Jour 41 : Tal ar Groas - Sainte-Anne-la-Palud

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Jour 41

⛈Date : 10 juin

⛈Distance : 26 km

⛈Départ - Arrivée : Tar ar Groas - Sainte-Anne-la-Palud

⛈Atmosphère : électrique

Hier en retournant vers ma tente dans la pénombre, j’ai vu à l’horizon, au dessus de Douarnenez, des points lumineux qui m’ont semblés étrangement familiers. Il m’a fallu quelques instants pour comprendre : il s’agit des éoliennes de la Pointe du Raz, dont je vois la lueur au loin tous les soirs ... depuis l’autre côté de la baie d’Audierne, quand je suis à Saint-Guenolé. C’était très étrange de se retrouver comme ça de l’autre côté du miroir. 

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Personne sur les sentiers ce matin, à part un monsieur allongé sur un muret au bord de la route, qui m’a fait une peur bleue : j’ai cru qu’il avait un sérieux problème mais non, il faisait juste la sieste. Il m’a rassurée (il a bien fait, j’étais à deux doigts de lui mettre une baffe pour voir s’il réagissait) et je suis repartie. Sans croiser grand monde, donc. Je réfléchissais ce matin aux avantages et aux inconvénients de la randonnée tout seul vs à plusieurs, maintenant que je connais les deux. Je ne vais pas révolutionner votre vie avec mes arguments, qui sont les mêmes pour à peu près toutes les activités du genre : à plusieurs, tout se partage - les conversations (j’ai apparemment saoulé de paroles le pauvre Marc le premier jour), les galères, les repas, la fête le cas échéant. Tout seul : zéro compromis, liberté totale dans 100% des choix et une seule personne qui prend les décisions - donc pas de tergiversations sur l’heure de la pause dej et autres dilemmes randonnesques. Évidemment ça dépend des caractères : moi qui suis assez indépendante (euphémisme du siècle) et qui aime bien faire des trucs toute seule, ça me convient bien. Ceci étant dit, ce serait très différent (et je serais sans doute assez malheureuse) si je n’avais pas mon téléphone : là, je suis loin d’être coupée du monde. Je crois quand même que l’indépendance émotionnelle est un truc hyper important, et je déteste certaines interprétions du fameux « happiness is only real when shared » : je suis fondamentalement convaincue qu’on n’est pas obligé d’avoir quelqu’un à côté (ou 500 followers Instagram) pour apprécier un coucher de soleil. 

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Ça m’inspire ce sentier dites donc, et je ne vois pas les heures ni les falaises passer. C’est un peu moins spectaculaire que les deux jours qui viennent de s’écouler, mais ça reste magnifique. Le ciel, surtout, électrise les couleurs aujourd’hui : il est très bleu d’un côté, très noir de l’autre - un vrai ciel d’orage. J’adore quand c’est comme ça (tant que je reste côté ciel bleu ...), les couleurs ressortent et particulièrement ici où le relief est un peu plus doux, ce qui permet la présence de champs de blé d’un vert dingue contre le bleu de la mer. Trop beau. 

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Je marche visiblement dans les pas d’une course, la « Presqu’île Race ». Je suis très énervée car les organisateurs ont laissé des rubans en plastique partout pour montrer le chemin (y compris à des endroits absurdes où le sentier continue tout droit sans hésitation possible). On est à quelques mètres de la mer et les rubans sont attachés n’importe comment à la végétation. Belle réalisation. Je laisse le bénéfice du doute à l’organisation en me disant qu’ils vont revenir les enlever (la course était la veille) mais sur le principe même, j’ai du mal à comprendre. Quel est l’intérêt d’utiliser ces rubans ? Entre ça et les flèches peintes sur le sol à la bombe (ça met hyper longtemps à partir), un petit reminder des principes du leave no tracene ferait pas de mal. Pour une course de trail, en plus ... 

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Je fume encore quand j’arrive à Saint-Nic où la longue plage un peu dégarnie me déprime un peu, surtout que le vent s’est levé. J’ai le temps de prendre un café et d’acheter le journal dans le seul bar de la ville où la conversation morose des habitués me déprime AGAIN. Ceci dit, j’ai trouvé un café d’ouvert en ce lundi de Pentecôte (et pas de l’Ascension comme je l’avais écrit à la base …!), et j’ai donc déjà bien de la chance. J’achète même un paquet de Prince - l’autre jour je suis allée trop vite et j’en ai pris un bi-goût lait / chocolat, c’est à dire l’horreur absolue. POUAH. Je suis physiquement incapable de manger un truc pareil et c’est donc Marc qui l’a rapatrié à Brest. Là, je vérifie trois fois avant de repartir avec mon précieux. 

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Il n’est que 17h30 quand j’arrive au camping. Je suis passée entre les gouttes toute la journée mais ça y est, c’est fini : une énorme averse éclate. J’attends qu’elle finisse avant de monter la tente ; j’ai juste le temps de tout installer que ça recommence - sauf que cette fois, c’est une averse de grêle. Je vois les petites billes blanches s’accumuler au bas de ma toile de tente. A vrai dire, je ne trouve pas ça désagréable d’être à l’intérieur, dans mon sac de couchage, avec la finale de RuPaul’s Drag Race(que j’entends à peine car l’averse fait un bruit fou). Vous vous en doutez, ça a fini par passer pour revenir au grand soleil : je ne cherche plus de logique. 

Demain, j’arrive déjà à Douarnenez où je vais faire les provisions pour les jours suivants (et derniers ...). Il s’agira de trouver le bon équilibre car je ne veux pas que mon sac soit trop lourd pour attaquer les falaises du Cap Sizun. Et après, ce sera officiellement la pointe du Raz !!

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