Jour 29 : Saint-Pabu - Lanildut

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Jour 29

🌪Date : 29 mai

🌪Distance : 30,4 km

🌪Départ - Arrivée : Saint-Pabu - Lanildut

🌪Vents : déchaînés

Je commence tout doucement à arrêter de marcher vers l’Ouest et à descendre vers le sud de la Bretagne. Eek!! On dirait que ça devient bon, cette histoire. Je quitte aussi, mine de rien, la Manche, pour retrouver mon Océan Atlantique adoré (la séparation officielle des eaux est plus bas, mais je m’en rapproche). Je peux vous dire que j’ai eu droit à un sacré comité d’accueil. 

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Je pars sous la bruine ce matin, enfin j’ai l’impression que c’est de la bruine, avant de me rendre à l’évidence une centaine de mètres plus loin : c’est une vraie pluie battante, et j’ai, en plus, le vent dans la figure. Et donc la pluie avec. Je sors l’artillerie lourde : pantalon imperméable, casquette (pour éviter que toute cette eau ne me dégouline trop directement dessus), écouteurs, podcast. Je vais passer deux heures à marcher en regardant mes pieds, donc autant me distraire. Heureusement que Sophie-Marrie Larrouy existe : si quelqu’un cherche la dingue qui marchait en pleine tempête sur la plage de Saint-Pabu ce matin en pouffant de rire périodiquement, c’était moi. Je suis passée au debrief du palmarès de Cannes par Le masque et la plume (je suis une piètre cinéphile mais j’adore ces émissions) quand une dame m’aborde : j’arrive à Portsall, je vais voir la maison de Paco ! Mhh ... Paco ? Voyant que je ne capte pas, elle a la gentillesse de m’expliquer : Paco Rabanne. Aaah. Je vais aussi voir l’ancre de l’Amoco Cadiz, ce qui m’intéresse plus ; en fait, même si évidemment je connais l’histoire (la plus grande marée noire du XXe siècle), je n’avais pas réalisé que c’était ici. J’ai une boule dans la gorge ; je me souviens encore de L’Erika et des billes de mazout collées à mes chaussures en 1999 (alors même que Penmarc’h avait été relativement épargné). L’ancre est effectivement impressionnante - sans doute plus que la maison, que je ne vois d’ailleurs pas. 

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Par contre, ça ne change rien à mon problème du moment : je suis trempée, il pleut depuis que je suis partie et j’ai le moral dans les chaussettes, c’est à dire : humide. Se dresse alors sur mon chemin un pub irlandais. Pourquoi est ce que c’est toujours lorsqu’on est au fond du trou qu’on trouve un pub irlandais où se réfugier ? Mystères de l’univers. Celui-ci ne déroge à aucun cliché et je vais instantanément 150% mieux. Il y a le sport à la télé (Roland-Garros !), des affiches de Guinness partout, le barman a un accent d’outre-Manche et un album de U2 que j’ai écouté douze milliards de fois passe dans les hauts-parleurs. J’ai l’impression d’être à la maison, et d’ailleurs je m’installe et je reste là carrément pour manger, le temps de prendre un demi d’IPA (qui me rend tout de suite ravie- ça va faire un mois que je n’ai pas bu d’alcool) et de faire les mots-croisés du Télégramme. Et même de faire sécher mes chaussettes, en m’excusant mentalement auprès de mes voisins. 

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Ça va nettement mieux après tout ça, et je repars de bien meilleure humeur, d’autant que la pluie a cessé (à défaut du vent). La côte après Portsall est très sauvage et dénudée : ça doit souffler comme ça régulièrement. De temps en temps, une petite anse se forme et je passe un spot de surf de rêve, encaissé entre des amas de rochers qui permettent au GR de passer tout près des surfeurs et à ceux-ci de passer la barre plus rapidement. Dans ces coins-là, c’est relativement protégé mais dès que le sentier repart sur la côte, ça se déchaine. Je ne peux pas m’empêcher de penser à une de nos randos avec mes copines en Écosse, dans des conditions climatiques similaires, où l’une d’entre elles (dont je préserverai l’anonymat) s’était magistralement cassé la gueule dans la boue bien collante du l’île de Skye. J’en rigole toute seule en y repensant. (Tu me pardonneras, M. !) 

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Je me plains, je me plains, mais j’adore la tempête en Bretagne, même quand je suis en plein dedans, pour une multitude de raisons : 

  • Personne aux alentours 

  • La lande qui ondule 

  • Le bruit de la mer qui se déchaine sur les rochers   

  • Les cheveux fous qui volent au vent

  • Ma palette de couleurs préférée : bleu-gris foncé à l’horizon, blanc pur de l’écume, bleu glacier quand les deux se mélangent, noir et gris des rochers, vert et rose tendre des arméries, vert pâle et jaune orangé des lichens. Les photos ne lui rendent pas justice. 

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J’ai le temps de faire une dernière pause en essayant de trouver du courage pour les quelques kilomètres qui me restent quand un monsieur et son chien, Clovis, viennent discuter quelques minutes avec moi (enfin Clovis est surtout intéressé, comme souvent les chiens que je rencontre, par mon sac qui sent le saucisson). Le monsieur en question me dit qu’il espère que je prends des notes st que je dessine ; comment a-t-il deviné que je culpabilise en pensant au carnet et à l’aquarelle que je trimballe depuis maintenant 700 km sans réussir à les sortir ? Mais pour être honnête, je n’ai assez d’énergie que pour une activité en plus de la rando (et de la lecture, mais ça ne compte pas), et c’est ce blog. J’essaierai de m’y remettre quand j’aurai fini le voyage ... 

Je finis par arriver au camping en ayant la nette impression de m’être battue contre les éléments toute la journée. Ça va mieux après une douche (je ne songe même pas au bivouac dans ces circonstances), mais je dois avouer qu’une lessive et/ou une nuit dans une vraie chambre ne me ferait pas de mal. Ça attendra Brest. En attendant, je vais m’endormir dans ma minuscule tente, qui a le bon goût de ne pas me lâcher question imperméabilité pour l’instant. Pourvu que ça dure. 

PArdon mais !!!

PArdon mais !!!