Jour 14 : Perros-Guirec - Trébeurden

IMG_7648.jpeg

Jour 14

💕Date : 14 mai

💕Distance : 25 km

💕Départ - Arrivée : Perros Guirec - Trébeurden

💕Je vois la vie en : (granit) rooooose

Léger problème hier soir : pour la première fois du voyage, impossible de trouver un sèche-cheveux sur le camping. Ce matin, c’était rock’n’roll ... voyez plutôt. 

IMG_7599.jpeg


En enfilant pour le 14ème jour d’affilée le même teeshirt sous la même polaire (que je mets aussi pour dormir et qui depuis l’incident du Briquet Mouillé me sert aussi d’étui à briquet #multifonctions), j’ai constaté que - pour l’instant en tout cas - je ne m’en lassais pas. Au contraire, c’est assez reposant d’éliminer tous ces choix : la seule décision qui me reste à prendre le matin, c’est de savoir si je mets un short ou un pantalon - c’est l’étendue de mes options, et vu les températures quand je me réveille, ça va assez vite. Pourtant, je m’intéresse assez peu à la mode, même si je n’y suis pas imperméable ; j’ai toujours travaillé dans des environnements qui n’ont jamais nécessité de refonte de ma garde-robe ; et mon dressing est coordonné histoire que tout aille avec tout - ce qui malheureusement veut dire que j’ai le placard d’un nationaliste, tout est bleu, blanc ou rouge. Enfin bon. Je veux dire que je me situe assez bas sur l’échelle des  préoccupations liées aux fringues. Et pourtant, j’ai l’impression rétrospectivement d’y avoir consacré un temps incroyable. Un peu d’argent, aussi - je peux même le quantifier précisément puisque je note toutes mes dépenses liées à ça dans un tableau excel (je ne suis pas folle vous savez). Mais surtout, du temps - à regarder, comparer, acheter, renvoyer, discuter, regarder encore. Je ne suis pas en train de vivre une révolution personnelle, mais ça fait vraiment du bien. Ça me laisse le temps de réfléchir à d’autres trucs, par exemple à ce que je vais écrire ici. Tout le monde suit ?

Bon, j’ai bien fait de choisir le camping où j’étais hier, car c’était en fait (je n’avais pas vu) le tout début de la côte de granit rose. C’était très beau dans la lumière du matin, cette pierre rose-orangée patinée, l’archipel des Sept Îles au loin et le contraste avec la mer si bleue aujourd’hui. J’avais l’impression d’avoir une chance immense. 

IMG_7622.jpeg

C’est le moment où je vais être un peu sentencieuse, pardon d’avance : les barrières sont là pour quelque chose dans ce genre d’endroit très touristique. C’est moins drôle que de grimper partout, mais il est indispensable de les respecter, vu le volume de visiteurs - et s’il y a trop de monde, je vous conseille d’y aller un 14 mai à 9h du matin : j’étais toute seule. Je vous laisse la photo du conservatoire du littoral et j’arrête de prêcher.

IMG_7627.jpeg

J’ai donc passé un moment hors du temps parmi ces blocs fous, à regarder la couleur changer avec le soleil qui se levait - sur un sentier en plus ultra aménagé, et je dois dire que parfois, ça fait du bien de se laisser porter. 

IMG_7625.jpeg

Je suis vite arrivée à Trégastel où je suis allée acheter un briquet (enfin) et me ravitailler. J’ai posé mon sac à l’entrée du magasin : quand je fais ça, les gens doivent se dire que j’ai trop bu, car je suis déstabilisée par l’absence du poids et je titube littéralement. Classe. Depuis que j’ai eu deux trois coups de stress, j’ai toujours peur de manquer de nourriture, mais là j’ai un peu craqué : mon sac devait faire 15 kilos quand je suis repartie. En même temps, vu comment je mange, j’ai de quoi me nourrir peut-être 3 jours. Et puis j’ai visiblement de nouveau été lobotomisée par l’industrie agro-alimentaire puisque je suis ressortie avec des Smacks - ouiii je sais ça n’a aucune valeur nutritionnelle mais comme de toute façon j’ai faim quoi qu’il arrive, autant prendre un truc que j’aime, non ? Quand je dis « un truc que j’aime » : ça doit faire 10 ans que je n’ai pas touché à ces céréales, mais ça m’obsédait depuis quelques jours. Dont acte. 

J’ai mangé (un maximum de trucs pour alléger mon sac) assise contre un gros bloc de granit qui me chauffait le dos, au bord de l’eau. Je suis allé m’y tremper les pieds, ce qui m’a bien dissuadée de vouloir y tremper autre chose : elle était glacée. Pourtant je suis assez solide niveau température de l’eau, mais là, ouch. 

IMG_7638.jpeg
IMG_7644.jpeg

L’après-midi s’est passée en bord de mer, sur des plages de sables blanc et d’eau turquoise désertes. Je n’ai pas vu défiler les kilomètres. 

Ce soir je suis de nouveau dans un camping (le bivouac commence à me manquer !). J’ai posé le briquet que j’avais récupéré hier bien en évidence sur la table de pique-nique : il dépannera bien quelqu’un d’autre ... C’est du bon karma. Ceci dit, j’ai laissé il y a quelques mois sur une plage des Canaries un sac à dos Patagonia avec à l’intérieur 20€ et une paire d’écouteurs : j’attends toujours que l’univers me les renvoie. 

IMG_7652.jpeg

J’ai fini de relire Wild, c’était chouette de le relire en « y étant » ! Et puis contrairement à Bill Bryson (qui arrête vite sa randonnée de l’Appalachian Trail pour n’en faire que des sections), Cheryl Strayed fait une bonne partie du PCT - et toute seule. Je crois quand même que ça m’avait plus émue la première fois - j’avais noté que j’avais pleuré ! ce n’était pas le cas cette fois, mais c’était beau et bien écrit quand même. Je viens de commencer « On ne naît pas soumise, on le devient » : c’est un titre un peu provocateur mais c’est en fait un livre de philo féministe, j’en reparlerai après l’avoir lu. Je vais d’ailleurs aller faire ça, en essayant de ne pas m’endormir dessus ...