Jour 46 : Kersigny - Saint-Guénolé

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Jour 46

✅Date : 15 juin

✅Distance : 28 km

✅Départ - Arrivée : Kersigny - Saint-Guénolé

✅Statut : bien arrivée !!!

Eh oui … surprise. Je suis arrivée ! C’était une journée où rien ne s’est passé comme prévu, mais je vous écris depuis mon ordinateur (!) assise sur mon lit (!) vêtue d’un teeshirt “Le changement c’est maintenant” (y’a des trucs qui vieillissent mieux que d’autres …) alors je vous rassure : tout est bien qui finit bien. Mais reprenons au début …

C’était un peu la galère ce matin. Je ne sais pas si j’ai mal planté la tente, ou si mon obsession de la vue sur mer m’a fait négliger le sens du vent, ou s’il a tourné pendant la nuit, enfin toujours est-il que de grands coups de vents qui pliaient ma tente en deux m’ont servi de réveil-matin. Dring dring, il faut se lever maintenant. Chouette. Bien sûr, les rafales étaient accompagnées par des LITRES d’eau que j’entendais dégouliner sur la paroi extérieure. J’ai donc élaboré un plan d’attaque : j’ai directement rentré dans mon GPS l’adresse du Penn Ar Bed, un restau à Penhors que je connais bien et où je savais que j’arriverai vers midi, histoire de me motiver en voyant défiler les kilomètres. Et en route.

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Ce fut à peu près au niveau des pires journées de temps du voyage (tempête exclue bien sûr), avec un vent de 3/4 persistant, pluie non-stop, chaussures trempées, tout le tintouin. A Plovan, la statue de la bigoudène marque officiellement l’entrée en pays bigouden - on progresse ! Bon, j’ai quand même sorti ma carte secrète : un de mes albums live préférés de tous les temps, que je n’avais pas écouté jusqu’ici, à savoir le concert à Central Park en 1981 de Simon & Garfunkel. Je connais peu ou prou toutes les chansons par coeur, ce qui était parfait pour essayer de me distraire au maximum des éléments extérieurs, qui pourtant étaient loin d’être discrets … autant dire que ça a moyennement marché. Et mon téléphone a fini par défaillir (pas aidé sans doute par la température ambiante) alors que j’arrivais à Penhors.

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Avant d’aller au restau, pèlerinage obligatoire : à Palud Gourinet, juste à l’entrée de Penhors, se trouve la maison où ma grand-mère (et ses 7 frères et soeurs !) a grandi. Mon père y a passé de nombreuses vacances, et moi quelques soirées : c’est désormais une maison à louer, ce qu’il nous est arrivé de faire. Je n’ai pas de photo, il pleuvait encore des cordes, et puis c’est une maison “comme les autres” sans grand intérêt sans doute ; mais je ne m’imaginais pas passer ailleurs qu’ici (et j’en profite pour faire un bisou à ceux qui lisent ce blog et qui ont eux aussi bien connu cette maison !). Et puis ça a enfin été le moment d’aller au resto : Penn ar Bed (= le bout du monde, = le Finistère, pour ceux qui ne suivent pas), qui pour moi va de paire avec nos escapades à Penhors ; là non plus, je ne me suis pas posée de question, et j’y ai établi mon QG de crise temporaire.

J’ai toujours vaguement honte quand j’arrive avec tout mon bazar qui dégouline par terre, mon kway, mon pantalon, mon sac qui prend trop de place … Là, quand même, j’ai gardé mes chaussettes - on sait jamais, des fois que je croise quelqu’un que je connais. J’ai commandé une pizza 4 fromages (oh yes) et ouvert mes moult applis de GPS / topoguide ; j’en ai établi que si j’étais en théorie à 25 km de Saint-Gué, le GR s’éloignait à 3 reprises de la côte pour faire le tour des étangs du coin et passer par une chapelle. Vu ce qui tombait dehors, j’étais moyennement motivée pour la sortie culturelle et ai donc décidé que je passerai par la plage tout du long, tant qu’à faire.

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Je suis repartie et puis je culpabilisais un peu … bon OK, beaucoup, de zapper 10 bornes du GR si près de la fin, alors dans une tentative désespérée de restaurer un équilibre karmique, j’ai commencé à ramasser les bouteilles en plastique sur la plage de galets (je vous rassure, je le fais aussi en temps normal). Je ne sais pas si la plage était particulièrement peu fréquentée, ou si la mer avait ramené des déchets, enfin malgré la force de mes petits bras musclés, je me suis rapidement trouvée dépassée par la quantité de bouteilles. Idée de génie : utiliser ma couverture de pluie comme baluchon (il ne pleuvait plus à ce moment là). Aussitôt dit, aussitôt fait : j’ai remis mon sac en m’extasiant de son poids et en me disant que cette couverture de pluie avait dû être vraiment lourde. J’imagine que vous voyez où l’histoire se dirige.

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J’ai continué tranquille, en ramassant tout le plastique que je trouvais histoire de rentabiliser. A Plovan, j’ai vu une silhouette sur la plage et j’ai vite compris : c’était un dauphin échoué - mort récemment, visiblement, vu la blessure qu’il avait. Je ne savais pas quoi faire, et c’est dans ces moments-là que je suis bien contente d’être au 21ème siècle : j’ai cherché sur Google signaler dauphin échoué et c’est comme ça que j’ai appris l’existence du RNE, le Réseau National d’Echouage. Le référent finistérien est Océanopolis, à Brest; que j’ai donc derechef appelé ; le standard m’a donné deux choix, 1 en savoir plus sur nous, 2 pour une urgence, on vous connecte au PC sécurité. J’ai choisi le 2 sans trop de conviction en me disant que j’allais me faire envoyer paître par un type assis dans une petite salle couverte d’écrans et qui allait sans doute bien en rigoler plus tard avec ses collègues. Mais quelqu’un a décroché et que j’ai dit sans conviction “euuh, oui, c’est pour signaler un dauphin échoué ?”, la personne au bout du fil a juste répondu “où ça ?”. Simple comme bonjour, et maintenant vous le saurez aussi !

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Mes (adorables) parents voulaient me retrouver pour le goûter, et je leur ai donné RDV sur le parking d’une plage où j’en ai profité pour jeter ma collection de plastique. Je crois qu’ils n’en revenaient pas trop de me voir là, et d’ailleurs ils m’ont dit “bon … on n’y croyait pas” (sans blague !!). Mais n’empêche : j’étais là ! Ils sont repartis acheter du cidre, car ce sont des Bretons modèles, et moi je suis repartie finir mes kilomètres. C’est là que je me suis rendue compte que mon sac était décidément extrêmement léger et que j’ai compris que j’avais perdu le sac contenant piquets et arceaux. EH BAH SUPER. L’ironie de la situation où je m’évertue à nettoyer la plage pour y laisser en échange un kilo de métal et de plastique ne m’échappe pas, je vous rassure. Ca faisait déjà longtemps que je marchais, en plus à marée haute : même pas la peine de faire demi-tour. Bon, je préfère que ça arrive à ce moment-là du voyage et pas avant, mais quand même … Sachez pour l’anecdote que ma mère tient un carnet où elle note toutes les choses que j’ai perdues dans ma vie. Je pense qu’elle va bientôt pouvoir en inaugurer un deuxième.

J’ai quand même profité de mes derniers instants au soleil … Littéralement. Après avoir lu quelques pages de mon bouquin, je suis repartie, et le ciel a de nouveau tourné au gris. Mais j’étais si près du but que … tant pis. J’avais imaginé tant de fois ces moments où j’allais arriver près de la plage de la Torche, et surtout j’avais essayé de me mettre à la place de tous ces gens qui font le GR mais pour qui Saint Gué n’est qu’une étape. Est-ce-qu’ils trouvent la plage belle et longue ou interminable, est-ce-qu’ils se disent que le sable est fin, que le port est charmant, qu’ils reviendront y faire du surf ? Qu’est-ce-qu’ils pensent de Pors Carn, de ses rochers, de ses bateaux ? Impossible d’imaginer : ici pour moi tout est saturé de souvenir, chaque recoin, chaque pierre, chaque mètre de sable. C’est le principe des fractales : comme les poupées russes, quand on y regarde plus près, chaque élément contient un élément identique, en plus petit. Pors Carn est un monde à part entière.

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J’ai fini par franchir la pointe de la Torche et par traverser la plage ; à Pors Carn, j’ai tourné à droite pour finir l’ultime bout de GR, le mien, celui dont le nom, forgé dans la langue familiale, a donné le sien à ce blog. J’étais un peu émue, bien sûr, fière, aussi ; mais j’avais réalisé aussi que tout n’a pas besoin d’être un symbole. C’était un truc fou, ces mille kilomètres, ces presque cinquante jours ; c’était dingue mais c’était aussi juste ça. Ni plus, ni moins. Au bout du tour des rochers, j’ai coupé à travers le champ de Serge, privilège des amis ; le barnum qui va servir, demain, à la fête des voisins, était déjà monté et annonçait un été comme ça, de barbecues dans le jardin, de siestes au soleil et de vacances à la mer. A quelques mètres, le comité d’accueil m’attendait, en la présence de ma mère, de son téléphone qui filmait tout, et de mon chien. Welcome home. J’ai franchi les derniers pas qui me séparaient de la maison et je suis arrivée comme j’étais partie : à pied.

J’ai adoré écrire ce blog, autant que vivre cette aventure : merci de m’avoir suivie - en encouragée - jusqu’ici.

Demain, il y aura un premier bilan (j’ai encore mille choses à dire !), ce à quoi je vais employer mon été et ce à quoi vous pouvez vous attendre pour le blog, mais je peux d’ores et déjà remercier :

  • papa, maman, pour le crewing impeccable, ma caravane du tour de France sans les bobs Cochonou, merci, merci, merci !

  • Aude, Maud, Anne, mes cheerleaders quotidiennes, sur le GR et dans la vie,

  • ma grand-mère et sa maîtrise sans pareille des emojis

  • et vous tous, pour vos innombrables et adorables mails, commentaires, DM sur instagram, textos, coups de fil : tous ces échanges ont été précieux et m’ont souvent redonné de l’énergie quand j’en manquais.

A très vite,

Sophie

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