1000 km sur le GR34 : le bilan

Encore moi ! Il est déjà l’heure de faire le bilan de ce voyage, ou du moins un premier bilan. A J+1 de l’arrivée, je ne suis pas sûre d’en apercevoir toutes les ramifications, mais je peux déjà vous donner mes impressions à chaud, quelques statistiques (évidemment), quelques éléments de réflexion, et puis vous dire aussi ce que je vais faire de mon été … et ce qu’il va advenir de ce blog. J’espère que vous avez un peu de temps devant vous, ça risque d’être long !

Pors carn aujourdhui

Pors carn aujourdhui

Je suis donc arrivée hier soir à Saint-Guénolé, et même si je n’ai jamais senti, au cours de ces dernières semaines, de manque ou de lassitude intense - que ce soit pour la nourriture, le sommeil, les distractions, les fringues ! j’ai été bien contente de retrouver mes affaires. J’ai aussi trouvé que j’en avais une quantité incroyable. Entendons-nous bien, je vais passer l’été ici, pas juste deux semaines, et c’était justifié d’emporter (un peu …) plus qu’une valise, mais j’ai dû vider trois sacs pour trouver mon shampoing. Ca m’a un peu donné le tournis, alors même que bien que je ne sois pas tout à fait minimaliste, je fais quand même du tri régulièrement dans mes affaires, d’autant que j’en suis à mon 10ème, 11ème ? déménagement en autant d’années. Enfin bon. J’ai à peu près tout rangé cet après-midi et rempli une armoire avec mes habits, tout en sachant que je risque de passer trois mois dans le même short, le même tee-shirt et les mêmes baskets (précisément ceux de la photo à droite, qui a déjà quelques années).

Je savais bien, quand je suis partie, que je captais quelque chose de l’air du temps : je n’ai rien inventé, ça fait déjà quelques mois que je vois de plus en plus d’articles sur le refus de prendre l’avion, le slow travel, la compensation carbone. Ce n’était pas une force motrice dans ma décision de partir en randonnée, mais ça a évidemment compté. On m’a beaucoup demandé quand j’expliquais mon projet pourquoi je ne partais pas plutôt, tant qu’à faire, en Nouvelle-Zélande ou en Argentine. Ce sont des destinations qui me font envie, bien sûr ; mais il y a quelque chose de magique dans le fait de partir et d’arriver à pied, dans le fait de faire le chemin en entier (ou presque), même les passages moins séduisants à priori ; dans le fait d’être entièrement autonome et de posséder tout ce dont on a besoin dans un sac à dos ; et pour moi, aussi, dans le fait de faire ça en Bretagne. J’espère que je vous aurais donné envie de vous y intéresser ! Sur ce, quelques faits concrets.

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  • Etat physique et moral

Excellents mon capitaine. J’ai vraiment eu beaucoup de chance et je ne me suis pas blessée du tout ; j’ai quand même eu de grosses ampoules au début qui ont mis environ une semaine à se résorber, avec un mélange de Compeed et de percer-l’ampoule-avec-un-fil. J’ai eu aussi beaucoup de courbatures, mais enfin bon, c’est le strict minimum, non ? Zéro résurgence de mes soucis liés à la course à pied (périostite et je ne sais plus comment ça s’appelle, problème à la plante de pied), j’avais emmené une balle de massage que j’ai surtout utilisée au début. Sinon, à part quelques coups de soleil et ronces un peu agressives … RAS. Ah si, j’ai perdu deux petits kilos ; je vous rassure, ça va vite se remettre à niveau. Et niveau mental, je ne vous apprends rien : il n’y a pas grand chose qui aère plus la tête qu’une balade au grand air, alors 1000 bornes … Tutti va bene.

  • Matériel

Je pense que le sujet appellera des articles de feedback plus détaillés, sur ma tente par exemple (bien que j’en ai perdu la moitié hier, donc est-ce-que je peux vraiment encore en parler ???). Je peux déjà vous dire que dépenser un peu d’argent dans du matériel léger et surtout du temps pour choisir ce que j’allais emporter est le meilleur investissement que j’ai pu faire. Déjà, ça m’a largement simplifié la vie : quand on fait / défait le camp deux fois par jour, moins on en a, mieux on se porte. Et évidemment, c’est bien plus agréable pour marcher. Par rapport à ma liste originelle, voici ce que j’ai changé :

  • la poche à eau : même pas emmenée

  • le combiné écran solaire-baume à lèvre : remplacé par une crème de jour avec SPF + un vrai baume à lèvres

  • le déodorant format voyage : fini et remplacé par le même en full size

  • le mini-conteneur crème / après-shampoing : remplacé par un tube de crème du Savoyard, que j’ai jeté quand il a été fini

  • la batterie + chargeur Anker : volés à mi-voyage, hélas, remplacés à la Fnac par des modèles 100x moins bien. Il y a une raison pour laquelle Anker est si plébiscité !

  • lampe frontale : donnée à mes parents, je me couchais / me réveillais avec le soleil et j’avais la lampe de mon téléphone en back-up

  • cahier + matos aquarelle : donnés aussi, après 3 semaines à croire que j’allais trouver l’énergie de m’y mettre …

  • pinces à linge : perdues après genre 2 jours

  • débardeur : donné à mes parents, soyons honnêtes … il ne faisait pas tout à fait assez chaud

  • maillot de bain : idem

A part ça, je suis globalement très satisfaite de tout ce que j’ai emmené, à part peut-être mon sac qui aurait pu être plus léger et mes chaussures que j’aurais préférées dans une matière séchant plus vite. Mention spéciale aux excellents vêtements en mérinos de Décathlon, aux classique de la rando légère : mon matelas Thermarest et ma batterie Anker (RIP), à ma tenue du pluie hyper efficace et à ma tente un peu lourde mais parfaite.

  • Alimentation

Je ne suis pas quelqu’un qui se lasse très vite en matière de nourriture. J’ai mangé avec une régularité de métronome des ramens ou du riz le soir et des sandwichs le midi, en passant régulièrement dans des boulangerie pour le pain et des supérettes pour le reste. Ceci étant dit, je ne me suis pas privée de faire des restaus si restau il y avait et de prendre trois pains au chocolat à la boulangerie si ça me chantait … cf rubrique “budget”. Ca a sans doute contribué à mon manque de lassitude. Le seul vrai problème a été le petit déjeuner : après des années à manger du porridge le matin, je ne peux plus en avaler une bouchée. J’en ai été réduite à tester toute la gamme de Kellogg’s disponible en Bretagne, ce qui était assez régressif mais pas franchement efficient en terme d’énergie générée. Et j’ai vraiment du mal avec les barres de céréales plus complètes. A voir pour la suite …

  • Budget

J’ai dépensé plus d’argent que ce que je pensais, mais en même temps mon estimation était basée sur … je ne sais quoi d’ailleurs, la figure arbitraire de 20€/jour je crois, soit 1000€. J’en en fait dépensé plutôt 1600 : principalement parce que j’ai fait plus d’hôtels que prévus et beaucoup moins de bivouacs, mais aussi parce que par moments ma faim était parfois absolument insatiable. Concernant le split des dépenses :

  • 42% hébergement

  • 41% nourriture

  • 17% divers : lessive, transports, remplacement batterie / produits de pharmacie, et bien sûr les livres, 70€ tout de même - il va falloir que je m’inscrive à la bibliothèque cet été !

  • Hébergement

J’avais prévu de faire un jour sur deux en bivouac et ça ne s’est pas du tout passé comme ça. Evidemment, la Bretagne n’est pas “sauvage” et la civilisation (et les gens qui font leur jogging ou qui promènent leur chien) n’est jamais très loin ; ça a parfois été compliqué de trouver un spot sympa, alors au bout d’un moment j’ai arrêté de le faire pour “dire que je l’avais fait” et j’ai beaucoup dormi dans des campings. Les hôtels ont principalement été dûs au mauvais temps, à part Brest, mais je ne regrette pas, c’est aussi sûrement ça qui m’a permis de tenir le coup. Concernant la répartition finale :

  • 27 nuits en camping

  • 9 en bivouac

  • 7 en hôtel et 2 en auberge de jeunesse

Je regrette un peu de ne pas avoir “poussé” un peu plus pour bivouaquer, mais bon, encore une fois, c’était aussi parfois bon pour le moral (comme dirait l’autre) d’être dans des endroits “safe”.

  • Voyager toute seule

Ce n’est pas vraiment un thème central pour moi mais c’est énormément revenu, en fait quasiment à chaque conversation que j’avais, généralement une variation de : c’est super / je vous envie / moi aussi je voudrais faire ça / c’est courageux / et toute seule !! Comme je le disais l’autre jour, l’avantage d’être seule, c’est qu’on est seule décisionnaire sur le déroulé de la randonnée - et pour moi c’est un point majeur quand elle est aussi longue. Je suis allée regarder la définition de courageuse parce que ça me gênait un peu qu’on me l’attribue sans cesse ; c’était quelque chose comme “agir malgré la peur ou le danger”. Ce ne sont des sentiments qui m’ont animée que très rarement ; si par contre je prends les définitions de Brené Brown, qui met en regard le courage avec la vulnérabilité, je m’y reconnais un peu plus. C’est sûr qu’il faut accepter qu’il y a des risques et qu’on s’y expose. Ceci étant dit, je n’ai jamais douté que j’y arriverais (les autres s’en sont un peu chargés pour moi !), et ça m’agaçait qu’on me parle sans cesse d’avoir un plan B ou un plan C, même si je comprends bien l’idée. Bon ; je ne sais pas trop où je vais avec mes digressions. Tout ça pour dire qu’à mon sens, en 2019, “voyager toute seule” c’est un non-sujet. Faites comme moi, achetez une bombe lacrymo pour rassurer votre maman, et à l’aventure !

  • Distractions

Oui, oui, j’ai beaucoup marché en regardant la mer et en réfléchissant à la vie, je vous rassure. Je suis aussi une personne normale et même si j’apprécie ma propre compagnie, parfois j’avais besoin d’autre chose. J’ai lu une dizaine de livres sur le GR, dont voici les titres (plus de détails sur mon Goodreads) :

  • The Great Believers, Rebecca Makkai

  • Small Great Things, Jodi Picoult

  • The Interestings, Meg Wolitzer

  • An American Marriage, Tayari Jones

  • Le courrier, la courroie, ta bonne lettre, Nicolas Bouvier et Thierry Vernet

  • North, Scott et Jenny Jurek

  • On ne naît pas soumise, on le devient, Manon Garcia

  • Wild, Cheryl Strayed

  • A Walk in the Woods, Bill Bryson

  • Less, Andrew Sean Greet

C’est le moment où je chante les mérites de mon Kindle, qui, connecté à mon iPhone en 4G, télécharge un livre en moins d’une minute : vive le XXIème siècle. J’ai aussi écouté beaucoup de podcasts, je leur consacrerai un article séparé ; regardé quelques épisodes de série sur Netflix ; écouté quelques playlists et beaucoup le dernier album de Vampire Weekend et, si vous avez suivi ce blog, vous êtes déjà au courant : réussi à rester à jour dans Koh-Lanta. On a les victoires qu’on mérite.

  • Le meilleur et le pire du GR

Je ne sais pas pourquoi je viens d’écrire ça, j’ai vu tellement de choses magnifiques que j’aurais bien du mal à sélectionner un “top” qui me paraîtrait totalement arbitraire : où qu’on aille, il me paraît difficile d’être déçu. J’avoue quand même un petit faible pour les falaises : celles de Plouha, du Cap Sizun, de Crozon ou celles qui bordent la mer d’Iroise … et bien sûr pour le Pays Bigouden. Je peux aussi vous dire que le GR est bien balisé (par la FFR) et bien entretenu (par les communes) 95% du temps et que je leur suis EXTREMEMENT reconnaissante. La loi de 1978 sur la servitude du littoral est un cadeau, vraiment : c’est une chance inouïe de pouvoir longer la mer en continu ou presque sur autant de kilomètres. Le pire ? Comme partout en Bretagne : les algues vertes … Respectez les signalisations, suivez le tracé du GR notamment quand il s’éloigne explicitement de la plage (par exemple à St-Michel-en-Grève), faites attention aux actualités : je suis passée à Douarnenez sur une plage recouverte d’algues qui a été fermée le lendemain. Au fait : les algues deviennent dangereuses non pas quand elles sont vertes mais quand elles pourrissent et qu’elles deviennent blanches. En cas de doute ou d’odeur suspecte : fuyez. L’indispensable émission Les pieds sur terre de France Culture a rediffusé récemment leurs reportages sur la question : c’est juste ici.

  • Alors, la suite ?

Eh bien déjà, je vais aller travailler, dès demain et pour tout l’été, à l’office de tourisme de Penmarc’h : venez me faire coucou si vous êtes dans le coin ! Et puis sinon, je vais …

  • m’inscrire à la bibliothèque et lire, lire, lire

  • faire du yoga sur la terrasse au soleil, quand il y en aura, et du surf quand j’en aurais envie

  • aller voir tous les soirs le coucher de soleil (le plus beau du GR34 !) au Viben et essayer de voir le rayon vert

  • mettre un composteur à la maison

  • aller manger des crêpes au Rayon Vert, à la Torche

  • deviner s’il y a des vagues en regardant la mer depuis ma fenêtre

  • préparer du vrai café et aller le boire sur la plage

  • aller au travail au vélo … ou peut-être en longboard

  • faire le tour des rochers (le mien), tous les jours … au moins

L’été, quoi.

  • Et le blog ?

Il va rester actif ! J’ai encore plein d’idées d’article, sur le GR et tout ce qui l’entoure, sur le Pays Bigouden, et puis bien sûr je ne vais pas arrêter là mes randos. Le rythme de publication va forcément ralentir, par contre, même si c’était un excellent exercice que de devoir poster tous les soirs, que j’ai adoré l’écrire et surtout faire partie de vos matinées, de vos trajets en métro, de vos pauses-café et de vos vies à vous. Depuis la création de ce blog, vous avez été près de 1500 à y venir régulièrement, ce qui me paraît complètement dingue. Merci ! Et si vous voulez continuer à suivre les articles, l’inscription aux notifications par mail est juste ici.

A très vite,

Sophie

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