Jour 33 : Bonus hors GR - Brest-même

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Jour 33

🏄‍♀️Date : 2 juin

🏄‍♀️Distance : 0 km ! (sur le GR)

🏄‍♀️Départ - Arrivée : Brest

🏄‍♀️En photo : moi sur une planche de surf, vue d’artiste

J’avais presque oublié comme c’était bon de ne rien faire, ou presque. La météo a eu le bon goût d’être morose aujourd’hui, ce qui m’allait très bien : je n’avais pas franchement l’intention de courir partout. Surtout un dimanche, jour du Seigneur comme chacun sait, ce qui se traduit ici par le petit-dej au lit et visionnage intensif subséquent de Roland Garros. Voilà pour le programme. 

J’exagère ; en fait, après une longue grasse matinée, j’ai quand même fini par sortir de l’hôtel. Brest était un peu vide en ce dimanche de long week-end, et j’imagine que la bruine qui m’a accompagnée tout l’après-midi n’a rien arrangé. Je me suis retrouvée au Musée des Beaux-Arts, qui était un peu vide (pourtant, pour le premier dimanche du mois, c’était gratuit). Nous ne devions être qu’une trentaine à déambuler dans ses petites salles - il faut dire que l’expo temporaire était fermée. Je n’ai pas pu m’empêcher de repenser à toutes ces expos dont je suis ressortie dégoûtée à Paris, tant il fallait se battre pour y voir quelque chose. L’accrochage permanent m’a quand même beaucoup plu, même s’il manquait de cartels ; les salles sont regroupées par thèmes, qu’il faut un peu extrapoler tout seul - Brest, le Finistère, la mer, les artistes ayant vécu en Bretagne ? Le XIXe siècle ? Pas sûre. C’est quasi-exclusivement des tableaux. J’y ai quand même vu quelques œuvres qui m’ont beaucoup plu - bon, moi, à partir du moment où je vois Sonia Delaunay, ça me suffit - et redécouvert certains artistes (Pierre Peron en l’occurrence). Mais je dois dire que la collection d’affiches dans l’escalier est ce qui m’a le plus marquée - pourquoi est-ce qu’on a cessé de s’appuyer autant sur la typographie au profit de photos toutes plus laides les unes que les autres ? L’ensemble est très beau. 

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J’ai poursuivi ma visite par les Ateliers des capucins, anciens bâtiments militaires et industriels en train d’être reconvertis en un grand lieu de vie brestois ; un genre de croisement entre le LU à Nantes et le 104 à Paris. Tout à fait ma came. J’y ai passé un long moment dans un café-brûlerie un peu snob (je le dis au sens tout à fait positif, je suis loin d’être la dernière à apprécier ce genre d’endroit) où on m’a servi un café fait avec une cafetière V60. Classique. Je continue à préférer ma petite French press (qui me manque horriblement) mais ça change des instantanés et autres expresso de passage. 

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Les Ateliers abritent aussi la médiathèque de Brest, qui est vraiment très, très réussie. Ce genre d’endroits manque vraiment à Paris, où l’offre de bibliothèques est pléthorique, mais où la taille de la population empêche sans doute de créer un endroit comme ça. J’ai adoré la diversité des rayons et des publics, la présence d’un espace jeux (y compris vidéos !), les innombrables endroits où lire et travailler. On sent que tout le monde s’y sent bien. En passant dans les rayons, j’ai été arrêtée par un regard : celui de Nicolas Bouvier, qui regardait dans le loin depuis la couverture d’un livre. Vous y croyez, vous ? C’était une sélection sur le thème du voyage, qui contenait aussi, forcément, L’usage du monde. En l’ouvrant, j’ai vu une lettre (enfin, un mot) d’amour, griffonné au dos d’une enveloppe datée de 2016 et coincé dans la couverture plastique du livre. Je me suis demandée si personne n’avait emprunté L’usage du mondedepuis cette année-là ou si tout le monde, comme moi, replaçait la lettre dans le livre (après l’avoir lue) ... Je dois dire qu’en plus, d’un point de vue architectural, la médiathèque est très belle - et m’a rappelée, à une autre échelle bien sûr, celle de Seattle (désignée par Rem Koolhas) où j’avais passé quelques heures à défaut de pouvoir y passer des semaines. Bref, une réussite ; longue vie aux Ateliers. 

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Je suis rentrée en tram (j’économise mes jambes), juste à temps pour la fin du match (fou !) Wawrinka / Tsitsipas, et puis ce soir je suis allée chercher des sushis, que j’ai mangés en pleurant abondamment sur la fin de mon bouquin - The interestings, de Meg Wolitzer. Il raconte les vies d’une bande d’amis qui se rencontrent dans un summer camp à l’adolescence. C’est très bien écrit, et l’utilisation de la chronologie m’a parue brillante ; pas au niveau de A little life, dans le genre, mais suffisamment pour me rendre horriblement triste de l’avoir déjà fini. 

Bon, du coup, il me reste quand même plein de choses à faire demain matin, et ensuite ce sera déjà l’heure de repartir ... pour le dernier tiers de l’aventure. 

Jour 32 : Locmaria-Plouzané - Brest

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Jour 32

🛁Date : 1er juin

🛁Distance : 21 km

🛁Départ - Arrivée : Locmaria-Plouzané - Brest

🛁Vêtements : d’une propreté irréprochable

My god, il est minuit quand je commence enfin à rédiger ce post. Que m’arrive-t-il ?! Dieu sait à quelle heure je vais me réveiller demain - sans doute un truc indécent, genre 8h du matin.  Je ne sais pas si ça a un rapport, mais il a fait un temps dingue aujourd’hui. J’ai d’ailleurs commencé ma journée en short, ce qui ne m’était pas encore arrivé, et 5 mn après être partie du camping, je transpirais déjà dans les falaises finistériennes. Je sais : il y a deux jours, j’étais en train de me les peler dans un pub irlandais au milieu de nulle part. Qu’y puis-je ? C’est la Bretagne. 

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J’y vais tranquille ce matin : j’ai rendez-vous ce midi à quelques kilomètres seulement de là où je suis. J’en profite pour prendre mon temps et me régaler avec le paysage. En face, Crozon et ses falaises ; sous mes pieds, les ajoncs et la bruyère ; et dans l’eau, des spots de surf absolument incroyables. Je suis dans le « goulet » de Brest, et la situation géologique crée des vagues magnifiques, qui déroulent sur des longueurs folles. Depuis la falaise, on a une vue de rêve sur les surfeurs en bas. Autant vous dire que c’est le genre de spot où je ne mets même pas un orteil ; il vaut mieux s’y connaître un minimum, d’autant qu’il y a des rochers des deux côtés et qu’envoyer ma planche là dedans est exactement le genre de trucs qui pourrait m’arriver. D’ailleurs, ça m’est déjà arrivé. Je ne suis plus qu’à quelques kilomètres de Brest et je commence à me dire qu’il y a un complot d’envergure mondiale pour dénigrer la ville ; pour l’instant ce que je vois, c’est des falaises, des spots d’escalade (en face), de surf (à mes pieds), une mer bleu turquoise et un ciel sans nuage. What’s not to love? Brest a la réputation d’être grise et moche, mais je me dis qu’à tous les coups, ça va être comme Le Havre, où il suffit d’avoir un peu de sensibilité pour Auguste Perret et le béton (check and check en ce qui me concerne) pour avoir des étoiles dans les yeux. 

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Bon, je n’y suis pas encore. Je retrouve au Phare du Petit Minou (ça ne s’invente pas) ma famille venue en nombre : mes parents, mais aussi ma tante et ma grand-mère. Triple youpi ! Les deux nouvelles arrivées regardent avec curiosité notre ballet-ravito, échange de ziplocks et de bouquins et remplissages divers (mon père étant par exemple passé maître dans l’art de remplir mon minuscule flacon de savon en soufflant dessus pour enlever les bulles. On ne dirait pas comme ça, mais c’est très drôle). J’emmène tout ce petit monde manger un burger dans un endroit où je suis passée hier, et puis il est déjà l’heure de repartir. C’est la dernière fois que je vois tout le monde avant mon arrivée à Saint-Gué, et croyez moi, je suis bien consciente de la chance énorme d’avoir eu ma caravane du Tour de France personnelle. Même si la pression familiale est énorme ... non pas pour la rando, mais pour après. Non ... pas non plus pour mon futur job, mais parce que j’ai eu l’idée absolument brillante de m’acheter un longboard pour aller au travail cet été (j’ai d’ailleurs reçu à cet effet une carte cadeau de mes formidables anciens collègues), et que selon les sondages, je suis à peu près la seule à trouver ça brillant. Ils m’opposent tous des arguments divers : le trajet est trop long (5 pauvres kilomètres !), les routes ne sont pas faites pour ça, ça monte, et surtout un détail qui me paraît personnellement complètement oubliable : je ne suis jamais montée sur un skate. Ça ne peut pas être bien compliqué, si ? Je monte dessus et j’attends que ça roule ... (je blague : si c’était aussi simple, ça fait longtemps que je saurais faire du surf). Là où par contre je pourrais changer d’avis, c’est quand mon père me donne des coups de coude en me montrant les stand-up paddle des mecs à côté de nous. Mhhh. C’est vrai que je pourrais aussi, non pas aller au travail en SUP, mais bien rigoler avec. Et je vois bien mon père faire le tour du quartier tranquilou dessus. Ça se discute. 

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Bref, ils finissent par s’en aller après cette odieuse opération conviction, et moi je continue vers Brest, ce paradis caché. Bon ... je dois avouer qu’à quelques kilomètres du centre-ville, ça devient moins idyllique, et je me tape des kilomètres le long des bâtiments militaires et des immeubles un peu décrépis. Je finis par arriver enfin dans le centre : effectivement, tout le monde n’avait visiblement pas le talent ni la vision de ce bon vieil Auguste Perret. Je comprends mieux les critiques. Ceci étant dit, tout ceci m’importe assez peu sur le moment et on verra demain pour les considérations architecturales. 

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On dirait un truc sorti de lost, non ?

On dirait un truc sorti de lost, non ?

Je fonce donc vers mon hôtel (!!!). J’ai réservé une chambre pour deux nuits, un luxe totalement indécent qui va me permettre d’étaler mes affaires pour la première fois du voyage, pour deux nuits d’affilée ; de prendre ma douche sans avoir à appuyer sur un bouton en permanence pour avoir de l’eau tiédasse ; et de ne pas devoir entendre mes voisins chanter du Johnny. Ceci étant dit, j’entends assez nettement mes voisins, qui ont l’air remarquablement enthousiastes. Heureusement qu’il y a Roland Garros à la télé : c’est le tennis féminin donc niveau bande-son, c’est à peu près la même chose, mais au moins je l’ai choisi. Et en bonus, j’ai les commentaires de Laurent Luyat. Chouette. 

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Je sors faire ma lessive - ca devenait urgent. Comme d’habitude j’ai un style démentiel avec mon Kway, mon short de running et les tongs que j’ai récupérées tout à l’heure (et qui m’ont promptement défoncé les pieds, mais au moins ce ne sont pas mes chaussures que je ne peux plus voir en peinture). Je ne pars de Brest que lundi après-midi donc j’ai tout le temps du monde demain ; je vais rattraper mes mails en retard, aller boire un café, peut-être aller au ciné, passer à la librairie, à la boutique de rando, aller jeter un œil au musée des Beaux-Arts ... les possibilités sont infinies. Et tout ça avec des chaussettes propres. La vie est belle. 

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Jour 31 : Le Conquet - Locmaria-Plouzané

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Jour 31

🕵🏻‍♂️Date : 31 mai

🕵🏻‍♂️Distance : 21 km

🕵🏻‍♂️Départ - Arrivée : Le Conquet - Locmaria-Plouzané

🕵🏻‍♂️Batterie : disparue

Mauvaise surprise ce matin : la batterie que j’ai laissée à charger cette nuit n’est plus là, et la prise murale. Je ne peux m’en vouloir qu’à moi-même, je n’aurais pas dû la laisser là (dans le bloc sanitaire, comme je le fais à chaque fois que je suis dans un camping, mais celui-ci me semblait particulièrement pourri). Mais ça m’embête quand même un peu : mon téléphone n’a plus que quelques minuscules pourcents de batterie, et ce n’est pas tant que je suis accro à Radio Roland Garros (ahem), mais sans, ça va être compliqué pour le blog et les nouvelles. Je me mets donc en route un peu désabusée ; heureusement, je ne suis qu’à deux jours de marche de Brest. Au pire. 

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Finalement mon inquiétude ne dure pas : je trouve un supermarché au Conquet et un nouvel adaptateur secteur/USB - et même une petite batterie externe. Rien à voir avec mon matériel d’origine de compétition, mais ça devrait le faire quand même. J’en profite du coup pour passer un peu de temps en terrasse, pour laisser recharger mon téléphone, et regarder passer les touristes ; je sens les parisiens en goguette ici (au supermarché, d’ailleurs, je n’ai trouvé que des avocats affreusement durs, ce qui confirme ma théorie fumeuse). Ça ne m’étonne qu’à moitié : c’est un petit village charmant, tout en pierres de taille et volets bleus, et le vent qui rebat les falaises partout ailleurs se calme ici.’il y a quelques jours. 

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Je reprends mon chemin, non sans avoir acheté une part de gâteau breton à la boulangerie. Il fait un temps magnifique ce matin, mon téléphone est vaguement rechargé, et j’ai bien l’intention de ne pas me tuer à la tâche aujourd’hui. Que demander de plus ? J’ai commencé un nouvel livre hier (An American Marriage était vraiment très bien ; il raconte l’impact d’une erreur judiciaire sur un couple, c’est vraiment prenant) et je ne vais pas me faire prier pour prendre une pause dej au soleil pour bouquiner un peu. En fait, il fait même tellement beau, et l’eau est tellement turquoise (je ne suis pas sûre qu’on s’en rende bien compte sur les photos), que je vais ENFIN me baigner. Bon, je n’y reste pas bien longtemps, et comme prévu la phase se sécher / se rhabiller est assez peu plaisante - jai du sel partout. Mais ça valait le coup. Mon premier bain de 2019 ! 

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En poursuivant un peu, j’arrive à la pointe Saint-Mathieu, où se dressent les vestiges d’un ancien monastère, un monument aux marins péris en mer, et un phare très photogénique. De là, on a une vue incroyable sur la presqu’île de Crozon et au-delà ... la pointe du Raz. Je ne vais pas mentir : je suis un peu émue de la voir aussi clairement. C’est fou !

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Le chemin continue dans les falaises ; je ne sais pas si je suis de meilleure disposition ou si elles sont plus faciles qu’hier (ou si le gâteau breton m’a donné des super-pouvoir ... sûrement), mais en tout cas ça va mieux. Par moment, le paysage me rappelle la randonnée faite dans les calanques l’hiver dernier tant l’eau est claire. En arrivant au fort de Bréheaume (transformé en paradis à touristes à la recherche de sensations fortes avec tyrolienne et Dieu sait quelle autre absurdité), le littoral s’adoucit un peu et les criques deviennent de vraies plages. Il y a un monde fou - l’effet pont, j’imagine ; je retournerai bien à l’eau pour un round two, mais le premier camping n’a pas d’emplacements tente, et je dois poursuivre ma route. 

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Je suis arrivée heureusement pas trop tard, dans une allée d’emplacements vides ; je vous rassure, ils ont depuis été remplis avec la totale du camping, fans de Johnny et enfants qui courent partout. D’ailleurs, j’ai réservé pour Brest deux nuits d’hôtel, histoire d’avoir le luxe ultime pour quelques jours, c’est à dire de ne pas partager mes toilettes avec 50 personnes. Mais en attendant ce soir, pour la première fois, je n’ai pas monté la toile de pluie extérieure ; je dors (presque) à la belle étoile ...  RDV demain pour savoir si j’ai du me lever en catastrophe à 4h du mat’ pour tout remettre. 

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Jour 30 : Lanildut - Le Conquet

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Jour 30

⛰Date : 30 mai

⛰Distance : 29,5 km

⛰Départ - Arrivée : Lanildut - Le Conquet

⛰Abers : done and done!

Réveil relativement tard ce matin ; je dois passer par la réception car je suis arrivée trop tard hier pour régler ma nuit. Tant mieux : je laisse passer la dernière bruine de la nuit, comme ça. Ce camping a l’excellente idée de mettre Nostalgie à fond dans les sanitaires, ce qui est à la fois un peu absurde et très rigolo : il est visiblement difficile pour mes voisins éphémères de se retenir à entonner en cœur Daniel Balavoine. Je repars quand même assez galvanisée par cette petite incursion matinale dans les années 80. 

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Le bourg de Lanildut est magnifique, avec des manoirs (et leurs jardins !) datant de la grande époque du port, qui se situe à l’embouchure de l’Aber Ildut, que je vais lui même remonter aujourd’hui. Ça vous rappelle quelque chose ? Moi aussi. Allez, c’est le dernier, le paysage est quand même très beau (même à marée basse) et en plus celui-ci doit être le moins long : je suis à Porscav pour ma pause dej’. C’est la fin des abers ; je repasse sur une côte de falaise, ce qui pour être parfaitement honnête ne m’avais pas manqué. Je tombe, peu après, sur un festival, dont j’ai effectivement vu les affiches un peu partout et j’ai le droit à la répèt en live de Thiefaine (au début, j’ai cru que le festival avait commencé et qu’il n’y avait aucun applaudissement après ses chansons, ce que je trouvais SCANDALEUX !! Et puis en fait non.) Bon, ça ça m’intéressait moyen, mais dans deux jours il y a Thérapie Taxi ... mais je serai déjà loin. 

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Enfin pour être loin, il faut déjà que j’avance ; j’essaye de canaliser le mois qui vient de s’écouler et qui a dû, d’une façon ou d’une autre, me servir d’entraînement, même si je continue à souffrir dans les montées raides et que j’ai l’impression de ne pas avoir fait de progrès. Le gros inconvénient de la falaise, c’est qu’en général non seulement ça monte et ça descend mais surtout que le sentier est ultra casse-gueule, avec une multitude de petits cailloux qui n’attendent, je le sais, que de sauter sur l’occasion de m’envoyer valser. Je suis déjà un peu cabossée : l’autre jour, j’ai perdu le sentier sur la rive d’un aber et j’ai dû remonter sur la rive avec euh .. mes petits bras musclés, en m’emmêlant dans les ronces au passage. J’ai donc déjà les mains pleines de cicatrices et je tiens, si possible, à garder ma dignité vaguement intacte pour le reste de la rando, donc je dois redoubler d’efforts. 

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Il y a forcément plus de monde sur les sentiers en ce jour férié - et nous sommes maintenant bien prêts de Brest -, ce qui a tendance à m’agacer : j’ai l’habitude d’avoir tout le GR pour moi et je dois partager mon terrain de jeux avec les autres. Pfff. Non, en fait j’arrête vite de râler, car un mec m’interpelle pour me montrer un truc au loin : des dauphins !! Ils sont en train de jouer dans les vagues et on les voit sauter hors de l’eau. Je n’en reviens pas - même si j’ai déjà vu des dauphins en Bretagne, et lors d’une occasion mémorable, nagé avec l’un d’entre eux à Saint-Gué. Mais là, c’est vraiment exceptionnel, et puis malgré tous leurs inconvénients, il y a quand même un truc super avec les falaises : le paysage est rarement décevant, et là c’est 10/10. Ouessant et Molène en face de nous, la mer turquoise et bleue, la falaise, les dauphins. Fou !

La qualite Est naze, mais on Devrait voir le dauphin !

La qualite Est naze, mais on Devrait voir le dauphin !

Je passe la pointe du Corsen, le point le plus occidental de la France continentale, qui est aussi la ligne de partage officielle Manche / Atlantique. J’y suis ! Je ne peux pas m’empêcher de trouver ça incroyable, d’autant que ça y est, tout au fond, je vois ... la pointe du Raz. Ohlala. Je n’y serai pas avant encore quelques temps, mais c’est incroyable. En dessous de la pointe du Raz, je connais le chemin par cœur ; c’est la baie d’Audierne, et la pointe suivante c’est ... Saint-Gué (Penmarc’h pour être exacte). My god! Ça va arriver vite ... 

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Je suis un peu claquée quand j’arrive au camping - et assoiffée, j’ai encore mal géré là dessus. Je refuse d’utiliser ma serviette qui a traîné Dieu sait où et je passe donc un quart d’heure vraiment très agréable à la sortie de ma douche. Peu importe : je suis dans ma tente fort bien installée, et c’est bientôt Brest, et je vais bien dormir ce soir. À demain !

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Jour 29 : Saint-Pabu - Lanildut

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Jour 29

🌪Date : 29 mai

🌪Distance : 30,4 km

🌪Départ - Arrivée : Saint-Pabu - Lanildut

🌪Vents : déchaînés

Je commence tout doucement à arrêter de marcher vers l’Ouest et à descendre vers le sud de la Bretagne. Eek!! On dirait que ça devient bon, cette histoire. Je quitte aussi, mine de rien, la Manche, pour retrouver mon Océan Atlantique adoré (la séparation officielle des eaux est plus bas, mais je m’en rapproche). Je peux vous dire que j’ai eu droit à un sacré comité d’accueil. 

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Je pars sous la bruine ce matin, enfin j’ai l’impression que c’est de la bruine, avant de me rendre à l’évidence une centaine de mètres plus loin : c’est une vraie pluie battante, et j’ai, en plus, le vent dans la figure. Et donc la pluie avec. Je sors l’artillerie lourde : pantalon imperméable, casquette (pour éviter que toute cette eau ne me dégouline trop directement dessus), écouteurs, podcast. Je vais passer deux heures à marcher en regardant mes pieds, donc autant me distraire. Heureusement que Sophie-Marrie Larrouy existe : si quelqu’un cherche la dingue qui marchait en pleine tempête sur la plage de Saint-Pabu ce matin en pouffant de rire périodiquement, c’était moi. Je suis passée au debrief du palmarès de Cannes par Le masque et la plume (je suis une piètre cinéphile mais j’adore ces émissions) quand une dame m’aborde : j’arrive à Portsall, je vais voir la maison de Paco ! Mhh ... Paco ? Voyant que je ne capte pas, elle a la gentillesse de m’expliquer : Paco Rabanne. Aaah. Je vais aussi voir l’ancre de l’Amoco Cadiz, ce qui m’intéresse plus ; en fait, même si évidemment je connais l’histoire (la plus grande marée noire du XXe siècle), je n’avais pas réalisé que c’était ici. J’ai une boule dans la gorge ; je me souviens encore de L’Erika et des billes de mazout collées à mes chaussures en 1999 (alors même que Penmarc’h avait été relativement épargné). L’ancre est effectivement impressionnante - sans doute plus que la maison, que je ne vois d’ailleurs pas. 

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Par contre, ça ne change rien à mon problème du moment : je suis trempée, il pleut depuis que je suis partie et j’ai le moral dans les chaussettes, c’est à dire : humide. Se dresse alors sur mon chemin un pub irlandais. Pourquoi est ce que c’est toujours lorsqu’on est au fond du trou qu’on trouve un pub irlandais où se réfugier ? Mystères de l’univers. Celui-ci ne déroge à aucun cliché et je vais instantanément 150% mieux. Il y a le sport à la télé (Roland-Garros !), des affiches de Guinness partout, le barman a un accent d’outre-Manche et un album de U2 que j’ai écouté douze milliards de fois passe dans les hauts-parleurs. J’ai l’impression d’être à la maison, et d’ailleurs je m’installe et je reste là carrément pour manger, le temps de prendre un demi d’IPA (qui me rend tout de suite ravie- ça va faire un mois que je n’ai pas bu d’alcool) et de faire les mots-croisés du Télégramme. Et même de faire sécher mes chaussettes, en m’excusant mentalement auprès de mes voisins. 

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Ça va nettement mieux après tout ça, et je repars de bien meilleure humeur, d’autant que la pluie a cessé (à défaut du vent). La côte après Portsall est très sauvage et dénudée : ça doit souffler comme ça régulièrement. De temps en temps, une petite anse se forme et je passe un spot de surf de rêve, encaissé entre des amas de rochers qui permettent au GR de passer tout près des surfeurs et à ceux-ci de passer la barre plus rapidement. Dans ces coins-là, c’est relativement protégé mais dès que le sentier repart sur la côte, ça se déchaine. Je ne peux pas m’empêcher de penser à une de nos randos avec mes copines en Écosse, dans des conditions climatiques similaires, où l’une d’entre elles (dont je préserverai l’anonymat) s’était magistralement cassé la gueule dans la boue bien collante du l’île de Skye. J’en rigole toute seule en y repensant. (Tu me pardonneras, M. !) 

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Je me plains, je me plains, mais j’adore la tempête en Bretagne, même quand je suis en plein dedans, pour une multitude de raisons : 

  • Personne aux alentours 

  • La lande qui ondule 

  • Le bruit de la mer qui se déchaine sur les rochers   

  • Les cheveux fous qui volent au vent

  • Ma palette de couleurs préférée : bleu-gris foncé à l’horizon, blanc pur de l’écume, bleu glacier quand les deux se mélangent, noir et gris des rochers, vert et rose tendre des arméries, vert pâle et jaune orangé des lichens. Les photos ne lui rendent pas justice. 

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J’ai le temps de faire une dernière pause en essayant de trouver du courage pour les quelques kilomètres qui me restent quand un monsieur et son chien, Clovis, viennent discuter quelques minutes avec moi (enfin Clovis est surtout intéressé, comme souvent les chiens que je rencontre, par mon sac qui sent le saucisson). Le monsieur en question me dit qu’il espère que je prends des notes st que je dessine ; comment a-t-il deviné que je culpabilise en pensant au carnet et à l’aquarelle que je trimballe depuis maintenant 700 km sans réussir à les sortir ? Mais pour être honnête, je n’ai assez d’énergie que pour une activité en plus de la rando (et de la lecture, mais ça ne compte pas), et c’est ce blog. J’essaierai de m’y remettre quand j’aurai fini le voyage ... 

Je finis par arriver au camping en ayant la nette impression de m’être battue contre les éléments toute la journée. Ça va mieux après une douche (je ne songe même pas au bivouac dans ces circonstances), mais je dois avouer qu’une lessive et/ou une nuit dans une vraie chambre ne me ferait pas de mal. Ça attendra Brest. En attendant, je vais m’endormir dans ma minuscule tente, qui a le bon goût de ne pas me lâcher question imperméabilité pour l’instant. Pourvu que ça dure. 

PArdon mais !!!

PArdon mais !!!