Jour 18 : Locquirec - Primel-Trégastel

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Jour 18

🔃Date : 18 mai

🔃Distance : 25 km

🔃Départ - Arrivée : Locquirec - Primel-Trégastel

🔃Mood de la journée : montagnes russes

Démarrage un peu tardif ce matin : la grasse mat’ m’a été imposée par les horaires d’ouverture de l’accueil, où je devais régler ma nuit. Ça ne m’arrange pas, car j’ai deux grosses journées au programme : en étudiant le topo guide, j’ai vu que Morlaix était à une (bonne) cinquantaine de kilomètres et j’ai donc décidé d’y réserver une chambre à l’auberge de jeunesse pour dimanche. En route, donc, mais pas sans avoir replié toutes mes petites affaires sous l’œil inquisiteur d’un groupe de randonneurs qui passait par là (puisque ma tente est littéralement sous le GR). Bonjour ... bonjour ... bonjour ... 

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Évidemment, je ne choisis pas l’option la plus facile : le panneau m’indique une « variante marée basse » et la marée est ... « pas tout à fait haute », ce que je prends pour un signe d’approbation. Mon interprétation un peu libre des consignes m’envoie me casser la figure dans les rochers pendant 20 bonnes minutes avant d’émerger au centre ville de Locquirec. J’ai repéré une épicerie sur la carte et quand j’arrive, miracle, les trois mots que j’aime le plus lire en ce moment : « dépôt de pain ». Hallelujah ! Je pars bien équipée à la conquête du littoral de ce côté-ci qui est sérieusement accidenté. 

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Je vois mon premier spot de surf ! Pas de quoi me tenter (pour l’instant), mais ça fait plaisir de passer dans des endroits qui sentent la Néoprène mouillée (miam) et de voir des gens dans l’eau. Il y a aussi beaucoup de plongeurs. Moi je suis un peu plongée dans mes méditations ce matin : j’ai décidé de recommencer à apprendre des poèmes par cœur. J’en connaissais beaucoup à une époque, et puis j’ai tout perdu. Le sentier est assez facile à suivre pour me permettre d’avoir un œil sur mon téléphone, et je commence par des textes que je connais entre quasiment en entier, pour m’échauffer (quelques fables de La Fontaine, I wandered lonely as a cloudde Wordsworth, The Road Not Takende Frost...). C’est rigolo de faire ça et ça me rappelle mes années de prépa, où je travaillais mon l’élocution en emmenant mon Anthologie bilingue de la poésie anglaisedans le parc du lycée Lakanal, qui se prêtait particulièrement bien à ce genre d’activités de poète maudit avec ses fontaines couvertes de mousse et ses bancs décrépis. Remercions l’univers que personne ne me soit jamais tombée dessus en train de faire ça. 

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A partir de la plage de Vilin Izella, ça se gâte sérieusement. Je l’avais lu dans le topo mais pour une raison qui m’échappe, je n’ai pas pris assez d’eau, et je m’en mords les doigts : le sentier grimpe et descend en permanence sur 10 km - pour 700m de dénivelé. Il faut être sacrément motivé, d’autant que ce n’est pas entretenu et que j’ai parfois des herbes (et des orties !) jusqu’aux épaules (pas facile de faire venir un taille-bordure ici, j’imagine - mais j’ai une connaissance assez limitée des taille-bordure). Je sens bien les 10 km passer. En même temps, je suis toute seule sur mes falaises, et j’ai la sensation pas désagréable d’être le maître du monde. Et le paysage est incroyable - sans doute un des plus beaux que j’ai vus jusqu’ici. Ceci étant dit, j’ai rarement été aussi heureuse de voir une plage - en l’occurrence celle de Saint-Jean-du-Doigt (encore un nom chelou), qui marque la fin des falaises. 

le gr esr lA dedans

le gr esr lA dedans

Foutue pour foutue - et complètement assoiffée - je fais un détour par Plougasnou. Alors oui, c’est un détour ridicule - 1 km aller retour. Mais laissez moi vous dire que pour me déloger de ce GR ne serait-ce que de 200m, il faut avoir de sérieux arguments - des pains au chocolat par exemple, ou dans ce cas précis : un grand Coca. Je suis déçue de voir arriver un coca-de-chez-Coca-Cola classique (moi qui suis désormais habituée à ne boire que des Breizh Cola !), mais ça me permet d’écouter les habitués du bar se plaindre de leur bled, qu’ils jugent trop chic par rapport au Trégor (qui est plus casual, je présume). Je ne veux pas intervenir comme une lourdingue, mais a priori, « chic » n’est pas précisément le terme qui me viendrait en premier pour décrire Plougasnou. Enfin je ne vais pas me plaindre : ils ont du coca et c’est tout ce que je leur demande. Mon petit arrêt me permet aussi de revoir tous les randonneurs de ce matin (je les avais doublés dans l’après-midi). Ils passent devant ma terrasse un par un et, me reconnaissant, s’arrêtent tous au fur et à mesure pour me dire avec des grands yeux : « C’était dur, hein ??? ». Je ne peux qu’acquiescer.

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Ma journée à moi n’est pas terminée, mais en voyant la tête du sentier quand j’y retourne, je comprends vite que je ne vais pas faire les 30 bornes prévues. Ca monte, ça descend, j’ai envie de me laisser rouler jusqu’à la plage et qu’on arrête de m’embêter avec ces falaises. C’est le moment de faire un compromis entre moi et moi : je vais jusqu’au camping suivant. Nous sommes toutes les deux d’accord (moi et moi, je veux dire). Il se trouve que j’ai très bien choisi : il est à 2 mètres du GR et ils proposent des SEAUX À COMPOST, ce qui est sans doute l’argument marketing numéro 1 quand on veut me séduire. Je serais presque restée plus longtemps !


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Luxes ultimes : il y a une grande salle avec une bouilloire, ce qui m’évite pour ce soir le numéro d’équilibriste « casserole d’eau posée sur un minuscule trépied lui même vissé sur une minuscule bombonne de gaz ». Et du wifi, ce qui m’évite de faire plus attendre Denis Brogniart, à qui j’ai sûrement beaucoup manqué. Youpi ! Demain, je ne traîne pas, Morlaix m’attend ...