surprise, au milieu d’une chasse incroyable de fous de Bassan, on est tombés sur des dauphins … Trop de bol. Je n’ai pas encore été nager, à ma grande surprise : il faut dire qu’il y a une grande différence entre passer l’été à la plage et travailler toute la journée et se convaincre d’aller mettre autre chose que les pieds dans l’eau de Pors Carn.

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Bon, passons aux podcasts. J’en écoute beaucoup dans la vie en général et évidemment j’en ai beaucoup écouté pendant la rando. Ci-dessous, ma sélection forcément subjective …

En français :

  • Le masque et la plume : ce n’est une découverte pour personne, c’est une des émissions cultes de France Inter ; j’ai beaucoup assisté aux enregistrements quand j’étais en prépa et c’est presque aussi bien à la radio. Je suis rarement leurs recommandations car je ne suis pas une grande cinéphile mais j’ai découvert des livres formidables et surtout, l’émission est passionnante quoi qu’il arrive.

  • Les couilles sur la table : J’en ai déjà parlé sur le blog. Ce super podcast produit par Binge Audio explore les masculinités du point de vue du genre ce qui, si comme moi vous avez beaucoup lu sur les questions de féminisme, permet de voir les choses sous un angle différent. Victoire Tuaillon est une excellente animatrice et je vous conseille en particulier l’épisode avec Manon Garcia, Ce que la soumission féminine fait aux hommes, qui a révolutionné ma vie (rien que ça).

  • A bientôt de te revoir : Encore un podcast Binge Audio. Celui-ci est animé par Sophie-Marie Larrouy ; ce sont des émissions enregistrés en public avec un invité, plus ou moins connus. Je vous préviens, ne vous attendez pas à de longs entretiens intimistes : en général les questions n’ont ni queue ni tête mais pour peu que vous aimiez l’humour absurde, c’est très, très drôle.

  • Un podcast à soi : Produit par Arte Radio et présenté par Charlotte Bienaimé, ce sont de longues émissions (1h) qui explorent en profondeur un thème lié au(x) féminisme(s) : la vieillesse, le sexisme ordinaire, le sport … Je vous conseille en particulier celui sur les violences obstétricales. Bon évidemment : c’est rarement joyeux, et celui-ci est assez dur, mais essentiel, et toujours émaillé de lectures de textes très bien choisi.

  • Transfert : un désormais classique de Slate où une personne raconte une histoire incroyable, émouvante, drôle, tragique … On n’entend pas du tout la voix des producteurs, sauf au début. Les épisodes sont de qualité inégale, je trouve que globalement ceux du début étaient mieux et ils dépendent beaucoup du charisme de la personne interrogée mais certains valent vraiment le coup.

  • Les pieds sur terre : made in France Culture, vous avez des années et des années d’archives à rattraper si vous ne connaissez pas ! Là aussi, on entend très peu la voix des producteurs, qui laissent s’exprimer les personnes à qui ils tendent le micro, ce qui est vraiment trop rare. Leur série “Le grand frisson” était particulièrement intéressante.

En anglais :

  • This American Life : là non plus, je ne vais pas révolutionner votre vie, il s’agit sans doute d’un des podcasts américains les plus populaires ! Présenté par Ira Glass, il explore un thème chaque semaine, avec quelques variations : en général des reportages d’une vingtaine de minutes, parfois des fictions ; ça peut être très drôle comme très touchant. Ils ont des intervenants parfois prestigieux : je vous conseille par exemple l’épisode de Noël avec David Sedaris qui est à mourir de rire.

  • How I Built This : Un podcast de Guy Raz qui a pris énormément d’ampleur, où il interviewe des entrepreneurs sur leurs histoires et ce qui a fait leurs succès (ou pas !). Là, le présentateur a un vrai rôle et même s’il laisse la place aux personnes interrogées, ses questions permettent de les pousser dans des réflexions intéressantes.

  • Wait Wait… Don’t tell me ! : Cette émission de la NPR est en fait un quiz sur les événements (américains) de la semaine qui vient de s’écouler, en général politiques mais pas seulement. Il y a plusieurs participants / contributeurs (“panelists” en VO) et un invité plus connu : c’est immanquablement très drôle et forcément instructif.

  • Serial & The Dropout : Ce sont deux podcasts très différents mais très bons pour le binge-listening : le premier (dont il faut surtout écouter la première saison) suit un cas judiciaire passionnant et le second raconte l’histoire d’Elizabeth Holmes, qui avait fondé la startup de medtech Theranos - qui s’est révélée être une arnaque géante.

  • Backpacker Radio : à réserver à ceux qui, comme moi, sont un peu obsédés par les sentiers de la Triple Crown américaine (Appalachian Trail, Pacific Crest Trail, Continental Divide Trail) et qui n’ont pas peur d’entendre parler de gear, parfois pendant de longues minutes. Ce sont des émissions de parfois 2h avec des invités prestigieux dans leur domaine : Andrew Skurka, Heather Anderson, Scott Jurek … Si ces noms ne vous disent rien, passez votre chemin, mais dans le cas contraire : foncez !

N’hésitez pas si vous avez des recommandations de votre côté !

1000 km sur le GR34 : le bilan

Encore moi ! Il est déjà l’heure de faire le bilan de ce voyage, ou du moins un premier bilan. A J+1 de l’arrivée, je ne suis pas sûre d’en apercevoir toutes les ramifications, mais je peux déjà vous donner mes impressions à chaud, quelques statistiques (évidemment), quelques éléments de réflexion, et puis vous dire aussi ce que je vais faire de mon été … et ce qu’il va advenir de ce blog. J’espère que vous avez un peu de temps devant vous, ça risque d’être long !

Pors carn aujourdhui

Pors carn aujourdhui

Je suis donc arrivée hier soir à Saint-Guénolé, et même si je n’ai jamais senti, au cours de ces dernières semaines, de manque ou de lassitude intense - que ce soit pour la nourriture, le sommeil, les distractions, les fringues ! j’ai été bien contente de retrouver mes affaires. J’ai aussi trouvé que j’en avais une quantité incroyable. Entendons-nous bien, je vais passer l’été ici, pas juste deux semaines, et c’était justifié d’emporter (un peu …) plus qu’une valise, mais j’ai dû vider trois sacs pour trouver mon shampoing. Ca m’a un peu donné le tournis, alors même que bien que je ne sois pas tout à fait minimaliste, je fais quand même du tri régulièrement dans mes affaires, d’autant que j’en suis à mon 10ème, 11ème ? déménagement en autant d’années. Enfin bon. J’ai à peu près tout rangé cet après-midi et rempli une armoire avec mes habits, tout en sachant que je risque de passer trois mois dans le même short, le même tee-shirt et les mêmes baskets (précisément ceux de la photo à droite, qui a déjà quelques années).

Je savais bien, quand je suis partie, que je captais quelque chose de l’air du temps : je n’ai rien inventé, ça fait déjà quelques mois que je vois de plus en plus d’articles sur le refus de prendre l’avion, le slow travel, la compensation carbone. Ce n’était pas une force motrice dans ma décision de partir en randonnée, mais ça a évidemment compté. On m’a beaucoup demandé quand j’expliquais mon projet pourquoi je ne partais pas plutôt, tant qu’à faire, en Nouvelle-Zélande ou en Argentine. Ce sont des destinations qui me font envie, bien sûr ; mais il y a quelque chose de magique dans le fait de partir et d’arriver à pied, dans le fait de faire le chemin en entier (ou presque), même les passages moins séduisants à priori ; dans le fait d’être entièrement autonome et de posséder tout ce dont on a besoin dans un sac à dos ; et pour moi, aussi, dans le fait de faire ça en Bretagne. J’espère que je vous aurais donné envie de vous y intéresser ! Sur ce, quelques faits concrets.

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  • Etat physique et moral

Excellents mon capitaine. J’ai vraiment eu beaucoup de chance et je ne me suis pas blessée du tout ; j’ai quand même eu de grosses ampoules au début qui ont mis environ une semaine à se résorber, avec un mélange de Compeed et de percer-l’ampoule-avec-un-fil. J’ai eu aussi beaucoup de courbatures, mais enfin bon, c’est le strict minimum, non ? Zéro résurgence de mes soucis liés à la course à pied (périostite et je ne sais plus comment ça s’appelle, problème à la plante de pied), j’avais emmené une balle de massage que j’ai surtout utilisée au début. Sinon, à part quelques coups de soleil et ronces un peu agressives … RAS. Ah si, j’ai perdu deux petits kilos ; je vous rassure, ça va vite se remettre à niveau. Et niveau mental, je ne vous apprends rien : il n’y a pas grand chose qui aère plus la tête qu’une balade au grand air, alors 1000 bornes … Tutti va bene.

  • Matériel

Je pense que le sujet appellera des articles de feedback plus détaillés, sur ma tente par exemple (bien que j’en ai perdu la moitié hier, donc est-ce-que je peux vraiment encore en parler ???). Je peux déjà vous dire que dépenser un peu d’argent dans du matériel léger et surtout du temps pour choisir ce que j’allais emporter est le meilleur investissement que j’ai pu faire. Déjà, ça m’a largement simplifié la vie : quand on fait / défait le camp deux fois par jour, moins on en a, mieux on se porte. Et évidemment, c’est bien plus agréable pour marcher. Par rapport à ma liste originelle, voici ce que j’ai changé :

  • la poche à eau : même pas emmenée

  • le combiné écran solaire-baume à lèvre : remplacé par une crème de jour avec SPF + un vrai baume à lèvres

  • le déodorant format voyage : fini et remplacé par le même en full size

  • le mini-conteneur crème / après-shampoing : remplacé par un tube de crème du Savoyard, que j’ai jeté quand il a été fini

  • la batterie + chargeur Anker : volés à mi-voyage, hélas, remplacés à la Fnac par des modèles 100x moins bien. Il y a une raison pour laquelle Anker est si plébiscité !

  • lampe frontale : donnée à mes parents, je me couchais / me réveillais avec le soleil et j’avais la lampe de mon téléphone en back-up

  • cahier + matos aquarelle : donnés aussi, après 3 semaines à croire que j’allais trouver l’énergie de m’y mettre …

  • pinces à linge : perdues après genre 2 jours

  • débardeur : donné à mes parents, soyons honnêtes … il ne faisait pas tout à fait assez chaud

  • maillot de bain : idem

A part ça, je suis globalement très satisfaite de tout ce que j’ai emmené, à part peut-être mon sac qui aurait pu être plus léger et mes chaussures que j’aurais préférées dans une matière séchant plus vite. Mention spéciale aux excellents vêtements en mérinos de Décathlon, aux classique de la rando légère : mon matelas Thermarest et ma batterie Anker (RIP), à ma tenue du pluie hyper efficace et à ma tente un peu lourde mais parfaite.

  • Alimentation

Je ne suis pas quelqu’un qui se lasse très vite en matière de nourriture. J’ai mangé avec une régularité de métronome des ramens ou du riz le soir et des sandwichs le midi, en passant régulièrement dans des boulangerie pour le pain et des supérettes pour le reste. Ceci étant dit, je ne me suis pas privée de faire des restaus si restau il y avait et de prendre trois pains au chocolat à la boulangerie si ça me chantait … cf rubrique “budget”. Ca a sans doute contribué à mon manque de lassitude. Le seul vrai problème a été le petit déjeuner : après des années à manger du porridge le matin, je ne peux plus en avaler une bouchée. J’en ai été réduite à tester toute la gamme de Kellogg’s disponible en Bretagne, ce qui était assez régressif mais pas franchement efficient en terme d’énergie générée. Et j’ai vraiment du mal avec les barres de céréales plus complètes. A voir pour la suite …

  • Budget

J’ai dépensé plus d’argent que ce que je pensais, mais en même temps mon estimation était basée sur … je ne sais quoi d’ailleurs, la figure arbitraire de 20€/jour je crois, soit 1000€. J’en en fait dépensé plutôt 1600 : principalement parce que j’ai fait plus d’hôtels que prévus et beaucoup moins de bivouacs, mais aussi parce que par moments ma faim était parfois absolument insatiable. Concernant le split des dépenses :

  • 42% hébergement

  • 41% nourriture

  • 17% divers : lessive, transports, remplacement batterie / produits de pharmacie, et bien sûr les livres, 70€ tout de même - il va falloir que je m’inscrive à la bibliothèque cet été !

  • Hébergement

J’avais prévu de faire un jour sur deux en bivouac et ça ne s’est pas du tout passé comme ça. Evidemment, la Bretagne n’est pas “sauvage” et la civilisation (et les gens qui font leur jogging ou qui promènent leur chien) n’est jamais très loin ; ça a parfois été compliqué de trouver un spot sympa, alors au bout d’un moment j’ai arrêté de le faire pour “dire que je l’avais fait” et j’ai beaucoup dormi dans des campings. Les hôtels ont principalement été dûs au mauvais temps, à part Brest, mais je ne regrette pas, c’est aussi sûrement ça qui m’a permis de tenir le coup. Concernant la répartition finale :

  • 27 nuits en camping

  • 9 en bivouac

  • 7 en hôtel et 2 en auberge de jeunesse

Je regrette un peu de ne pas avoir “poussé” un peu plus pour bivouaquer, mais bon, encore une fois, c’était aussi parfois bon pour le moral (comme dirait l’autre) d’être dans des endroits “safe”.

  • Voyager toute seule

Ce n’est pas vraiment un thème central pour moi mais c’est énormément revenu, en fait quasiment à chaque conversation que j’avais, généralement une variation de : c’est super / je vous envie / moi aussi je voudrais faire ça / c’est courageux / et toute seule !! Comme je le disais l’autre jour, l’avantage d’être seule, c’est qu’on est seule décisionnaire sur le déroulé de la randonnée - et pour moi c’est un point majeur quand elle est aussi longue. Je suis allée regarder la définition de courageuse parce que ça me gênait un peu qu’on me l’attribue sans cesse ; c’était quelque chose comme “agir malgré la peur ou le danger”. Ce ne sont des sentiments qui m’ont animée que très rarement ; si par contre je prends les définitions de Brené Brown, qui met en regard le courage avec la vulnérabilité, je m’y reconnais un peu plus. C’est sûr qu’il faut accepter qu’il y a des risques et qu’on s’y expose. Ceci étant dit, je n’ai jamais douté que j’y arriverais (les autres s’en sont un peu chargés pour moi !), et ça m’agaçait qu’on me parle sans cesse d’avoir un plan B ou un plan C, même si je comprends bien l’idée. Bon ; je ne sais pas trop où je vais avec mes digressions. Tout ça pour dire qu’à mon sens, en 2019, “voyager toute seule” c’est un non-sujet. Faites comme moi, achetez une bombe lacrymo pour rassurer votre maman, et à l’aventure !

  • Distractions

Oui, oui, j’ai beaucoup marché en regardant la mer et en réfléchissant à la vie, je vous rassure. Je suis aussi une personne normale et même si j’apprécie ma propre compagnie, parfois j’avais besoin d’autre chose. J’ai lu une dizaine de livres sur le GR, dont voici les titres (plus de détails sur mon Goodreads) :

  • The Great Believers, Rebecca Makkai

  • Small Great Things, Jodi Picoult

  • The Interestings, Meg Wolitzer

  • An American Marriage, Tayari Jones

  • Le courrier, la courroie, ta bonne lettre, Nicolas Bouvier et Thierry Vernet

  • North, Scott et Jenny Jurek

  • On ne naît pas soumise, on le devient, Manon Garcia

  • Wild, Cheryl Strayed

  • A Walk in the Woods, Bill Bryson

  • Less, Andrew Sean Greet

C’est le moment où je chante les mérites de mon Kindle, qui, connecté à mon iPhone en 4G, télécharge un livre en moins d’une minute : vive le XXIème siècle. J’ai aussi écouté beaucoup de podcasts, je leur consacrerai un article séparé ; regardé quelques épisodes de série sur Netflix ; écouté quelques playlists et beaucoup le dernier album de Vampire Weekend et, si vous avez suivi ce blog, vous êtes déjà au courant : réussi à rester à jour dans Koh-Lanta. On a les victoires qu’on mérite.

  • Le meilleur et le pire du GR

Je ne sais pas pourquoi je viens d’écrire ça, j’ai vu tellement de choses magnifiques que j’aurais bien du mal à sélectionner un “top” qui me paraîtrait totalement arbitraire : où qu’on aille, il me paraît difficile d’être déçu. J’avoue quand même un petit faible pour les falaises : celles de Plouha, du Cap Sizun, de Crozon ou celles qui bordent la mer d’Iroise … et bien sûr pour le Pays Bigouden. Je peux aussi vous dire que le GR est bien balisé (par la FFR) et bien entretenu (par les communes) 95% du temps et que je leur suis EXTREMEMENT reconnaissante. La loi de 1978 sur la servitude du littoral est un cadeau, vraiment : c’est une chance inouïe de pouvoir longer la mer en continu ou presque sur autant de kilomètres. Le pire ? Comme partout en Bretagne : les algues vertes … Respectez les signalisations, suivez le tracé du GR notamment quand il s’éloigne explicitement de la plage (par exemple à St-Michel-en-Grève), faites attention aux actualités : je suis passée à Douarnenez sur une plage recouverte d’algues qui a été fermée le lendemain. Au fait : les algues deviennent dangereuses non pas quand elles sont vertes mais quand elles pourrissent et qu’elles deviennent blanches. En cas de doute ou d’odeur suspecte : fuyez. L’indispensable émission Les pieds sur terre de France Culture a rediffusé récemment leurs reportages sur la question : c’est juste ici.

  • Alors, la suite ?

Eh bien déjà, je vais aller travailler, dès demain et pour tout l’été, à l’office de tourisme de Penmarc’h : venez me faire coucou si vous êtes dans le coin ! Et puis sinon, je vais …

  • m’inscrire à la bibliothèque et lire, lire, lire

  • faire du yoga sur la terrasse au soleil, quand il y en aura, et du surf quand j’en aurais envie

  • aller voir tous les soirs le coucher de soleil (le plus beau du GR34 !) au Viben et essayer de voir le rayon vert

  • mettre un composteur à la maison

  • aller manger des crêpes au Rayon Vert, à la Torche

  • deviner s’il y a des vagues en regardant la mer depuis ma fenêtre

  • préparer du vrai café et aller le boire sur la plage

  • aller au travail au vélo … ou peut-être en longboard

  • faire le tour des rochers (le mien), tous les jours … au moins

L’été, quoi.

  • Et le blog ?

Il va rester actif ! J’ai encore plein d’idées d’article, sur le GR et tout ce qui l’entoure, sur le Pays Bigouden, et puis bien sûr je ne vais pas arrêter là mes randos. Le rythme de publication va forcément ralentir, par contre, même si c’était un excellent exercice que de devoir poster tous les soirs, que j’ai adoré l’écrire et surtout faire partie de vos matinées, de vos trajets en métro, de vos pauses-café et de vos vies à vous. Depuis la création de ce blog, vous avez été près de 1500 à y venir régulièrement, ce qui me paraît complètement dingue. Merci ! Et si vous voulez continuer à suivre les articles, l’inscription aux notifications par mail est juste ici.

A très vite,

Sophie

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Jour 46 : Kersigny - Saint-Guénolé

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Jour 46

✅Date : 15 juin

✅Distance : 28 km

✅Départ - Arrivée : Kersigny - Saint-Guénolé

✅Statut : bien arrivée !!!

Eh oui … surprise. Je suis arrivée ! C’était une journée où rien ne s’est passé comme prévu, mais je vous écris depuis mon ordinateur (!) assise sur mon lit (!) vêtue d’un teeshirt “Le changement c’est maintenant” (y’a des trucs qui vieillissent mieux que d’autres …) alors je vous rassure : tout est bien qui finit bien. Mais reprenons au début …

C’était un peu la galère ce matin. Je ne sais pas si j’ai mal planté la tente, ou si mon obsession de la vue sur mer m’a fait négliger le sens du vent, ou s’il a tourné pendant la nuit, enfin toujours est-il que de grands coups de vents qui pliaient ma tente en deux m’ont servi de réveil-matin. Dring dring, il faut se lever maintenant. Chouette. Bien sûr, les rafales étaient accompagnées par des LITRES d’eau que j’entendais dégouliner sur la paroi extérieure. J’ai donc élaboré un plan d’attaque : j’ai directement rentré dans mon GPS l’adresse du Penn Ar Bed, un restau à Penhors que je connais bien et où je savais que j’arriverai vers midi, histoire de me motiver en voyant défiler les kilomètres. Et en route.

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Ce fut à peu près au niveau des pires journées de temps du voyage (tempête exclue bien sûr), avec un vent de 3/4 persistant, pluie non-stop, chaussures trempées, tout le tintouin. A Plovan, la statue de la bigoudène marque officiellement l’entrée en pays bigouden - on progresse ! Bon, j’ai quand même sorti ma carte secrète : un de mes albums live préférés de tous les temps, que je n’avais pas écouté jusqu’ici, à savoir le concert à Central Park en 1981 de Simon & Garfunkel. Je connais peu ou prou toutes les chansons par coeur, ce qui était parfait pour essayer de me distraire au maximum des éléments extérieurs, qui pourtant étaient loin d’être discrets … autant dire que ça a moyennement marché. Et mon téléphone a fini par défaillir (pas aidé sans doute par la température ambiante) alors que j’arrivais à Penhors.

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Avant d’aller au restau, pèlerinage obligatoire : à Palud Gourinet, juste à l’entrée de Penhors, se trouve la maison où ma grand-mère (et ses 7 frères et soeurs !) a grandi. Mon père y a passé de nombreuses vacances, et moi quelques soirées : c’est désormais une maison à louer, ce qu’il nous est arrivé de faire. Je n’ai pas de photo, il pleuvait encore des cordes, et puis c’est une maison “comme les autres” sans grand intérêt sans doute ; mais je ne m’imaginais pas passer ailleurs qu’ici (et j’en profite pour faire un bisou à ceux qui lisent ce blog et qui ont eux aussi bien connu cette maison !). Et puis ça a enfin été le moment d’aller au resto : Penn ar Bed (= le bout du monde, = le Finistère, pour ceux qui ne suivent pas), qui pour moi va de paire avec nos escapades à Penhors ; là non plus, je ne me suis pas posée de question, et j’y ai établi mon QG de crise temporaire.

J’ai toujours vaguement honte quand j’arrive avec tout mon bazar qui dégouline par terre, mon kway, mon pantalon, mon sac qui prend trop de place … Là, quand même, j’ai gardé mes chaussettes - on sait jamais, des fois que je croise quelqu’un que je connais. J’ai commandé une pizza 4 fromages (oh yes) et ouvert mes moult applis de GPS / topoguide ; j’en ai établi que si j’étais en théorie à 25 km de Saint-Gué, le GR s’éloignait à 3 reprises de la côte pour faire le tour des étangs du coin et passer par une chapelle. Vu ce qui tombait dehors, j’étais moyennement motivée pour la sortie culturelle et ai donc décidé que je passerai par la plage tout du long, tant qu’à faire.

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Je suis repartie et puis je culpabilisais un peu … bon OK, beaucoup, de zapper 10 bornes du GR si près de la fin, alors dans une tentative désespérée de restaurer un équilibre karmique, j’ai commencé à ramasser les bouteilles en plastique sur la plage de galets (je vous rassure, je le fais aussi en temps normal). Je ne sais pas si la plage était particulièrement peu fréquentée, ou si la mer avait ramené des déchets, enfin malgré la force de mes petits bras musclés, je me suis rapidement trouvée dépassée par la quantité de bouteilles. Idée de génie : utiliser ma couverture de pluie comme baluchon (il ne pleuvait plus à ce moment là). Aussitôt dit, aussitôt fait : j’ai remis mon sac en m’extasiant de son poids et en me disant que cette couverture de pluie avait dû être vraiment lourde. J’imagine que vous voyez où l’histoire se dirige.

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J’ai continué tranquille, en ramassant tout le plastique que je trouvais histoire de rentabiliser. A Plovan, j’ai vu une silhouette sur la plage et j’ai vite compris : c’était un dauphin échoué - mort récemment, visiblement, vu la blessure qu’il avait. Je ne savais pas quoi faire, et c’est dans ces moments-là que je suis bien contente d’être au 21ème siècle : j’ai cherché sur Google signaler dauphin échoué et c’est comme ça que j’ai appris l’existence du RNE, le Réseau National d’Echouage. Le référent finistérien est Océanopolis, à Brest; que j’ai donc derechef appelé ; le standard m’a donné deux choix, 1 en savoir plus sur nous, 2 pour une urgence, on vous connecte au PC sécurité. J’ai choisi le 2 sans trop de conviction en me disant que j’allais me faire envoyer paître par un type assis dans une petite salle couverte d’écrans et qui allait sans doute bien en rigoler plus tard avec ses collègues. Mais quelqu’un a décroché et que j’ai dit sans conviction “euuh, oui, c’est pour signaler un dauphin échoué ?”, la personne au bout du fil a juste répondu “où ça ?”. Simple comme bonjour, et maintenant vous le saurez aussi !

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Mes (adorables) parents voulaient me retrouver pour le goûter, et je leur ai donné RDV sur le parking d’une plage où j’en ai profité pour jeter ma collection de plastique. Je crois qu’ils n’en revenaient pas trop de me voir là, et d’ailleurs ils m’ont dit “bon … on n’y croyait pas” (sans blague !!). Mais n’empêche : j’étais là ! Ils sont repartis acheter du cidre, car ce sont des Bretons modèles, et moi je suis repartie finir mes kilomètres. C’est là que je me suis rendue compte que mon sac était décidément extrêmement léger et que j’ai compris que j’avais perdu le sac contenant piquets et arceaux. EH BAH SUPER. L’ironie de la situation où je m’évertue à nettoyer la plage pour y laisser en échange un kilo de métal et de plastique ne m’échappe pas, je vous rassure. Ca faisait déjà longtemps que je marchais, en plus à marée haute : même pas la peine de faire demi-tour. Bon, je préfère que ça arrive à ce moment-là du voyage et pas avant, mais quand même … Sachez pour l’anecdote que ma mère tient un carnet où elle note toutes les choses que j’ai perdues dans ma vie. Je pense qu’elle va bientôt pouvoir en inaugurer un deuxième.

J’ai quand même profité de mes derniers instants au soleil … Littéralement. Après avoir lu quelques pages de mon bouquin, je suis repartie, et le ciel a de nouveau tourné au gris. Mais j’étais si près du but que … tant pis. J’avais imaginé tant de fois ces moments où j’allais arriver près de la plage de la Torche, et surtout j’avais essayé de me mettre à la place de tous ces gens qui font le GR mais pour qui Saint Gué n’est qu’une étape. Est-ce-qu’ils trouvent la plage belle et longue ou interminable, est-ce-qu’ils se disent que le sable est fin, que le port est charmant, qu’ils reviendront y faire du surf ? Qu’est-ce-qu’ils pensent de Pors Carn, de ses rochers, de ses bateaux ? Impossible d’imaginer : ici pour moi tout est saturé de souvenir, chaque recoin, chaque pierre, chaque mètre de sable. C’est le principe des fractales : comme les poupées russes, quand on y regarde plus près, chaque élément contient un élément identique, en plus petit. Pors Carn est un monde à part entière.

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J’ai fini par franchir la pointe de la Torche et par traverser la plage ; à Pors Carn, j’ai tourné à droite pour finir l’ultime bout de GR, le mien, celui dont le nom, forgé dans la langue familiale, a donné le sien à ce blog. J’étais un peu émue, bien sûr, fière, aussi ; mais j’avais réalisé aussi que tout n’a pas besoin d’être un symbole. C’était un truc fou, ces mille kilomètres, ces presque cinquante jours ; c’était dingue mais c’était aussi juste ça. Ni plus, ni moins. Au bout du tour des rochers, j’ai coupé à travers le champ de Serge, privilège des amis ; le barnum qui va servir, demain, à la fête des voisins, était déjà monté et annonçait un été comme ça, de barbecues dans le jardin, de siestes au soleil et de vacances à la mer. A quelques mètres, le comité d’accueil m’attendait, en la présence de ma mère, de son téléphone qui filmait tout, et de mon chien. Welcome home. J’ai franchi les derniers pas qui me séparaient de la maison et je suis arrivée comme j’étais partie : à pied.

J’ai adoré écrire ce blog, autant que vivre cette aventure : merci de m’avoir suivie - en encouragée - jusqu’ici.

Demain, il y aura un premier bilan (j’ai encore mille choses à dire !), ce à quoi je vais employer mon été et ce à quoi vous pouvez vous attendre pour le blog, mais je peux d’ores et déjà remercier :

  • papa, maman, pour le crewing impeccable, ma caravane du tour de France sans les bobs Cochonou, merci, merci, merci !

  • Aude, Maud, Anne, mes cheerleaders quotidiennes, sur le GR et dans la vie,

  • ma grand-mère et sa maîtrise sans pareille des emojis

  • et vous tous, pour vos innombrables et adorables mails, commentaires, DM sur instagram, textos, coups de fil : tous ces échanges ont été précieux et m’ont souvent redonné de l’énergie quand j’en manquais.

A très vite,

Sophie

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