Jour 44 : Goulien - Plogoff

IMG_9742.jpeg

Jour 44

📉Date : 13 juin

📉Distance : 25 km

📉Départ - Arrivée : Goulien - Plogoff

📉Dénivelé : tout à fait acceptable

Je repars du bon pied ce matin : personne n’est venue me déloger de mon coin semi-légal, et je n’ai pas besoin de reprendre la départementale pour retourner sur le GR. Ouf. En plus, je suis sortie de la vraie zone de falaises pures et dures et le sentier est à la fois plus plat et plus varié : tant mieux, j’avais un peu peur de repartir pour un remake de la veille, ce qui m’aurait moyennement plu. Il y a par contre toujours un petit vent qui ne s’arrête pas, ce qui m’oblige à faire des pauses un peu n’importe où si je veux être à l’abri, genre dans un creux au milieu du sentier ou accroupie derrière un rocher. Enfin bon. Comme dirait l’autre, c’est la Bretagne. 

IMG_9712.jpeg
IMG_9714.jpeg


Il fait encore un peu gris ce matin mais ça se lève assez vite et je passe mon temps à déranger des lézards qui se prélassent au soleil et se carapatent dès que j’arrive. Des lézards ... mais pas que. Je suis en train de descendre une côte et je m’apprête à enjamber une racine comme il y en a des centaines sur les sentiers quand ... elle se met à onduler. C’est une couleuvre, pas très grosse (40-50 cm peut-être) mais suffisamment pour me faire bien flipper : je reste hébétée quelques secondes en la regardant disparaître dans les ajoncs. Mon premier serpent ! Toutes mes excuses à la faune bretonne, dont j’avais déploré il y a quelques temps le manque d’exotisme. 

IMG_9718.jpeg


Je passe la pointe de Brézellec, celle du Castelmeur puis celle du Van, où je vais faire ma pause dej. C’est la dernière avant la pointe du Raz et ça se sent : il y a plus de monde sur les sentiers, qui sont en retour bien plus larges et plats (même si évidemment tout est relatif), ce qui me permet de souffler un peu. Les couleurs d’été commentent à apparaître dans la lande : violet de la bruyère et jaune des ajoncs et des genêts, et puis le rouge des filaments de la cuscute du thym, cette plante parasite qui s’accroche aux buissons de la lande. De loin, l’effet des couleurs est très beau ; de près ... ça reste une plante parasite. Je me cale derrière un rocher en haut de la falaise pour manger : j’ai une vue incroyable sur les oiseaux et la mer. Je reste d’ailleurs là beaucoup trop longtemps. 

IMG_9729.jpeg
IMG_9731.jpeg
IMG_9744.jpeg


Entre la pointe du Van et celle du Raz : la baie des Trépassés, où on retrouvait régulièrement, selon la légende, les corps des naufragés qui venaient s’y échouer. Ambiance. En tout cas aujourd’hui la mer est particulièrement calme et l’eau turquoise : rien à signaler. Au large du Raz, on voit à peine l’Ile de Sein : elle ne dépasse quasiment pas du niveau de la mer. Ça m’impressionne à chaque fois, j’aimerais bien y vivre une tempête ... En attendant, je m’engage - enfin ! - sur la pointe du Raz. Je passe à côté de son sémaphore, connu principalement pour avoir été l’endroit où mon papa a fait son service militaire. A ce propos, je ne résiste pas à l’envie de vous partager ce strip de Mafalda. Je n’ai trouvé que la VO, mais même sans parler espagnol, c’est hilarant, non ?

IMG_8759.gif


Bon, trêve de plaisanteries. Je contourne progressivement la pointe en m’attendant à avoir un panorama fou sur la baie d’Audierne. Je dois préciser que je suis déjà venue suffisamment de fois ici et qu’en plus, je vois ce même panorama (mais dans l’autre sens) tous les jours quand je suis à Saint-Guénolé, donc je devrais savoir à quoi m’attendre. C’est néanmoins très anticlimactic(je ne veux pas me la jouer trop bilingue mais il n’y a pas de bonne traduction pour ce mot : quand on s’attend à se retrouver devant le climax- d’un film, d’une situation - et que cet espoir est déçu. En l’occurrence : point de panorama. Enfin si, mais rien de très spectaculaire, pour plusieurs raisons : déjà, à partir de là, le littoral est bien plus plat et s’élève à peine au dessus de la mer : rien à voir avec les falaises bien distinctives. Et surtout, la géographie de la baie d’Audierne fait qu’elle s’étend de manière verticale et, pour une fois, sans circonvolutions : il doit y avoir, à vol d’oiseau, autant de distance entre ici et la pointe St-Mathieu (où j’étais il y a 2 semaines) et ici et Penmarc’h (où je serai dimanche matin). Ceci étant dit, j’arrive quand même à distinguer le phare d’Eckmühl, qui dépasse d’un petit centimètre à l’horizon. C’est là que je vais - et pour de bon. 

ici, en novEmbre 2016 …

ici, en novEmbre 2016 …

VS cet apres midi !

VS cet apres midi !


A Plogoff, je quitte temporairement le GR pour faire un saut dans un de mes endroits préférés au MONDE : Monsieur Papier, un café avec une vue folle sur la baie, une terrasse ensoleillée et une carte délicieuse. En plus de ça, ils ont une ligne de papeterie que j’adore à la folie : j’ai plusieurs de leurs affiches chez moi et je dois toujours me retenir pour ne pas dévaliser la boutique. Ils ont aussi une sélection de vaisselle et d’objets super soignée (des gobelets en émail Falcon, par exemple) - on dirait qu’ils vont chercher leur inspiration directement dans mon cerveau. D’ailleurs, ils ont aussi des livres à vendre, et le premier que j’aperçois est de ... Nicolas Bouvier : Journal d’Arran(un autre bout du monde, je trouve le choix très approprié), mais aussi Il faudra repartir (ce titre !). Je vous les conseille tous les deux, surtout si vous avez aimé L’usage du monde.Je réussis miraculeusement à ne repartir qu’avec un petit pins qui va enrichir ma collection. 

Je dors ce soir sous un prunier dont les Reine-Claude ne sont pas encore mûres, ce qui veut dire que c’est bientôt la saison ... ça sent l’été. Dans la ferme, il y a aussi des agneaux terriblement mignons : je vais essayer de ne pas en kidnapper un avant de partir demain. Croisez les doigts pour moi. 

IMG_9755.jpeg

Jour 43 : Le Tréboul - Goulien

IMG_9589.jpeg

Jour 43

😋Date : 12 juin

😋Distance : 27 km sur le GR (33 au total !)

😋Départ - Arrivée : Le Tréboul - Goulien

😋Pause-dej : sans nulle doute améliorée par le kouign-amann

Ouiii il fait beau ce matin, comme prévu. Je peux tranquillement aller à la boulangerie, qui se trouve à l’autre bout du village (= 10 mn à pieds) ; le genre de sacrifice que je ne fais que pour un kouign-amann, et un pain au chocolat avec mon café. Je rends rapidos les clés de chambre, pardon, de ma suite royale, et je me mets en route. Je vous bassine depuis des jours avec la Pointe du Raz mais ce terme ne désigne en fait que la pointe la plus avancée du Cap Sizun - que je parcours aujourd’hui, donc. 

IMG_9511.jpeg


Je suis à flanc de falaise dès que je quitte le Tréboul et je vais le rester toute la journée. Du coup, j’ai une vue incroyable sur Crozon, surtout le cap de la Chèvre ; évidemment je ne l’avais pas encore vu sous cet angle là, vu les rideaux de flotte qui obstruaient la baie hier. C’est encore une fois très calme ce matin, jen profite : ça fait partie de mes paysages préférés et je n’ai jamais vu ce côté du Cap, je suis toujours restée côté Audierne. Ça grimpe et ça descend sérieusement ; dire qu’à un moment j’avais envisagé faire la course de trail qui passe par ici. HAHA. Quelle idée. Déjà sans courir, c’est bien intense ...

IMG_9517.jpeg


D’ailleurs je me casse la figure. C’est un miracle. J’ai attendu le 43e jour pour tomber. Ceux qui me connaissent savent que je suis atrocement maladroite, que je me cogne dans tout et que j’ai une sacré propension à finir par terre. D’ailleurs sur le GR, je passe mon temps à glisser, déraper, me tordre la cheville, et surtout me prendre les pieds dans des racines ou des cailloux (d’aucuns diront que je ne lève pas assez les pieds et ils auront sûrement raison) et je me demandais par quel miracle je ne m’étais pas encore retrouvée par terre ... C’est chose faite. Évidemment j’ai attendu de croiser quelqu’un (alors qu’il n’y a personne les 3/4 du temps) pour le faire : en l’occurrence les mecs qui sont en train d’entretenir le sentier. Je tiens d’ailleurs à dire que c’est précisément parce que le sentier était recouvert de brins d’herbe glissants que j’ai dérapé. Je rajouterais cependant que j’ai réitéré l’exploit en fin de journée ... sans brins d’herbe. Bref, rassurez vous, je me relève indemne, ma dignité (qui en a vu d’autres) à peine atteinte. 

Le fameux ! (POke yelena)

Le fameux ! (POke yelena)

Le ciel se couvre un peu et des mouettes commencent à me tourner autour. Il y en a une en particulier qui s’amuse à faire un demi tour acrobatique en l’air juste au dessus de ma tête. C’est un signe, non ? Les mouettes sont-elles les nouveaux vautours ? J’ai très peur de me faire dévorer sur place (je reste traumatisée des histoires qu’on m’a racontées sur les pugilats mouettes vs pigeons ; croyez-moi, c’est très glauque). Oui, je sais, je ne suis pas un pigeon, mais better safe than sorry: je prends la poudre d’escampette. Je déjeune devant mon bouquin, The Great Believers ; j’ai fini il y a quelques jours Small Great Things de Jodi Picoult, dont ma maman avait adoré la traduction (« Mille petits riens »). J’ai plutôt bien aimé aussi et je dois dire que c’est la première fois que je change d’avis en lisant la postface - ici en l’occurrence où l’autrice explique son choix d’écrire sur les problèmes raciaux américains du point de vue, entre autres, d’une femme noire, alors qu’elle ne l’est pas. Je l’ai trouvée convaincante. 

IMG_9581.jpeg


Bon, je continue dans mes falaises, où par ailleurs il n’y a pas de point d’eau (ni de commerces ou que sais-je). Heureusement que je suis partie en mode chameau ce matin. Il fait un temps radieux et les couleurs sont magnifiques, presque aussi éclatante qu’à Crozon, à qui le Cap Sizun n’a rien à envier, surtout niveau dénivelé. Le Cap est constitué d’une succession de pointes et de criques (je tire ça de Wikipedia mais je n’aurais pas mieux dit) ; du coup, le GR suit toujours le même schéma - il descend dans la crique et remonte sur la pointe. Rien de très nouveau, c’est la même chose sur toutes les falaises que j’ai affrontées jusque là, mais je crois que c’est la première fois que c’est aussi régulier sur une distance aussi longue. Je dois dire du coup qu’après 20 km de zigzags, dans un vent pas très fort mais sans relâche, je suis épuisée, presque plus mentalement que physiquement. La répétition et la perspective trompeuse qui fait qu’on pense atteindre une pointe alors qu’il faut en passer trois autres (et autant de criques) d’abord m’ont usé le cerveau. 

IMG_9600.jpeg


Arrivée à la plage de Lesven, j’ai deux choix : soit je continue le GR quelques kilomètres (TROP de kilomètres) puis je remonte pour tomber sur le camping, soit je remonte directement et je marche, presque une heure, sur la route. A ce stade, ça m’ennuie de sauter un bout du GR ... mais je n’en peux plus des falaises (300 étages montés selon mon téléphone) et je sais que ça va en plus continuer demain. Ce sera donc le choix numéro 2 et c’est mon dernier mot Jean-Pierre. Bon, ça implique de marcher une demi-heure le long d’une départementale, ce qui est aussi plaisant et exempt de danger que vous vous l’imaginez. Je sors la protection de pluie de mon sac dont je bénis, pour la première fois, la couleur vert fluo, et j’avance. Je vois pour la première fois les fameuses éoliennes de prêt. 

IMG_9610.jpeg
IMG_9635.jpeg


Le camping municipal que j’avais repéré est ... fermé. Enfin visiblement pas encore ouvert pour la saison. Et la mairie ne répond pas au téléphone. Tant pis ; les barrières sont ouvertes et les robinets fonctionnent, je prends ça sinon pour une invitation, du moins pour ... une autorisation passive, et je m’y installe quand même. RDV demain pour savoir si je me serai faite virer par la maréchaussée !

IMG_9662.jpeg

Jour 42 : Sainte-Anne-la-Palud - Le Tréboul

IMG_9488.jpeg

Jour 42

👀Date : 11 juin

👀Distance : 17,5 km

👀Départ - Arrivée : Sainte-Anne-la-Palud - Le Tréboul

👀Recherche du kouign-amann : in progress

Il a plu ... toute la nuit. Et toute la matinée, aussi. J’ai eu un léger répit à 7h, mais ça a repris de plus belle juste après. Bon. Quand c’est comme ça, je n’ai auuuucune envie de quitter ma tente, surtout que je voyais bien que c’était parti pour durer (spoiler : effectivement). J’ai mollement réussi à me motiver pour tout ranger : dans ces cas-là je mets tout dans mon sac et j’accroche en dernier la tente à l’extérieur (d’habitude elle va à l’intérieur) avant de tout recouvrir avec la protection pluie. C’est quasiment le même effort qu’en temps normal, mais allez savoir, j’ai toujours l’impression que ça va me prendre des heures. J’ai fini par décoller à presque 11h, parée comme il se doit de mes plus beaux habits de pluie. Je blague, mais ce pantalon Décathlon me sauve tellement la vie que je vais finir par lui vouer un culte. 

IMG_9475.jpeg


C’est presque marrant ce matin, avec cette pluie incessante je suis toute seule sur la plage et en plus, pour une fois !!! : j’ai la vent dans le dos. Personne pour m’entendre écouter Queen et m’époumoner sur Don’t stop me now: le truc, c’est d’avoir l’air d’y croire en le chantant. I’m having such a good time, I don’t wanna stop at alllll! Oh non pas du tout ! Je ne préférerais pas, par exemple, être dans un endroit où, au hasard, mes chaussures ne deviendraient pas deux éponges géantes dès que je croise une fougère. Je rencontre des pêcheurs qui remonte de leur partie matinale et qui me font voir leurs prises : des daurades. Au moins leur matinée aura été efficace. Ils ont l’air de s’en être pris plein la figure aussi mais comme me fait remarquer l’un d’eux : « c’est ça, la Bretagne ». Alors, je suis bien d’accord avec lui ; d’ailleurs je me suis répétée cette même phrase toute la matinée en pensant aux inévitables commentaires que j’allais entendre sur la Bretagne au mois de juin ; mais enfin là je dois dire que j’accuse un peu le coup, surtout que le vent a tourné (vers moi) et qu’un énorme nuage embrume Douarnenez et la Pointe du Raz. L’avenir est radieux. 

IMG_9477.jpeg


Je finis par arriver sur le charmant port de Douarnenez. J’ai marché à ce stade à peu près 100 km de moins que les estimations de la fédération de randonnée (j’étais à -25 à Morlaix, -70 au Faou). Explications : les 30 km que j’ai sautés entre Plougastel et le Faou, les 5-6 en voiture au niveau de Plonéour-Trez, et le reste vient des coupes que je m’octroie par ci par là (par exemple la Pointe de Roscanvel) ou, j’imagine, de l’imprécision de mon podomètre (= mon téléphone) vs ceux de la FFR. Ceci étant dit, au global, j’en suis à 925 km cumulés ... bientôt les 1000 ! Voilà pour le point stats. J’ai bien besoin de réconfort en arrivant à Douarnenez car j’ai vraiment passé une matinée exécrable et j’ai, est-ce bien utile de le préciser, les pieds trempés. Je trouve une crêperie excellente (Le goûter du Breton, pour ceux qui passeraient ici) et prête à servir à une affamée deux galettes (saucisse-moutarde-oignons et pruneaux-lard-chèvre, désolé si je vous donne faim). Et une crêpe en dessert. J’aurais pu rester là toute l’après midi et enlever mes chaussettes mouillés (ah non, ça c’était déjà fait) mais ils ferment. Je mets mes chaussettes sèches pour continuer même si c’est absurde car mes chaussures vont forcément tout imbiber. Mais remettre les autres, c’est au dessus de mes forces. 

IMG_9486.jpeg


Il fait encore bien moche quand je repars et franchement je n’ai pas le courage d’aller chercher un camping pour ce soir, surtout que tout est trempé et qu’il va falloir que je réorganise mon plein de nourriture (au passage, je jette des quantités folles d’emballages en permanence, pas très zéro déchet cette rando). J’abdique et je réserve un hôtel au Tréboul, de l’autre côté du ria. Celui de Douarnenez (de port) a été un des plus actifs de France, pour la sardine, et on y trouve un musée et une médiathèque qui doivent être passionnants. Mais encore une fois : j’ai du mal à m’enthousiasmer assez pour aller les visiter. Surtout avec tout mon matos qui me dégouline dessus. Wikipedia m’informe que c’est ici qu’a été inventé le kouign-amann, ce qui par contre pourrait me réveiller un peu, mais toutes les boulangeries doivent ouvrir à 15h ; il est 15h30 et les rideaux sont désespérément clos. Bon, j’abandonne (je veux dire que j’y retournerai demain matin, hein, je n’abandonne pas comme ça le kouign-amann originel) et je vais à l’hôtel. 

Et là, surprise : on m’y informe que j’ai été surclassée ! C’est le genre de trucs qui ne m’arrive jamais, mais là, tenez vous bien, j’ai une suite. Bon, comme de base je n’avais pas réservé au Ritz, la deco ressemble à celle d’un vieux catalogue de meubles (vous voyez le genre où le canapé est assorti à la table basse qui est assortie à la console, etc). Mais évidemment je m’en fous : ce qui compte c’est que j’ai une pièce en plus pour étaler tout mon bazar et faire sécher mes affaires. Mes chaussures y sont donc depuis 16h, il est 22h et elles sont encore complètement détrempées. Soupir. Enfin bon, ça devrait aller mieux demain ; en plus le ciel s’est enfin découvert ce soir, et je devrais aborder la Pointe du Raz dans les conditions qu’elle mérite. Et avec du kouign-amann. 

IMG_9495.jpeg

Jour 41 : Tal ar Groas - Sainte-Anne-la-Palud

IMG_9447.jpeg

Jour 41

⛈Date : 10 juin

⛈Distance : 26 km

⛈Départ - Arrivée : Tar ar Groas - Sainte-Anne-la-Palud

⛈Atmosphère : électrique

Hier en retournant vers ma tente dans la pénombre, j’ai vu à l’horizon, au dessus de Douarnenez, des points lumineux qui m’ont semblés étrangement familiers. Il m’a fallu quelques instants pour comprendre : il s’agit des éoliennes de la Pointe du Raz, dont je vois la lueur au loin tous les soirs ... depuis l’autre côté de la baie d’Audierne, quand je suis à Saint-Guenolé. C’était très étrange de se retrouver comme ça de l’autre côté du miroir. 

IMG_9427.jpeg


Personne sur les sentiers ce matin, à part un monsieur allongé sur un muret au bord de la route, qui m’a fait une peur bleue : j’ai cru qu’il avait un sérieux problème mais non, il faisait juste la sieste. Il m’a rassurée (il a bien fait, j’étais à deux doigts de lui mettre une baffe pour voir s’il réagissait) et je suis repartie. Sans croiser grand monde, donc. Je réfléchissais ce matin aux avantages et aux inconvénients de la randonnée tout seul vs à plusieurs, maintenant que je connais les deux. Je ne vais pas révolutionner votre vie avec mes arguments, qui sont les mêmes pour à peu près toutes les activités du genre : à plusieurs, tout se partage - les conversations (j’ai apparemment saoulé de paroles le pauvre Marc le premier jour), les galères, les repas, la fête le cas échéant. Tout seul : zéro compromis, liberté totale dans 100% des choix et une seule personne qui prend les décisions - donc pas de tergiversations sur l’heure de la pause dej et autres dilemmes randonnesques. Évidemment ça dépend des caractères : moi qui suis assez indépendante (euphémisme du siècle) et qui aime bien faire des trucs toute seule, ça me convient bien. Ceci étant dit, ce serait très différent (et je serais sans doute assez malheureuse) si je n’avais pas mon téléphone : là, je suis loin d’être coupée du monde. Je crois quand même que l’indépendance émotionnelle est un truc hyper important, et je déteste certaines interprétions du fameux « happiness is only real when shared » : je suis fondamentalement convaincue qu’on n’est pas obligé d’avoir quelqu’un à côté (ou 500 followers Instagram) pour apprécier un coucher de soleil. 

IMG_9429.jpeg


Ça m’inspire ce sentier dites donc, et je ne vois pas les heures ni les falaises passer. C’est un peu moins spectaculaire que les deux jours qui viennent de s’écouler, mais ça reste magnifique. Le ciel, surtout, électrise les couleurs aujourd’hui : il est très bleu d’un côté, très noir de l’autre - un vrai ciel d’orage. J’adore quand c’est comme ça (tant que je reste côté ciel bleu ...), les couleurs ressortent et particulièrement ici où le relief est un peu plus doux, ce qui permet la présence de champs de blé d’un vert dingue contre le bleu de la mer. Trop beau. 

IMG_9431.jpeg


Je marche visiblement dans les pas d’une course, la « Presqu’île Race ». Je suis très énervée car les organisateurs ont laissé des rubans en plastique partout pour montrer le chemin (y compris à des endroits absurdes où le sentier continue tout droit sans hésitation possible). On est à quelques mètres de la mer et les rubans sont attachés n’importe comment à la végétation. Belle réalisation. Je laisse le bénéfice du doute à l’organisation en me disant qu’ils vont revenir les enlever (la course était la veille) mais sur le principe même, j’ai du mal à comprendre. Quel est l’intérêt d’utiliser ces rubans ? Entre ça et les flèches peintes sur le sol à la bombe (ça met hyper longtemps à partir), un petit reminder des principes du leave no tracene ferait pas de mal. Pour une course de trail, en plus ... 

IMG_9455.jpeg


Je fume encore quand j’arrive à Saint-Nic où la longue plage un peu dégarnie me déprime un peu, surtout que le vent s’est levé. J’ai le temps de prendre un café et d’acheter le journal dans le seul bar de la ville où la conversation morose des habitués me déprime AGAIN. Ceci dit, j’ai trouvé un café d’ouvert en ce lundi de Pentecôte (et pas de l’Ascension comme je l’avais écrit à la base …!), et j’ai donc déjà bien de la chance. J’achète même un paquet de Prince - l’autre jour je suis allée trop vite et j’en ai pris un bi-goût lait / chocolat, c’est à dire l’horreur absolue. POUAH. Je suis physiquement incapable de manger un truc pareil et c’est donc Marc qui l’a rapatrié à Brest. Là, je vérifie trois fois avant de repartir avec mon précieux. 

IMG_9464.jpeg


Il n’est que 17h30 quand j’arrive au camping. Je suis passée entre les gouttes toute la journée mais ça y est, c’est fini : une énorme averse éclate. J’attends qu’elle finisse avant de monter la tente ; j’ai juste le temps de tout installer que ça recommence - sauf que cette fois, c’est une averse de grêle. Je vois les petites billes blanches s’accumuler au bas de ma toile de tente. A vrai dire, je ne trouve pas ça désagréable d’être à l’intérieur, dans mon sac de couchage, avec la finale de RuPaul’s Drag Race(que j’entends à peine car l’averse fait un bruit fou). Vous vous en doutez, ça a fini par passer pour revenir au grand soleil : je ne cherche plus de logique. 

Demain, j’arrive déjà à Douarnenez où je vais faire les provisions pour les jours suivants (et derniers ...). Il s’agira de trouver le bon équilibre car je ne veux pas que mon sac soit trop lourd pour attaquer les falaises du Cap Sizun. Et après, ce sera officiellement la pointe du Raz !!

IMG_9472.jpeg

Jour 40 : Bouis (Crozon) - Tal ar Groas

IMG_9393.jpeg

Jour 40

⏰Date : 9 juin

⏰Distance : 25 km (sur le GR)

⏰Départ - Arrivée : Bouis (Crozon) - Tar ar Groas

⏰Matinée : productive

Eh bien il faut croire que la soirée d’hier m’a motivée : je suis sur le chemin à 8h30 ce matin. Je laisse Marc, qui va soigner ses coups de soleil et ses ampoules en y allant mollo, et je pars faire le tour du Cap de la Chèvre. Autant le dire tout de suite : heureusement que je ne m’y suis pas lancée hier soir. J’ai 2 km à faire avant de rejoindre le GR, et les herbes hautes trempent évidemment mes chaussures. En fait, depuis qu’elles ont pris l’eau de mer, elles mettent des heures à sécher ; tout ceci mériterait un vrai bon dessalage - que je n’ai pas le temps de faire. Le temps est plutôt clair, même si rapidement quelques gouttes se mettent à tomber, puis suffisamment pour que je sorte tout l’attirail. En face sur la pointe du Raz, il a l’air de faire un temps magnifique : je suis un peu jalouse. 

IMG_9304.jpeg


Je dois être la première à marcher là ce matin ; à la seconde où je pose le pied sur le petit pont qui enjambe un ruisseau sur la plage, je déclenche un concert de cancannements et de battements d’ailes. J’avais un peu la tête dans les nuages et je sursaute tellement fort que je manque d’aller rejoindre les canards qui sont, en fait, à la source du bruit, et qui devaient dormir tranquille avant que je ne vienne les embêter. J’ai beau avoir franchi le pont, la cane continue à m’engueuler et j’ai du mal à comprendre ce qui se passe avant de la voir repasser dessous, puis revenir avec une flopée de canetons affolés. Je comprends mieux. 

IMG_9317.jpeg


Je passe quelques spots de surf et de paddle ; de ce côté-ci du Cap, ça ne manque pas - les plages sont exposées aux vagues, et au vent aussi : la roche est dénudée et me fait penser, une fois de plus, à l’Écosse. J’atteins la pointe à 11h ; j’ai déjà fait presque 9 km ce matin, et un panneau m’annonce une arrivée à Morgat, où m’attends Marc pour déjeuner, dans 8 km. Oups. Heureusement que je n’ai pas tenté ça hier. 


IMG_9336.jpeg

Ceci dit, je me sens en pleine forme, et je continue gaiement. En plus, le paysage change du tout au tout. Il fait désormais très chaud : je croise des gens en tenue d’été alors que je n’ai pas encore eu le temps d’enlever mon pantalon de pluie et qui me regardent avec des grands yeux. Ce côté-là du Cap est très abrité, donc très vert, et les falaises forment des criques d’eau turquoise magnifiques, même si elles me semblent très compliquées d’accès depuis le sentier. Je reviendrais bien un de ces jours en bateau ... Je m’arrête une deuxième fois pour changer de chaussettes. C’est un luxe que je risque de payer à un moment ou à un autre, mais j’ai toujours peur que mes pieds restent trop longtemps mouillés et finissent par souffrir. Mes pauvres chaussettes Décathlon ne sont déjà pas terribles de base, mais combinées avec mes chaussures désormais humides à la moindre goutte d’eau, leur performance est pour le moins douteuse. 

IMG_9354.jpeg


J’arrive juste à l’île Vierge (encore une) quand un monsieur finit sa conversation téléphonique à mon approche ; j’attends, en pensant qu’il va me demander l’heure, ou le temps qu’il reste pour atteindre le Cap, ou que sais-je ... mais il me demande si je suis Sophie, du Tour des Rochers. Euh ... mais oui, c’est moi ! Ça y est, je le savais, la célébrité est enfin arrivée - et il a fallu que je m’exile un mois sur le GR34 pour ça. Bon, en vrai c’est une semi-coincidence : c’est le papa d’une amie d’école, et nous avions déjà échangés par mail. Il devait être un jour avant moi sur le GR, mais un changement de circonstances l’a conduit à devoir prolonger son séjour à Morgat, et nous y voilà ! C’est trop rigolo de le croiser comme ça, et notre conversation me rebooste pour la fin de l’étape. Il se reconnaîtra : bon courage pour la suite !

IMG_9372.jpeg
IMG_9375.jpeg


Je suis requinquée (et très amusée) par cet interlude - et un peu, aussi, j’avoue, affamée : je cours presque et j’arrive à Morgat à 14h. Marc a passé la matinée à bosser et il a repéré un restau encore ouvert : hallelujah. Ils servent des plats de pâtes énormes et je ne me fais pas prier. D’ailleurs, je prends aussi une crêpe en dessert, et je finis celle de Marc. J’ai regardé le compteur en m’asseyant : 19km à la pause dej, c’est un nouveau record personnel ! On repart sans trop se presser du restau : Marc a un bus à Crozon en fin d’après midi. Nos chemins se séparent après Morgat. C’est le moment de remercier Marc, qui a traversé la France pour affronter avec moi la pluie, le vent, la grêle, les kilomètres dans la forêt, les ampoules, les coups de soleil, les sempiternels ramen et les sempiternels sandwichs. Outre ses qualités de randonneur, sachez que Marc m’a également aidé à finir les mots-croisés du Télégramme, ce qui prouve bien sa grande richesse d’esprit. Merci Marc !!

IMG_9380.jpeg


Je continue tranquille, accompagnée par la finale de Roland-Garros, même si je me doute bien de la façon dont elle va finir. C’est un sacré cagnard cet aprem et je finis en short cette journée commencée en pantalon de pluie. Parfois, faut pas trop chercher. C’est encore une fois très beau ici, du côté de la Pointe du Menhir ; j’aurais bien fait quelques kilomètres de plus mais ça tombe mal niveau campings. Tant pis, je suis bien là, et un coup d’œil sur la carte me rassure : je devrais être dans les clous pour mon arrivée à Douarnenez. La deadline se rapproche : je devrais arriver à Saint-Gué samedi ou dimanche prochain (mais dimanche, c’est la fête des voisins, donc on m’a prié d’arriver la veille - histoire j’imagine que j’ai le temps de me recoiffer au risque d’épouvanter tout le voisinage). Ensuite j’enchaînerai avec mon nouveau job, le 18 juin. Ce n’est évidemment pas la première fois que je commence un travail ; en revanche je crois que c’est la première fois qu’on me demande, pour la semaine d’intégration, d’amener ma combi. J’ai à la fois très hâte d’y être - et pas du tout que ça se termine ... 

IMG_9384.jpeg