Jour 42 : Sainte-Anne-la-Palud - Le Tréboul

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Jour 42

👀Date : 11 juin

👀Distance : 17,5 km

👀Départ - Arrivée : Sainte-Anne-la-Palud - Le Tréboul

👀Recherche du kouign-amann : in progress

Il a plu ... toute la nuit. Et toute la matinée, aussi. J’ai eu un léger répit à 7h, mais ça a repris de plus belle juste après. Bon. Quand c’est comme ça, je n’ai auuuucune envie de quitter ma tente, surtout que je voyais bien que c’était parti pour durer (spoiler : effectivement). J’ai mollement réussi à me motiver pour tout ranger : dans ces cas-là je mets tout dans mon sac et j’accroche en dernier la tente à l’extérieur (d’habitude elle va à l’intérieur) avant de tout recouvrir avec la protection pluie. C’est quasiment le même effort qu’en temps normal, mais allez savoir, j’ai toujours l’impression que ça va me prendre des heures. J’ai fini par décoller à presque 11h, parée comme il se doit de mes plus beaux habits de pluie. Je blague, mais ce pantalon Décathlon me sauve tellement la vie que je vais finir par lui vouer un culte. 

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C’est presque marrant ce matin, avec cette pluie incessante je suis toute seule sur la plage et en plus, pour une fois !!! : j’ai la vent dans le dos. Personne pour m’entendre écouter Queen et m’époumoner sur Don’t stop me now: le truc, c’est d’avoir l’air d’y croire en le chantant. I’m having such a good time, I don’t wanna stop at alllll! Oh non pas du tout ! Je ne préférerais pas, par exemple, être dans un endroit où, au hasard, mes chaussures ne deviendraient pas deux éponges géantes dès que je croise une fougère. Je rencontre des pêcheurs qui remonte de leur partie matinale et qui me font voir leurs prises : des daurades. Au moins leur matinée aura été efficace. Ils ont l’air de s’en être pris plein la figure aussi mais comme me fait remarquer l’un d’eux : « c’est ça, la Bretagne ». Alors, je suis bien d’accord avec lui ; d’ailleurs je me suis répétée cette même phrase toute la matinée en pensant aux inévitables commentaires que j’allais entendre sur la Bretagne au mois de juin ; mais enfin là je dois dire que j’accuse un peu le coup, surtout que le vent a tourné (vers moi) et qu’un énorme nuage embrume Douarnenez et la Pointe du Raz. L’avenir est radieux. 

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Je finis par arriver sur le charmant port de Douarnenez. J’ai marché à ce stade à peu près 100 km de moins que les estimations de la fédération de randonnée (j’étais à -25 à Morlaix, -70 au Faou). Explications : les 30 km que j’ai sautés entre Plougastel et le Faou, les 5-6 en voiture au niveau de Plonéour-Trez, et le reste vient des coupes que je m’octroie par ci par là (par exemple la Pointe de Roscanvel) ou, j’imagine, de l’imprécision de mon podomètre (= mon téléphone) vs ceux de la FFR. Ceci étant dit, au global, j’en suis à 925 km cumulés ... bientôt les 1000 ! Voilà pour le point stats. J’ai bien besoin de réconfort en arrivant à Douarnenez car j’ai vraiment passé une matinée exécrable et j’ai, est-ce bien utile de le préciser, les pieds trempés. Je trouve une crêperie excellente (Le goûter du Breton, pour ceux qui passeraient ici) et prête à servir à une affamée deux galettes (saucisse-moutarde-oignons et pruneaux-lard-chèvre, désolé si je vous donne faim). Et une crêpe en dessert. J’aurais pu rester là toute l’après midi et enlever mes chaussettes mouillés (ah non, ça c’était déjà fait) mais ils ferment. Je mets mes chaussettes sèches pour continuer même si c’est absurde car mes chaussures vont forcément tout imbiber. Mais remettre les autres, c’est au dessus de mes forces. 

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Il fait encore bien moche quand je repars et franchement je n’ai pas le courage d’aller chercher un camping pour ce soir, surtout que tout est trempé et qu’il va falloir que je réorganise mon plein de nourriture (au passage, je jette des quantités folles d’emballages en permanence, pas très zéro déchet cette rando). J’abdique et je réserve un hôtel au Tréboul, de l’autre côté du ria. Celui de Douarnenez (de port) a été un des plus actifs de France, pour la sardine, et on y trouve un musée et une médiathèque qui doivent être passionnants. Mais encore une fois : j’ai du mal à m’enthousiasmer assez pour aller les visiter. Surtout avec tout mon matos qui me dégouline dessus. Wikipedia m’informe que c’est ici qu’a été inventé le kouign-amann, ce qui par contre pourrait me réveiller un peu, mais toutes les boulangeries doivent ouvrir à 15h ; il est 15h30 et les rideaux sont désespérément clos. Bon, j’abandonne (je veux dire que j’y retournerai demain matin, hein, je n’abandonne pas comme ça le kouign-amann originel) et je vais à l’hôtel. 

Et là, surprise : on m’y informe que j’ai été surclassée ! C’est le genre de trucs qui ne m’arrive jamais, mais là, tenez vous bien, j’ai une suite. Bon, comme de base je n’avais pas réservé au Ritz, la deco ressemble à celle d’un vieux catalogue de meubles (vous voyez le genre où le canapé est assorti à la table basse qui est assortie à la console, etc). Mais évidemment je m’en fous : ce qui compte c’est que j’ai une pièce en plus pour étaler tout mon bazar et faire sécher mes affaires. Mes chaussures y sont donc depuis 16h, il est 22h et elles sont encore complètement détrempées. Soupir. Enfin bon, ça devrait aller mieux demain ; en plus le ciel s’est enfin découvert ce soir, et je devrais aborder la Pointe du Raz dans les conditions qu’elle mérite. Et avec du kouign-amann. 

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Jour 41 : Tal ar Groas - Sainte-Anne-la-Palud

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Jour 41

⛈Date : 10 juin

⛈Distance : 26 km

⛈Départ - Arrivée : Tar ar Groas - Sainte-Anne-la-Palud

⛈Atmosphère : électrique

Hier en retournant vers ma tente dans la pénombre, j’ai vu à l’horizon, au dessus de Douarnenez, des points lumineux qui m’ont semblés étrangement familiers. Il m’a fallu quelques instants pour comprendre : il s’agit des éoliennes de la Pointe du Raz, dont je vois la lueur au loin tous les soirs ... depuis l’autre côté de la baie d’Audierne, quand je suis à Saint-Guenolé. C’était très étrange de se retrouver comme ça de l’autre côté du miroir. 

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Personne sur les sentiers ce matin, à part un monsieur allongé sur un muret au bord de la route, qui m’a fait une peur bleue : j’ai cru qu’il avait un sérieux problème mais non, il faisait juste la sieste. Il m’a rassurée (il a bien fait, j’étais à deux doigts de lui mettre une baffe pour voir s’il réagissait) et je suis repartie. Sans croiser grand monde, donc. Je réfléchissais ce matin aux avantages et aux inconvénients de la randonnée tout seul vs à plusieurs, maintenant que je connais les deux. Je ne vais pas révolutionner votre vie avec mes arguments, qui sont les mêmes pour à peu près toutes les activités du genre : à plusieurs, tout se partage - les conversations (j’ai apparemment saoulé de paroles le pauvre Marc le premier jour), les galères, les repas, la fête le cas échéant. Tout seul : zéro compromis, liberté totale dans 100% des choix et une seule personne qui prend les décisions - donc pas de tergiversations sur l’heure de la pause dej et autres dilemmes randonnesques. Évidemment ça dépend des caractères : moi qui suis assez indépendante (euphémisme du siècle) et qui aime bien faire des trucs toute seule, ça me convient bien. Ceci étant dit, ce serait très différent (et je serais sans doute assez malheureuse) si je n’avais pas mon téléphone : là, je suis loin d’être coupée du monde. Je crois quand même que l’indépendance émotionnelle est un truc hyper important, et je déteste certaines interprétions du fameux « happiness is only real when shared » : je suis fondamentalement convaincue qu’on n’est pas obligé d’avoir quelqu’un à côté (ou 500 followers Instagram) pour apprécier un coucher de soleil. 

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Ça m’inspire ce sentier dites donc, et je ne vois pas les heures ni les falaises passer. C’est un peu moins spectaculaire que les deux jours qui viennent de s’écouler, mais ça reste magnifique. Le ciel, surtout, électrise les couleurs aujourd’hui : il est très bleu d’un côté, très noir de l’autre - un vrai ciel d’orage. J’adore quand c’est comme ça (tant que je reste côté ciel bleu ...), les couleurs ressortent et particulièrement ici où le relief est un peu plus doux, ce qui permet la présence de champs de blé d’un vert dingue contre le bleu de la mer. Trop beau. 

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Je marche visiblement dans les pas d’une course, la « Presqu’île Race ». Je suis très énervée car les organisateurs ont laissé des rubans en plastique partout pour montrer le chemin (y compris à des endroits absurdes où le sentier continue tout droit sans hésitation possible). On est à quelques mètres de la mer et les rubans sont attachés n’importe comment à la végétation. Belle réalisation. Je laisse le bénéfice du doute à l’organisation en me disant qu’ils vont revenir les enlever (la course était la veille) mais sur le principe même, j’ai du mal à comprendre. Quel est l’intérêt d’utiliser ces rubans ? Entre ça et les flèches peintes sur le sol à la bombe (ça met hyper longtemps à partir), un petit reminder des principes du leave no tracene ferait pas de mal. Pour une course de trail, en plus ... 

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Je fume encore quand j’arrive à Saint-Nic où la longue plage un peu dégarnie me déprime un peu, surtout que le vent s’est levé. J’ai le temps de prendre un café et d’acheter le journal dans le seul bar de la ville où la conversation morose des habitués me déprime AGAIN. Ceci dit, j’ai trouvé un café d’ouvert en ce lundi de Pentecôte (et pas de l’Ascension comme je l’avais écrit à la base …!), et j’ai donc déjà bien de la chance. J’achète même un paquet de Prince - l’autre jour je suis allée trop vite et j’en ai pris un bi-goût lait / chocolat, c’est à dire l’horreur absolue. POUAH. Je suis physiquement incapable de manger un truc pareil et c’est donc Marc qui l’a rapatrié à Brest. Là, je vérifie trois fois avant de repartir avec mon précieux. 

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Il n’est que 17h30 quand j’arrive au camping. Je suis passée entre les gouttes toute la journée mais ça y est, c’est fini : une énorme averse éclate. J’attends qu’elle finisse avant de monter la tente ; j’ai juste le temps de tout installer que ça recommence - sauf que cette fois, c’est une averse de grêle. Je vois les petites billes blanches s’accumuler au bas de ma toile de tente. A vrai dire, je ne trouve pas ça désagréable d’être à l’intérieur, dans mon sac de couchage, avec la finale de RuPaul’s Drag Race(que j’entends à peine car l’averse fait un bruit fou). Vous vous en doutez, ça a fini par passer pour revenir au grand soleil : je ne cherche plus de logique. 

Demain, j’arrive déjà à Douarnenez où je vais faire les provisions pour les jours suivants (et derniers ...). Il s’agira de trouver le bon équilibre car je ne veux pas que mon sac soit trop lourd pour attaquer les falaises du Cap Sizun. Et après, ce sera officiellement la pointe du Raz !!

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Jour 40 : Bouis (Crozon) - Tal ar Groas

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Jour 40

⏰Date : 9 juin

⏰Distance : 25 km (sur le GR)

⏰Départ - Arrivée : Bouis (Crozon) - Tar ar Groas

⏰Matinée : productive

Eh bien il faut croire que la soirée d’hier m’a motivée : je suis sur le chemin à 8h30 ce matin. Je laisse Marc, qui va soigner ses coups de soleil et ses ampoules en y allant mollo, et je pars faire le tour du Cap de la Chèvre. Autant le dire tout de suite : heureusement que je ne m’y suis pas lancée hier soir. J’ai 2 km à faire avant de rejoindre le GR, et les herbes hautes trempent évidemment mes chaussures. En fait, depuis qu’elles ont pris l’eau de mer, elles mettent des heures à sécher ; tout ceci mériterait un vrai bon dessalage - que je n’ai pas le temps de faire. Le temps est plutôt clair, même si rapidement quelques gouttes se mettent à tomber, puis suffisamment pour que je sorte tout l’attirail. En face sur la pointe du Raz, il a l’air de faire un temps magnifique : je suis un peu jalouse. 

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Je dois être la première à marcher là ce matin ; à la seconde où je pose le pied sur le petit pont qui enjambe un ruisseau sur la plage, je déclenche un concert de cancannements et de battements d’ailes. J’avais un peu la tête dans les nuages et je sursaute tellement fort que je manque d’aller rejoindre les canards qui sont, en fait, à la source du bruit, et qui devaient dormir tranquille avant que je ne vienne les embêter. J’ai beau avoir franchi le pont, la cane continue à m’engueuler et j’ai du mal à comprendre ce qui se passe avant de la voir repasser dessous, puis revenir avec une flopée de canetons affolés. Je comprends mieux. 

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Je passe quelques spots de surf et de paddle ; de ce côté-ci du Cap, ça ne manque pas - les plages sont exposées aux vagues, et au vent aussi : la roche est dénudée et me fait penser, une fois de plus, à l’Écosse. J’atteins la pointe à 11h ; j’ai déjà fait presque 9 km ce matin, et un panneau m’annonce une arrivée à Morgat, où m’attends Marc pour déjeuner, dans 8 km. Oups. Heureusement que je n’ai pas tenté ça hier. 


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Ceci dit, je me sens en pleine forme, et je continue gaiement. En plus, le paysage change du tout au tout. Il fait désormais très chaud : je croise des gens en tenue d’été alors que je n’ai pas encore eu le temps d’enlever mon pantalon de pluie et qui me regardent avec des grands yeux. Ce côté-là du Cap est très abrité, donc très vert, et les falaises forment des criques d’eau turquoise magnifiques, même si elles me semblent très compliquées d’accès depuis le sentier. Je reviendrais bien un de ces jours en bateau ... Je m’arrête une deuxième fois pour changer de chaussettes. C’est un luxe que je risque de payer à un moment ou à un autre, mais j’ai toujours peur que mes pieds restent trop longtemps mouillés et finissent par souffrir. Mes pauvres chaussettes Décathlon ne sont déjà pas terribles de base, mais combinées avec mes chaussures désormais humides à la moindre goutte d’eau, leur performance est pour le moins douteuse. 

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J’arrive juste à l’île Vierge (encore une) quand un monsieur finit sa conversation téléphonique à mon approche ; j’attends, en pensant qu’il va me demander l’heure, ou le temps qu’il reste pour atteindre le Cap, ou que sais-je ... mais il me demande si je suis Sophie, du Tour des Rochers. Euh ... mais oui, c’est moi ! Ça y est, je le savais, la célébrité est enfin arrivée - et il a fallu que je m’exile un mois sur le GR34 pour ça. Bon, en vrai c’est une semi-coincidence : c’est le papa d’une amie d’école, et nous avions déjà échangés par mail. Il devait être un jour avant moi sur le GR, mais un changement de circonstances l’a conduit à devoir prolonger son séjour à Morgat, et nous y voilà ! C’est trop rigolo de le croiser comme ça, et notre conversation me rebooste pour la fin de l’étape. Il se reconnaîtra : bon courage pour la suite !

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Je suis requinquée (et très amusée) par cet interlude - et un peu, aussi, j’avoue, affamée : je cours presque et j’arrive à Morgat à 14h. Marc a passé la matinée à bosser et il a repéré un restau encore ouvert : hallelujah. Ils servent des plats de pâtes énormes et je ne me fais pas prier. D’ailleurs, je prends aussi une crêpe en dessert, et je finis celle de Marc. J’ai regardé le compteur en m’asseyant : 19km à la pause dej, c’est un nouveau record personnel ! On repart sans trop se presser du restau : Marc a un bus à Crozon en fin d’après midi. Nos chemins se séparent après Morgat. C’est le moment de remercier Marc, qui a traversé la France pour affronter avec moi la pluie, le vent, la grêle, les kilomètres dans la forêt, les ampoules, les coups de soleil, les sempiternels ramen et les sempiternels sandwichs. Outre ses qualités de randonneur, sachez que Marc m’a également aidé à finir les mots-croisés du Télégramme, ce qui prouve bien sa grande richesse d’esprit. Merci Marc !!

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Je continue tranquille, accompagnée par la finale de Roland-Garros, même si je me doute bien de la façon dont elle va finir. C’est un sacré cagnard cet aprem et je finis en short cette journée commencée en pantalon de pluie. Parfois, faut pas trop chercher. C’est encore une fois très beau ici, du côté de la Pointe du Menhir ; j’aurais bien fait quelques kilomètres de plus mais ça tombe mal niveau campings. Tant pis, je suis bien là, et un coup d’œil sur la carte me rassure : je devrais être dans les clous pour mon arrivée à Douarnenez. La deadline se rapproche : je devrais arriver à Saint-Gué samedi ou dimanche prochain (mais dimanche, c’est la fête des voisins, donc on m’a prié d’arriver la veille - histoire j’imagine que j’ai le temps de me recoiffer au risque d’épouvanter tout le voisinage). Ensuite j’enchaînerai avec mon nouveau job, le 18 juin. Ce n’est évidemment pas la première fois que je commence un travail ; en revanche je crois que c’est la première fois qu’on me demande, pour la semaine d’intégration, d’amener ma combi. J’ai à la fois très hâte d’y être - et pas du tout que ça se termine ... 

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Jour 39 : Camaret-sur-Mer - Bouis (Crozon)

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Jour 39

☀️Date : 8 juin

☀️Distance : 21 km (sur le GR)

☀️Départ - Arrivée : Camaret-sur-Mer - Bouis (Crozon)

☀️Sunlight : tropical

Oh qu’il fait du bien ce beau soleil de bon matin. Pas si matinal que ça, car on a quelques courses à faire (quelqu’un, je ne dirai pas qui, doit racheter des pansements pour ampoules ...) et un café à prendre avant de partir, mais n’empêche : ça fait du bien. La météo est au beau fixe et mon moral aussi, du coup. On se met en route vers les falaises de Correjou, à la sortie de Camaret, et je suis aussi heureuse que possible : il n’y a pas grand chose que j’aime autant que de marcher comme ça, sous le soleil, dans le vent, st sur les falaises. On attaque enfin la plus belle partie de la presqu’île, celle que j’imaginais comme la cerise sur le gâteau du GR, et je ne suis pas déçue. 

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On passe tranquillement la pointe du Toulinguet et son sémaphore largement barricadé, qui gardait l’entrée de la rade de Brest. A ma droite : la pointe de Saint-Mathieu (et son sémaphore). A ma gauche : la pointe du Raz (et son sémaphore). Ce ne sont pas les infrastructures militaires qui manquent, et entre celles qui sont désaffectées et celles qui visiblement sont bien en service - et bien protégées - jai parfois l’impression d’être dans un épisode de Lost. Juste après, on attaque la pointe de Pen Hir. Celle-là, je l’attends depuis longtemps ; j’avais le projet d’aller attaquer ses jolies voies d’escalade pendant la rando, mais niveau timing c’est un peu serré. De toute façon, même si niveau forme tout va bien, je suis quand même sacrément ankylosée par la rando et je ne suis pas sûre que j’arriverais à lever les pieds au dessus de la hauteur de mes genoux. Je n’ose pas imaginer ce que ça va donner quand je vais reprendre le yoga, ou le surf d’ailleurs (dans ma tête je me fais mentalement engueuler par mon - mythique - prof d’escalade, Didier, quand il me hurlait « MONTEUH LE PIED DROIT » quand j’en bavais dans les parois du gymnase Ladoumègue). 

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Pas d’escalade donc, mais ça ne m’empêche pas d’apprécier la vue, et je vous laisse admirer les photos. Entre l’eau turquoise, les « tas de pois » (ces blocs rocheux détachés de la pointe du Pen Hir), le soleil fou et le vent qui l’accompagne, je suis au paradis. Bien sûr, il y a aussi quelques cars de touriste - et le parking qui va avec, quasiment au bout de la pointe. Mais elle n’a évidemment pas la même saveur pour nous. On fait la pause dej un peu avant Kerloc’h, à l’abri du vent : essentiel pour moi qui préfère être bien protégée et aussi parce que Radio Roland Garros diffuse la fin de la demi-finale et qu’on l’écoute avec attention. 

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Marc décide de couper pour atteindre plus vite la plage qui suit et se retrouve à devoir sauter par dessus les ruisseaux qui y débouchent. Scénario classique et pour une fois, ce ne sera pas de ma faute ! Rien de très grave, les chaussures sont toujours sèches (j’ai oublié de préciser que l’adorable gérant de l’hôtel nous les avait fait remplies de papier de journal ET mises au soleil ce matin). Sur la plage, le sable mouillé renvoie les reflets des gros cumulo-nimbus ; dans la mer, les clubs de surf se lèvent tant bien que mal. A cause du vent j’imagine, c’est un peu brouillon. 

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A la pointe de Dinan, Marc quitte le GR pour rejoindre le camping - qui malheureusement en est assez éloigné. Moi j’avais prévu de faire tout le tour jusqu’au Cap de la Chèvre mais je me rends vite compte que ce n’est pas raisonnable. En plus je tiens à le faire « comme il faut » : ça a l’air incroyable. Je continue donc toute seule, mais seulement pour quelques kilomètres. Je finis un épisode d’un podcast de la NPR, On Being, et je copie ici un poème de Gregory Orr, qui y était invité :

To be alive: not just the carcass
But the spark.
That’s crudely put, but…
If we’re not supposed to dance,
Why all this music?

(Au passage, je vous dois un update sur les poèmes que j’apprends. Demain !) Je quitte le GR quelques kilomètres plus tard pour rejoindre Marc qui vient lui-même d’arriver et nous a réservé un emplacement. Il a aussi trouvé une bouteille de vin rouge, et je décide après manger que demain, je vais me lever tôt pour retourner sur le GR à l’endroit où je l’ai quitté, et faire ce fameux Cap dans la foulée. Cette décision était-elle uniquement motivée par la puissance tannique du Cabernet ? Réponse au prochain épisode ...

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Jour 38 : Lanvéoc - Camaret-sur-Mer

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Jour 38

🐸Date : 7 juin

🐸Distance : 11 km

🐸Départ - Arrivée : Lanvéoc - Camaret-sur-Mer

🐸C’est la fête : à la grenouille

Réveil tardif ce matin ; il s’est mis à pleuvoir des cordes cette nuit et ça n’a pas l’air de vouloir s’arrêter. Ni à 6h, ni à 7h, ni à 8h ... Je finis par prendre mon café avec la toile de la tente encore fermée. Au bout d’un moment, il faut se rendre à l’évidence : c’est parti pour durer. Marc finit par se réveiller (moins matinal aujourd’hui !!) et on élabore un plan d’attaque. Je réserve un hôtel pour le soir même, à Camaret, qui est à environ deux heures de marche. C’est peu, mais les prévisions sont désastreuses, et ce satané Miguel se déchaîne. 


Le temps de replier les tentes (sous le bâtiment qui sert de lavoir au camping, et où tout le monde a trouvé refuge - y compris un couple de cyclistes qui ont eux fini leur journée, la chance), il est déjà 11h. Il faut dire que ça ne donne vraiment pas envie de sortir ; la pluie a l’air de s’intensifier au fur et à mesure. La propriétaire (adorable) du camping me suggère de faire du stop et j’aurais sans doute dû l’écouter, mais on a fini par partir à pieds quand même. Et là je dois vous dire que toutes les journées de « pluie » que j’ai eues jusqu’ici n’ont été que des petits entraînements gentillets pour ce qui a suivi. 

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Ce matin, c’était dans les sentiers de campagne (car oui, ça fait plusieurs jours qu’on est sur la presqu’île et les sentiers ne sont toujours pas en bord de mer - et je me sens horriblement mal vis à vis de Marc, qui est venu pour voir autre chose que ça et qui en plus se tape un temps horrible), de la pluie sans répit qui transperce les Kway et qui transforme les chemins en champs de boue. L’eau qui dégouline sur les mains sans rien pour les essuyer, évidemment. Les chaussures déjà humides qui deviennent trempées. Les plantes qu’il faut éviter en permanence sous peine d’en rajouter une couche. Etc. Au bout d’un moment, ce qui devait arriver arriva : le sentier n’est plus un champ de boue, c’est carrément un ruisseau. Un vrai ruisseau, avec de l’eau qui nous arrive au dessus des chaussures, du courant, et évidemment pas d’alternative pour l’éviter : la seule solution, c’est de marcher dedans. On l’aura compris, je ne suis pas particulièrement à l’aise avec des fringues mouillées et des chaussures détrempées mais on n’a pas le choix. Donc c’est parti. Ça ne dure pas longtemps, mais suffisamment pour que je flippe un peu en glissant sur les cailloux au fond du ruisseau (que je ne vois pas évidemment car c’est plutôt un torrent de boue qu’une eau cristalline) : si je me retrouve dedans, ça va vite devenir très compliqué. 

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On finit par couper toute la pointe de Roscanvel - de toute façon on ne voit rien et par se retrouver en front de mer, à quelques kilomètres de Camaret. Et là, double effet kiss cool : certes, on voit (enfin) la mer, mais il y a un vent horrible dès qu’il y a une brèche dans la haie qui nous en protège. Bref, je vous épargne la litanie des souffrances : on finit par arriver à l’hôtel après quelques heures de marche sans pause, dans un état assez lamentable. Marc prend le lit simple et me laisse le lit double, trop sympa, alors que franchement il aurait mérité de le récupérer : il a des ampoules et des douleurs aux jambes. Moi étonnamment, ça va bien, même si j’ai serré les dents pendant deux heures. Ça va encore mieux après une douche chaude et en ce qui me concerne, ce que je sais faire de mieux : une sieste. Marc regarde Roland-Garros mais je suis complètement KO. 

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Le temps a fini par se calmer en fin d’après-midi ; on est donc sortis de la chambre, qui ressemble à un séchoir géant (heureusement le gérant de l’hôtel a gentiment pris Kways et chaussures pour les faire sécher dans la chaufferie) pour aller manger une crêpe sur le port où on avait l’impression que rien ne s’était passé - si ce n’est une flaque ou deux qui subsistaient. Demain devrait être un autre jour et franchement, j’espère : non seulement parce qu’on est en train de louper des paysages incroyables et aussi parce qu’il faut quand même que j’avance : je commence à entendre le compte à rebours ...

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