Jour 16 : Beg Léguer - Locquémeau

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Jour 16

🥦Date : 16 mai

🥦Distance : 20 km

🥦Départ - Arrivée : Beg Léguer - Locquémeau

🥦Attitude au marché de Lannion : stoïque

Ma journée a commencé par un demi-tour : impossible, hier soir, de trouver ma casquette, que j’ai pourtant précisément choisie rouge histoire de ne pas l’oublier quelque part. Je l’avais heureusement laissée une centaine de mètres auparavant : elle m’attendait au centre d’un ancien bunker où j’avais pendant quelques secondes envisagé de planter ma tente avant de me souvenir que mes pitons étaient sans doute légèrement incompatibles avec le béton. 

vUe du biVouaC hier

vUe du biVouaC hier

J’avais finalement choisi une petite clairière, assez loin des parkings cette fois (on ne m’y reprendra pas) et surtout j’avais mis des boules Quiès. C’est un peu à double tranchant : certes, on n’entend du coup pas la moindre branche qui craque et qui fait flipper, mais en cas de VRAI TRUC MÉCHANT, ben ... on n’entend pas non plus. J’ai décidé de faire confiance à l’univers et tout s’est bien passé - même si mon réveil avait sans doute eu le temps de réveiller toutes les Côtes d’Armor quand je l’ai enfin entendu. 

Je ne suis pas restée sur place pour le petit-déjeuner car la clairière faisait à peine la taille de ma tente et j’ai décidé d’aller plutôt voir au port voisin (Beg Hent) si je ne trouverais pas 1. Une table de pique-nique et 2. Des toilettes. Double bingo. Je peux vous dire que ma santé bucco-dentaire doit beaucoup aux capitaineries de Bretagne. 

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Pour aller à Lannion ce matin, le sentier suivait un chemin de calage. Oh merveille. Plat, large, bien aménagé. Le rêve. Ça m’a laissé le temps de me concentrer sur mes réflexions du moment. J’ai fini hier soir un chapitre où Manon Garcia parle de la position de Simone de Beauvoir, entre essentialisme et existentialisme, sur la question « qu’est ce qu’être une femme ». Oh, ça aurait pu donner lieu à plein de réflexions intéressantes. À la place, mon cerveau a décidé de me passer en boucle une certaine chanson de  Michel Sardou (je vous fais grâce du titre, vous aurez compris), que je déteste en plus. Impossible de m’en débarrasser, pendant les 8 bornes qu’a duré ce foutu chemin de halage.

Je suis arrivée tôt à Lannion - et c’était le jour du marché ! Pour quelqu’un qui vient de faire 400 bornes à pieds, je trouve que je suis restée incroyablement raisonnable : du pain, du fromage, quelques myrtilles ; j’ai résisté stoïquement aux cerises et au stand vietnamien (alors que j’ai quitté Belleville il y a trois semaines et que le manque commence à se faire sentir). Bizarrement,  je m’accommode plutôt bien du manque de variété monacal de mes repas : pain / fromage / charcuterie le midi, pâtes ou riz instantanés le soir (et Smacks le matin, mais vous le saviez déjà). La lassitude va sans doute arriver, mais pour l’instant je me trouve assez zen. Je me suis souvenue de la première fois où j’avais vu quelqu’un manger des ramen instantanées : j’avais 16 ans, j’étais en Australie et j’avais vu un type verser de l’eau bouillante dans un bol en plastique sans comprendre. Quand on m’a expliqué le principe, j’ai trouvé ça DINGUE. L’année suivante, je suis retournée en Australie avec mes parents et le premier truc que j’ai voulu faire, c’est aller au supermarché acheter des Cup’o Noodles... Enfin tout ça pour dire qu’il m’en faut peu. 


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J’ai fait deux trois ajustements à mon kit de base (j’ai acheté par exemple une crème de jour avec SPF, bien que vu ma tête, à priori c’est too little, too late) et je suis allée prendre un café. C’est la première fois que j’entendais des gens dire « kenavo » (qui veut au passage dire « au revoir » et pas « bonjour ») - même à Saint-Gué, ça ne m’est jamais arrivé, y compris dans ma famille. Pourtant on y parlait (côté paternel) breton jusqu’à la génération de ma grand-mère, on en utilise encore quelques mots - enfin surtout mon père (« louzou » pour médicaments par exemple). Mais pas de manière aussi ... normale, pour dire « au revoir » dans un café. De manière générale, cette partie des Côtes d’Armor me semble vraiment bretonnante - tout est systématiquement traduit, sans doute plus qu’à Saint-Gué quand j’y pense. 

Sur le chemin du retour (j’avais descendu le cours du Léguer pour arriver à Lannion et je l’ai ensuite remonté), la Force Ouvrière distribuait des tracts ; un mec hurlait, façon Robin des Bois un peu hardcore, qu’il fallait « tordre le coup aux riches pour redonner aux pauvres ». Audacieux, le petit monsieur ! 

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Cette dernière partie de la journée est passée très vite, j’avais fait quasiment tous mes kilomètres avant la pause dej. J’ai pu me balader un peu autour du Yaudet, un site occupé depuis des millénaires et où on voit bien les différentes « strates » (néolithique / romain / catholique ... ). Parfois c’est un peu étrange - les menhirs « christianisés » par exemple, on l’on a gravé bien après leur érection des symboles chrétiens. Mais parfois le mélange est assez émouvant. La Chapelle de ND de Yaudet était ouverte et je suis rentrée quelques minutes, attirée par les bateaux dans la nef (je ne visite pas toutes les chapelles que je croise, sinon comment dire - je mettrais 6 mois, pas 6 semaines). Elle était très jolie même si le retable comportait une « Vierge couchée » qui pour être honnête était UN PEU CHELOU. Dans un lit, avec la tête du baby Jésus qui dépassait aussi. Pourquoi pas. 

J’ai profité de ma longue après-midi sur la plage à écouter les vagues, regarder la mer et essayer de me concentrer sur mon bouquin sans l’interruption de Michel Sardou. C’est pas gagné ... d’ailleurs, j’y retourne. Demain si tout va bien : Finistère, baby !!

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