Jour 32 : Locmaria-Plouzané - Brest

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Jour 32

🛁Date : 1er juin

🛁Distance : 21 km

🛁Départ - Arrivée : Locmaria-Plouzané - Brest

🛁Vêtements : d’une propreté irréprochable

My god, il est minuit quand je commence enfin à rédiger ce post. Que m’arrive-t-il ?! Dieu sait à quelle heure je vais me réveiller demain - sans doute un truc indécent, genre 8h du matin.  Je ne sais pas si ça a un rapport, mais il a fait un temps dingue aujourd’hui. J’ai d’ailleurs commencé ma journée en short, ce qui ne m’était pas encore arrivé, et 5 mn après être partie du camping, je transpirais déjà dans les falaises finistériennes. Je sais : il y a deux jours, j’étais en train de me les peler dans un pub irlandais au milieu de nulle part. Qu’y puis-je ? C’est la Bretagne. 

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J’y vais tranquille ce matin : j’ai rendez-vous ce midi à quelques kilomètres seulement de là où je suis. J’en profite pour prendre mon temps et me régaler avec le paysage. En face, Crozon et ses falaises ; sous mes pieds, les ajoncs et la bruyère ; et dans l’eau, des spots de surf absolument incroyables. Je suis dans le « goulet » de Brest, et la situation géologique crée des vagues magnifiques, qui déroulent sur des longueurs folles. Depuis la falaise, on a une vue de rêve sur les surfeurs en bas. Autant vous dire que c’est le genre de spot où je ne mets même pas un orteil ; il vaut mieux s’y connaître un minimum, d’autant qu’il y a des rochers des deux côtés et qu’envoyer ma planche là dedans est exactement le genre de trucs qui pourrait m’arriver. D’ailleurs, ça m’est déjà arrivé. Je ne suis plus qu’à quelques kilomètres de Brest et je commence à me dire qu’il y a un complot d’envergure mondiale pour dénigrer la ville ; pour l’instant ce que je vois, c’est des falaises, des spots d’escalade (en face), de surf (à mes pieds), une mer bleu turquoise et un ciel sans nuage. What’s not to love? Brest a la réputation d’être grise et moche, mais je me dis qu’à tous les coups, ça va être comme Le Havre, où il suffit d’avoir un peu de sensibilité pour Auguste Perret et le béton (check and check en ce qui me concerne) pour avoir des étoiles dans les yeux. 

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Bon, je n’y suis pas encore. Je retrouve au Phare du Petit Minou (ça ne s’invente pas) ma famille venue en nombre : mes parents, mais aussi ma tante et ma grand-mère. Triple youpi ! Les deux nouvelles arrivées regardent avec curiosité notre ballet-ravito, échange de ziplocks et de bouquins et remplissages divers (mon père étant par exemple passé maître dans l’art de remplir mon minuscule flacon de savon en soufflant dessus pour enlever les bulles. On ne dirait pas comme ça, mais c’est très drôle). J’emmène tout ce petit monde manger un burger dans un endroit où je suis passée hier, et puis il est déjà l’heure de repartir. C’est la dernière fois que je vois tout le monde avant mon arrivée à Saint-Gué, et croyez moi, je suis bien consciente de la chance énorme d’avoir eu ma caravane du Tour de France personnelle. Même si la pression familiale est énorme ... non pas pour la rando, mais pour après. Non ... pas non plus pour mon futur job, mais parce que j’ai eu l’idée absolument brillante de m’acheter un longboard pour aller au travail cet été (j’ai d’ailleurs reçu à cet effet une carte cadeau de mes formidables anciens collègues), et que selon les sondages, je suis à peu près la seule à trouver ça brillant. Ils m’opposent tous des arguments divers : le trajet est trop long (5 pauvres kilomètres !), les routes ne sont pas faites pour ça, ça monte, et surtout un détail qui me paraît personnellement complètement oubliable : je ne suis jamais montée sur un skate. Ça ne peut pas être bien compliqué, si ? Je monte dessus et j’attends que ça roule ... (je blague : si c’était aussi simple, ça fait longtemps que je saurais faire du surf). Là où par contre je pourrais changer d’avis, c’est quand mon père me donne des coups de coude en me montrant les stand-up paddle des mecs à côté de nous. Mhhh. C’est vrai que je pourrais aussi, non pas aller au travail en SUP, mais bien rigoler avec. Et je vois bien mon père faire le tour du quartier tranquilou dessus. Ça se discute. 

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Bref, ils finissent par s’en aller après cette odieuse opération conviction, et moi je continue vers Brest, ce paradis caché. Bon ... je dois avouer qu’à quelques kilomètres du centre-ville, ça devient moins idyllique, et je me tape des kilomètres le long des bâtiments militaires et des immeubles un peu décrépis. Je finis par arriver enfin dans le centre : effectivement, tout le monde n’avait visiblement pas le talent ni la vision de ce bon vieil Auguste Perret. Je comprends mieux les critiques. Ceci étant dit, tout ceci m’importe assez peu sur le moment et on verra demain pour les considérations architecturales. 

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On dirait un truc sorti de lost, non ?

On dirait un truc sorti de lost, non ?

Je fonce donc vers mon hôtel (!!!). J’ai réservé une chambre pour deux nuits, un luxe totalement indécent qui va me permettre d’étaler mes affaires pour la première fois du voyage, pour deux nuits d’affilée ; de prendre ma douche sans avoir à appuyer sur un bouton en permanence pour avoir de l’eau tiédasse ; et de ne pas devoir entendre mes voisins chanter du Johnny. Ceci étant dit, j’entends assez nettement mes voisins, qui ont l’air remarquablement enthousiastes. Heureusement qu’il y a Roland Garros à la télé : c’est le tennis féminin donc niveau bande-son, c’est à peu près la même chose, mais au moins je l’ai choisi. Et en bonus, j’ai les commentaires de Laurent Luyat. Chouette. 

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Je sors faire ma lessive - ca devenait urgent. Comme d’habitude j’ai un style démentiel avec mon Kway, mon short de running et les tongs que j’ai récupérées tout à l’heure (et qui m’ont promptement défoncé les pieds, mais au moins ce ne sont pas mes chaussures que je ne peux plus voir en peinture). Je ne pars de Brest que lundi après-midi donc j’ai tout le temps du monde demain ; je vais rattraper mes mails en retard, aller boire un café, peut-être aller au ciné, passer à la librairie, à la boutique de rando, aller jeter un œil au musée des Beaux-Arts ... les possibilités sont infinies. Et tout ça avec des chaussettes propres. La vie est belle. 

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