Jour 11 : Lézardrieux - Kerbors

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Jour 11

☀️Date : 11 mai

☀️Distance : 30 km

☀️Départ - Arrivée : Lézardrieux - Kerbors

☀️Let the : suuuun shine

Samedi, jour béni : j’ai enfin fini mon traitement pour la conjonctivite. Adios, suckers ! J’ai l’impression que ça fait 2 mois que je le traîne. Inutile de vous dire qu’avec 20g de gouttes en moins, mon sac est incontestablement plus léger. En plus j’ai super bien dormi dans ma grande chambre, en riant diaboliquement à chaque goutte de pluie que j’entendais en me disant que j’avais vraiment pris la bonne décision. 

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Avant de retourner sur le GR, je passe au café du coin faire comme tout le monde : m’asseoir au comptoir boire un café et lire Ouest-France. Bien sûr, contrairement au reste de l’assistance, j’ai moins de 60 ans et je ne suis pas un homme, mais c’est un détail. J’adore faire ça. Je dois aussi préciser qu’en plus, pour une raison que je n’ai pas pensé à demander mais que j’approuve certainement, le café s’appelle La Carioca. 

Lire le journal, ça implique forcément de mettre sa source d’information entre les mains d’un seul collectif - ce qui implique un (ou des) biais. Ouest-France, par exemple, voit tout sous l’angle local : pour les JO, ils seraient capable de titrer « Un homme originaire de Saint-Malo finit 5e en planche à voile biplace !!! » alors que dans le même temps, la France a gagné 3 médailles d’or en athlétisme. On sent bien également le côté chrétien-démocrate à l’origine de sa fondation, que ce soit dans les editos pro-grands idéaux européens ou parfois les tartines qu’ils consacrent aux moindres faits et gestes du pape. Et là vous me dites (car vous avez une fine connaissance de l’écosystème du journalisme breton) « Mais Sophie ! Pourquoi tu te fais du mal comme ça et pourquoi ne pas plutôt lire Le Télégramme ? » (qui lui est bien plus à gauche). Eh bien parce que par tradition familiale - qui correspond aux lieux de fondations respectifs des journaux, c’est à dire Rennes et Morlaix - je lis l’un en Ille et Vilaine (et dans les Côtes d’Armor donc) et l’autre dans le Finistère. Le changement arrive donc bientôt, tenez vous prêts. 


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Le chemin ce matin passe d’abord par une sacré forêt tropicale, d’où je ressors trempée, avant de prendre son temps en passant dans des campagnes tranquilles et parmi des champs d’artichaut. Je sens quand même qu’on avance : il y a de plus en plus de lieux et de panneaux écrits en breton. C’est très calme de ce côté-là (et PLAT), rien à voir avec la fantomatique forêt d’hier ! 

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J’arrive à Pleubian où, à partir du moment où j’ai passé Pen Lan, le paysage change encore. De ce côté, le front de mer est, à intervalles réguliers, interrompu par des « sillons » : ce sont des étendues de gravier qui partent de la grève et serpentent vers la mer sur 100, 200m, voire beaucoup plus. C’est très dur à décrire et encore plus à photographier : il faudra vous aider d’internet (en cherchant par exemple « Sillon de Talbert », le plus impressionnant) 

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Je m’arrête boire un café dans une crêperie où je déduis naïvement, de la taille lilliputienne de la carafe qu’on m’apporte et de l’absence de robinet dans les toilettes, que l’eau est rare. Je repars donc en achetant une bouteille (déchet !!!!) qui, mal calée, glou-gloute affreusement dans mon sac. Il y avait évidemment des toilettes publiques 3m plus loin avec moult robinets et zéro rationnement.  

Ici, ça change encore (et c’est très beau, d’autant qu’il fait un temps incroyable). Je découvre l’existence du chou marin, que je croyais être juste la réponse à une blague qu’aurait pu faire mon père, genre : « Quel est le plat préféré des poissons ? Le chou marin !!! ». Mais non, ça existe pour de vrai. 

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Un chien sur le chemin vient me dire bonjour et je lui gratouille bien volontiers la tête ; quelques mètres plus loin je croise un mec, qui incline le haut du corps vers moi comme pour faire une révérence et me demande en désignant son crâne « Je suis le propriétaire du chien - je peux en avoir moi aussi ? ». 

Qu’est ce qui pousse les hommes à s’adresser comme ça aux femmes ?

Qu’est ce qui m’a poussée à rire comme une bécasse alors que j’avais envie de partir en courant ? 

Qu’est ce qui a poussé la femme qui accompagnait ce type à rire aux éclats elle aussi ?

Parfois je désespère : solliciter des contacts physiques de femmes que vous ne connaissez pas, d’autant plus quand elles se promènent seules et ne vous ont rien demandé, c’est une mauvaise idée 100% du temps et pas un concept si compliqué. Non ?

Je termine cette journée sous un grand soleil et le vent qui se calme. Demain je serai à Tréguier pour y récupérer parents et cartouche de gaz (je ne sais pas ce qui me fait le plus plaisir !). Ce soir, sur la rive d’en face, ceci n’est pas une blague, quelqu’un joue du biniou. Bienvenue en Bretagne ! 

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