Jour 28 : Landéda - Saint-Pabu

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Jour 28

🤓Date : 28 mai

🤓Distance : 24,9 km

🤓Départ - Arrivée : Landéda - Saint-Pabu

🤓Qualité des méditations : métaphysiques

Ce matin je laisse passer le déluge avant de passer une tête en dehors de la tente.  C’est même la première fois que je dois faire chauffer mon café avec la toile extérieure de la tente complètement fermée (d’habitude je l’ouvre, ne serait-ce que lorsque le réchaud est en marche, car j’ai toujours peur que ça EXPLOSE.) Évidemment j’ai laissé un micro bout de mes chaussures dépasser, et vu ce qu’il tombe, elles seront mouillés ce matin aussi. On va dire que j’ai l’habitude maintenant. 

Je ne peux pas trop me plaindre quand même car même s’il y a un sacré vent quand je décide à y aller (vers 9h30), il ne pleut plus. C’est la grande joie de la rando en Bretagne : peu importe le temps qu’il fait à un moment T, je suis sans arrêt en train d’enlever ou de remettre des couches. Parfois c’est faisable sans enlever mon sac, et parfois non - et dans ces cas-là, si j’ai la flemme de m’arrêter, je deviens vite rouge tomate dans mon Kway qui fait étuve, sous le regard étonné des gens qui se promènent en teeshirt. Je n’ai malheureusement souvent pas le temps de leur expliquer pourquoi je suis habillée comme s’il faisait 20 degrés de moins - mais de toute façon, trois minutes plus tard, le vent tourne à nouveau et la période glaciaire recommence. 

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Je commence à descendre mon deuxième aber, L’Aber Benoit. Avis aux amateurs : même s’il est bien plus long d’en faire le tour que L’Aber Wrac’h (j’ai mis la journée entière), le sentier est aussi bien plus beau - il serpente dans une forêt magnifique qui s’ouvre parfois sur des points de vue grandioses sur l’estuaire. Bien sûr, ça ne change rien à ce que je disais hier : la rive d’en face doit être à 100m à vol d’oiseau, et à 25 km à pieds. Il vaut mieux ne pas trop y penser. 

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Je ne sais pas pourquoi, ce matin, je repense à une scène qui s’est déroulée il y a quelques mois. J’étais chez le médecin pour un truc parfaitement banal, genre rappel de vaccin, et elle m’a demandé comment ça allait, au travail. En me voyant hésiter, elle m’a dit « la dernière fois, vous deviez être très enthousiaste, car j’ai noté "très bien" et c’est rare que je mette ça ! ». J’ai immédiatement pensé que j’avais été parfaitement honnête. Et, au même instant, je me suis dit « comment se fait-il que je mente de façon tellement convaincante que j’arrive même à embrouiller le médecin ? ». Ces deux vérités étaient irréconciliables et elles coexistaient pourtant dans ma vie. Je n’aurais jamais dit que j’allais autre chose que très bien, surtout au travail. Depuis le début de ma vie professionnelle, je me trouvais une chance incroyable : j’avais un travail qui me plaisait, même si j’en déplorais parfois le manque de sens ; des collègues avec qui je m’entendais systématiquement très bien, et dont certains devenaient même des amis ; des cadres de travail qui me paraissaient carrément luxueux, surtout quand je comparais avec ceux que connaissaient parfois amis et famille ; pas de problème de harcèlement, d’embrouilles, de drame ; des horaires correctes et un salaire plus que correct pour en profiter. Mon dernier poste comportait en plus l’immense avantage, par rapport au précédent, de ne plus consister à vendre des voitures sur internet - alors que je sortais de trois ans passés à être vice-présidente de l’association de développement durable de mon école de commerce, ce que je ne parvenais à réconcilier qu’au terme d’une gymnastique mentale pénible. Et pourtant, je n’avais plus aucune envie d’être là. 


Je me trouvais un côté enfant gâtée terrible, un manque de reconnaissance, un syndrome de millenial qui veut sauver le monde. Mais je manquais d’air. Bien sûr, il a fallu que je me fasse larguer pour le reconnaître (classique), ou plutôt pour accepter de le reconnaître, et enfin poser la question qui me brûlait les lèvres depuis des mois sans que j’ose la formuler : « c’est ... tout ? ». C’est ça, la vie ? Seulement ça ?Is that all there is to it? Ce n’est pas une question très agréable. C’est même carrément inconfortable comme position, et j’étais mieux dans le déni - comme dit ce bon vieux Paul Simon, still, the man hears what he wants to hear and disregards the rest ... Depuis des années, je n’avais pas eu ni le temps ni l’occasion de vraiment réfléchir - le cerveau en permanence occupé entre les déménagements, les mecs, les boulots, les vacances, les week-ends, les potes, Paris, le reste. Mais impossible de faire demi-tour une fois que j’étais lancée : quitte à être inconfortable, autant aller chercher des réponses. Je n’en ai toujours pas, évidemment : j’imagine que ce genre de choses ne se décante pas instantanément. Je peux quand vous dire que ça valait le coup de poser la question. La preuve en images. 

c’est Peut-être les digitAles qui me font delirer ?

c’est Peut-être les digitAles qui me font delirer ?

Je retourne à la rando ... Ne vous y trompez pas, même s’il fait très beau sur les photos (le temps a en effet été magnifique), le vent ne m’a pas quittée de la journée. Là aussi, je commence à avoir l’habitude. Pas grave : cette section du GR est magnifique. J’ai juste failli faire un arrêt cardiaque, après avoir vu débouler silencieusement sur un sentier au dessus de moi un animal énorme ... eh oui, le redouté cheval. Je ne l’ai vraiment pas entendu arriver et j’ai bien flippé. La forêt, c’est sympa mais j’ai toujours un peu les méninges en ébullition (cf également mes élucubrations métaphysiques plus haut). 

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Je me suis arrêtée pas trop tard : on m’avait promis 28 km entre les deux campings, je suis à peine à 25. Pas grave. J’ai eu le temps de faire une pause bouquin en arrivant aux abords de Saint-Pabu, un sacré paradis sur terre aux bancs de sable blanc et eau turquoise. Seul problème : ça fait quelques jours que je n’ai pas vu de centre ville et que je me ravitaille aux mini-épiceries des campings : il doit me rester royalement 2€ en cash et j’en ai marre de manger des pâtes au thon. . Je croise donc les doigts pour trouver toutes ces choses de la vie moderne qui me manquent : un supermarché ... un distributeur ... et peut-être même le journal. Réponse demain ! 

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