Jour 19 : Primel-Trégastel - Morlaix

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Jour 19

🍏Date : 19 mai

🍏Distance : 25 km

🍏Départ - Arrivée : Primel-Trégastel - Morlaix

🍏Fruits et légumes par jour : > 5 !!i

Réveil matinal : j’ai quelques kilomètres jusqu’à Morlaix, et j’aimerais bien ne pas arriver trop tard. Le temps est magnifique ce matin et j’ai une vue dégagée sur ce qui m’attend pour la suite : Roscoff est au bout - et je vois l’île de Batz ! J’en ai des très bons souvenirs, qui datent d’il y a 15 ans peut-être, et d’ici quelques jours je serai en face - je n’arrive toujours pas à me dire que je fais tout ça à pied. 

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Pour me récompenser des efforts d’hier j’imagine, c’est un sacré paradis ce matin : le sentier est plat, les lapins traversent juste devant moi, la mer est bleue. Le bonheur. J’ai quand même le droit à quelques passages de plages de galets, ce qui me permet de jouer à mon jeu préféré « quel est l’endroit où je peux poser le pied sans me casser la gueule ? »    

Avec tout ça la matinée passe très vite, d’autant que je m’autorise un petit raccourci et que je coupe la péninsule de Barnenez. A chaque fois que je fais ça, je repense à un vieil épisode de Coyote et Bip-bip qui montrait des images de course de F1 où un pilote coupait un des virages, et on entendait la voix off dire « Eeeet Coyote coupe le fromage ! ». Ma voix off intérieure me souffle donc « et Sophie coupe le fromage » - sans trop de scrupule. 

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Je dois vous parler des avocats ici (sujet d’importance !!!). J’en achète de temps pour mes sandwichs et à chaque fois, je trouve des avocats mûrs juste comme il faut et délicieux. Autant vous dire que c’était le cas 0% du temps dans mon Carrefour du 19e arrondissement. De là à dire que les parisiens sont obsédés par les avocats et les bretons beaucoup moins, il n’y a qu’un pas que je franchis allègrement. 

Bon, bref, je mange mon avocat (mûr à point) et je trace vers Morlaix : le sentier passe par la forêt, c’est plat, ça m’arrange, tant et si bien qu’à 15h, j’ai fait 25 km et je me présente, fière comme Artaban, à l’auberge de jeunesse de Morlaix. Genre : ta-daaaa ! Où est ma médaille ? Je ne vais pas répondre de manière vulgaire à cette question, mais ça le mériterait, car l’auberge de jeunesse est fermée. Jusqu’à 18h. J’ai donc 3h à combler dans Morlaix - et avec mon sac sur le dos, je n’ai vraiment aucune envie d’aller à la découverte des merveilles qu’elle contient à n’en pas douter. 

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Je suis passablement énervée, mais bon qu’à cela ne tienne : je vais en profiter pour aller faire ma lessive. Problème : tout ou presque ce que je dois laver se trouve sur mon dos. Solution : il y a, par un genre de coïncidence fabuleuse, des toilettes juste en face du lavomatic. Ceci étant dit, je déteste tellement perdre du temps que je me serais probablement dessapée directement devant les machines si ça n’avait pas été le cas. Je me retrouve  donc en short et Kway devant la borne de paiement. La machine coûte 3,80€. J’ai 3,60€ sur moi ; tant pis, je mets un billet de 20€ - dont la monnaie me sera bien sûr rendue en pièces. On respire. 

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Je vais me poser sur un banc au soleil à regarder les bateaux du port de plaisance et essayer de faire vaguement sécher mon linge (#hikertrash) quand un type qui fait le tour de la France à vélo m’aborde pour savoir si j’ai trouvé un hébergement pour ce soir. Je lui montre l’auberge de jeunesse qui est 100m plus loin, mais en fait, ce qu’il veut vraiment, c’est m’expliquer à quel point les gens sont mal-aimables en Bretagne, qu’il n’a jamais vu ça, que d’ailleurs eux dans le sud-ouest ils sont envahis de bretons (alors que, me dit-il, vous croyez que les basques veulent venir en Bretagne ?) que les seuls gens sympas qu’il a croisés ne sont pas des bretons et d’ailleurs qu’ils lui ont tous dit à quel point c’était pourri ici. Je ne vois pas pourquoi ce serait à moi de le faire changer d’avis, donc je me contente de hocher vaguement la tête. Il comprend que je suis moi-même bretonne, ce qui ne l’arrête pas du tout dans ses élucubrations, et il continue à me soûler avec ses questions auxquelles je n’ai pas la réponse, genre : et elle va où la route là ? Eh dis donc mais il fait froid il va neiger là non ? (NB : il fait 15 degrés, grand soleil) Et pourquoi ça coûte aussi cher les airbnb ? Il finit par conclure qu’il ne remettra plus jamais les pieds ici. Ma réaction est la même que la fois où, quand  j’étais en stage chez IKEA, un mec avait voulu embarquer un tabouret à 3 balles exposé en rayon ; quand je lui avais expliqué où le trouver au sous-sol, il m’avait dit en substance que non, c’était celui là ou rien et que du coup, il ne l’achèterait pas, ce tabouret à 3€ : oh, non, zut

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Bref, l’auberge finit par ouvrir, le relou trouve une chambre, on me donne la clé de celle qui m’était réservée. La bonne nouvelle, c’est que mes parents, qui étaient dans le Finistère ce week-end, font finalement un crochet pour me voir - avec un ravito d’exception comme ils savent les faire. Outre leurs qualités logistiques (mieux qu’une voiture balai du Tour de France), je dois leur reconnaître une indéniable grâce sociale : je suis, à ce moment là, toujours habillée dans ma tenue spéciale « jour de lessive », Kway et pantalon de pluie. Je ressemble donc à un sac poubelle géant, ce qui n’empêche pas la team LG d’aller prendre un café avec moi - en public. Ils sont incroyables

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Je finis par rentrer à l’auberge, chargée de provisions et ayant récupéré au passage une gigantesque salade Subway (des LÉGUMES). Je ne peux pas m’empêcher de penser à ce que doivent se dire les gens qui m’ont vue sortir de l’auberge, habillée littéralement comme un sac, monter dans la voiture de deux inconnus et revenir une heure plus tard, toujours aussi mal sapée mais avec une salade en plus. Oh well

Sur ce, je vais dormir : un rattrapage Netflix m’attend. Demain, j’irai visiter un peu Morlaix, sans mon sac cette fois, et en priant pour que l’autre relou soit allé voir ailleurs si j’y suis. Au fait, j’ai 3 jours d’avance sur mon programme ! Le prochain gros échelon, c’est Le Faou, où j’avais prévu d’arriver le 5 juin. Comme ça ne sert à rien (pour plein de raisons) que je sois trop en avance, j’ai quelques idées pour occuper ces 3 jours, mais je ne vous en dis pas plus pour l’instant ...

Jour 18 : Locquirec - Primel-Trégastel

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Jour 18

🔃Date : 18 mai

🔃Distance : 25 km

🔃Départ - Arrivée : Locquirec - Primel-Trégastel

🔃Mood de la journée : montagnes russes

Démarrage un peu tardif ce matin : la grasse mat’ m’a été imposée par les horaires d’ouverture de l’accueil, où je devais régler ma nuit. Ça ne m’arrange pas, car j’ai deux grosses journées au programme : en étudiant le topo guide, j’ai vu que Morlaix était à une (bonne) cinquantaine de kilomètres et j’ai donc décidé d’y réserver une chambre à l’auberge de jeunesse pour dimanche. En route, donc, mais pas sans avoir replié toutes mes petites affaires sous l’œil inquisiteur d’un groupe de randonneurs qui passait par là (puisque ma tente est littéralement sous le GR). Bonjour ... bonjour ... bonjour ... 

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Évidemment, je ne choisis pas l’option la plus facile : le panneau m’indique une « variante marée basse » et la marée est ... « pas tout à fait haute », ce que je prends pour un signe d’approbation. Mon interprétation un peu libre des consignes m’envoie me casser la figure dans les rochers pendant 20 bonnes minutes avant d’émerger au centre ville de Locquirec. J’ai repéré une épicerie sur la carte et quand j’arrive, miracle, les trois mots que j’aime le plus lire en ce moment : « dépôt de pain ». Hallelujah ! Je pars bien équipée à la conquête du littoral de ce côté-ci qui est sérieusement accidenté. 

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Je vois mon premier spot de surf ! Pas de quoi me tenter (pour l’instant), mais ça fait plaisir de passer dans des endroits qui sentent la Néoprène mouillée (miam) et de voir des gens dans l’eau. Il y a aussi beaucoup de plongeurs. Moi je suis un peu plongée dans mes méditations ce matin : j’ai décidé de recommencer à apprendre des poèmes par cœur. J’en connaissais beaucoup à une époque, et puis j’ai tout perdu. Le sentier est assez facile à suivre pour me permettre d’avoir un œil sur mon téléphone, et je commence par des textes que je connais entre quasiment en entier, pour m’échauffer (quelques fables de La Fontaine, I wandered lonely as a cloudde Wordsworth, The Road Not Takende Frost...). C’est rigolo de faire ça et ça me rappelle mes années de prépa, où je travaillais mon l’élocution en emmenant mon Anthologie bilingue de la poésie anglaisedans le parc du lycée Lakanal, qui se prêtait particulièrement bien à ce genre d’activités de poète maudit avec ses fontaines couvertes de mousse et ses bancs décrépis. Remercions l’univers que personne ne me soit jamais tombée dessus en train de faire ça. 

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A partir de la plage de Vilin Izella, ça se gâte sérieusement. Je l’avais lu dans le topo mais pour une raison qui m’échappe, je n’ai pas pris assez d’eau, et je m’en mords les doigts : le sentier grimpe et descend en permanence sur 10 km - pour 700m de dénivelé. Il faut être sacrément motivé, d’autant que ce n’est pas entretenu et que j’ai parfois des herbes (et des orties !) jusqu’aux épaules (pas facile de faire venir un taille-bordure ici, j’imagine - mais j’ai une connaissance assez limitée des taille-bordure). Je sens bien les 10 km passer. En même temps, je suis toute seule sur mes falaises, et j’ai la sensation pas désagréable d’être le maître du monde. Et le paysage est incroyable - sans doute un des plus beaux que j’ai vus jusqu’ici. Ceci étant dit, j’ai rarement été aussi heureuse de voir une plage - en l’occurrence celle de Saint-Jean-du-Doigt (encore un nom chelou), qui marque la fin des falaises. 

le gr esr lA dedans

le gr esr lA dedans

Foutue pour foutue - et complètement assoiffée - je fais un détour par Plougasnou. Alors oui, c’est un détour ridicule - 1 km aller retour. Mais laissez moi vous dire que pour me déloger de ce GR ne serait-ce que de 200m, il faut avoir de sérieux arguments - des pains au chocolat par exemple, ou dans ce cas précis : un grand Coca. Je suis déçue de voir arriver un coca-de-chez-Coca-Cola classique (moi qui suis désormais habituée à ne boire que des Breizh Cola !), mais ça me permet d’écouter les habitués du bar se plaindre de leur bled, qu’ils jugent trop chic par rapport au Trégor (qui est plus casual, je présume). Je ne veux pas intervenir comme une lourdingue, mais a priori, « chic » n’est pas précisément le terme qui me viendrait en premier pour décrire Plougasnou. Enfin je ne vais pas me plaindre : ils ont du coca et c’est tout ce que je leur demande. Mon petit arrêt me permet aussi de revoir tous les randonneurs de ce matin (je les avais doublés dans l’après-midi). Ils passent devant ma terrasse un par un et, me reconnaissant, s’arrêtent tous au fur et à mesure pour me dire avec des grands yeux : « C’était dur, hein ??? ». Je ne peux qu’acquiescer.

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Ma journée à moi n’est pas terminée, mais en voyant la tête du sentier quand j’y retourne, je comprends vite que je ne vais pas faire les 30 bornes prévues. Ca monte, ça descend, j’ai envie de me laisser rouler jusqu’à la plage et qu’on arrête de m’embêter avec ces falaises. C’est le moment de faire un compromis entre moi et moi : je vais jusqu’au camping suivant. Nous sommes toutes les deux d’accord (moi et moi, je veux dire). Il se trouve que j’ai très bien choisi : il est à 2 mètres du GR et ils proposent des SEAUX À COMPOST, ce qui est sans doute l’argument marketing numéro 1 quand on veut me séduire. Je serais presque restée plus longtemps !


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Luxes ultimes : il y a une grande salle avec une bouilloire, ce qui m’évite pour ce soir le numéro d’équilibriste « casserole d’eau posée sur un minuscule trépied lui même vissé sur une minuscule bombonne de gaz ». Et du wifi, ce qui m’évite de faire plus attendre Denis Brogniart, à qui j’ai sûrement beaucoup manqué. Youpi ! Demain, je ne traîne pas, Morlaix m’attend ... 

Jour 17 : Locquémeau - Locquirec

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Jour 17

🥧Date : 17 mai

🥧Distance : 27 km

🥧Départ - Arrivée : Locquémeau - Locquirec

🥧Gâteaux breton à mon actif : 1 !!!

Je suis réveillée ce matin par un pigeon neurasthénique qui roucoule, régulier comme un métronome, de manière totalement dépressive. Rappelons à l’amicale des oiseaux en tout genre que je n’ai pas quitté Paris pour me farcir ce genre de trucs. Merci bien. 

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J’attaque sans trop tarder le sentier qui commence par de bonnes vieilles falaises. J’avais presque oublié comment ça faisait - mais mes cuisses, par contre, s’en souviennent. En plus, il ne fait pas très beau et pour changer, j’ai faim. J’arrive à Saint-Michel-en-Grève où je tombe de nouveau sur un marché mais bon ... je ne vais quand même pas embarquer un demi poulet rôti ... si ? Heureusement, une épicerie me sauve de mes hésitations puisqu’il y a un étalage de « plein de trucs que j’ai envie de manger ». Et même : du gâteau breton. Évidemment on en vend partout ici, mais en général ça pèse 400g, et ce genre d’investissement en poids est réservé à mes céréales du matin. Mais là, dans l’épicerie, ils en ont en individuel ! Miracle ! Et des mini kouign amann, et des pains aux raisins, et des chips au vinaigre ... Bon. Pour ceux qui ne connaissent pas, le gâteau breton, c’est comme un quatre-quarts mais en bien plus dense. J’allais dire « je ne sais pas ce qu’il y a dedans » mais en fait je crois que je devine : du beurre.

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J’ai bien fait de prendre des forces car je vois très bien où je dois aller - 3 km de plage plus loin. Oh mais non. Car le GR fait un détour interminable et franchement inintéressant par la forêt. Il me faut 2h30 et 10 km pour sortir de là, et je ne croise pas âme qui vive pendant tout ce temps. Je suis un poil flippée - et furieuse en plus de me taper tous ces kilomètres pour « rien » (je crois qu’il y a des algues vertes sur la plage, et la route qui la longe est une départementale assez fréquentée. Mais quand même.) 

traduction maison

traduction maison


La seule bonne nouvelle, c’est que je trouve de l’ail des ours, que je vais utiliser pour agrémenter mes sandwichs du jour. C’était pas dingue, mais je crois quand même qu’on peut admettre à ce stade que si on était dans Koh-Lanta je serais la fille qui trouverait du manioc pour tout le monde. Quel talent ! 

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Le vent s’est levé pendant ma pause dej, mais ça va mieux quand je passe Beg Douar. J’ai un objectif bien précis en tête : le Finistère ! Et ça arrive super vite, j’ai a peine le temps de m’en rendre compte que j’ai traversé le Douron et que j’y suis. J’ai fait tout le littoral des Côtes d’Armor à pied ! Et je suis officiellement en terrain conquis - dans le Finistère, en breton Penn-ar-Bed, le bout du monde. Avant d’arriver à mon bout du monde à moi, il reste 700 km, mais c’est un détail. 

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J’ai planté la tente littéralement SUR le GR (il passe à travers un camping). La mer est à deux mètres, un privilège qui se paie : mes voisins sont visiblement fans de pétanque et viennent tous admirer la vue depuis mon spot précisément. Et pas de wifi. Denis attendra ... 

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Jour 16 : Beg Léguer - Locquémeau

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Jour 16

🥦Date : 16 mai

🥦Distance : 20 km

🥦Départ - Arrivée : Beg Léguer - Locquémeau

🥦Attitude au marché de Lannion : stoïque

Ma journée a commencé par un demi-tour : impossible, hier soir, de trouver ma casquette, que j’ai pourtant précisément choisie rouge histoire de ne pas l’oublier quelque part. Je l’avais heureusement laissée une centaine de mètres auparavant : elle m’attendait au centre d’un ancien bunker où j’avais pendant quelques secondes envisagé de planter ma tente avant de me souvenir que mes pitons étaient sans doute légèrement incompatibles avec le béton. 

vUe du biVouaC hier

vUe du biVouaC hier

J’avais finalement choisi une petite clairière, assez loin des parkings cette fois (on ne m’y reprendra pas) et surtout j’avais mis des boules Quiès. C’est un peu à double tranchant : certes, on n’entend du coup pas la moindre branche qui craque et qui fait flipper, mais en cas de VRAI TRUC MÉCHANT, ben ... on n’entend pas non plus. J’ai décidé de faire confiance à l’univers et tout s’est bien passé - même si mon réveil avait sans doute eu le temps de réveiller toutes les Côtes d’Armor quand je l’ai enfin entendu. 

Je ne suis pas restée sur place pour le petit-déjeuner car la clairière faisait à peine la taille de ma tente et j’ai décidé d’aller plutôt voir au port voisin (Beg Hent) si je ne trouverais pas 1. Une table de pique-nique et 2. Des toilettes. Double bingo. Je peux vous dire que ma santé bucco-dentaire doit beaucoup aux capitaineries de Bretagne. 

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Pour aller à Lannion ce matin, le sentier suivait un chemin de calage. Oh merveille. Plat, large, bien aménagé. Le rêve. Ça m’a laissé le temps de me concentrer sur mes réflexions du moment. J’ai fini hier soir un chapitre où Manon Garcia parle de la position de Simone de Beauvoir, entre essentialisme et existentialisme, sur la question « qu’est ce qu’être une femme ». Oh, ça aurait pu donner lieu à plein de réflexions intéressantes. À la place, mon cerveau a décidé de me passer en boucle une certaine chanson de  Michel Sardou (je vous fais grâce du titre, vous aurez compris), que je déteste en plus. Impossible de m’en débarrasser, pendant les 8 bornes qu’a duré ce foutu chemin de halage.

Je suis arrivée tôt à Lannion - et c’était le jour du marché ! Pour quelqu’un qui vient de faire 400 bornes à pieds, je trouve que je suis restée incroyablement raisonnable : du pain, du fromage, quelques myrtilles ; j’ai résisté stoïquement aux cerises et au stand vietnamien (alors que j’ai quitté Belleville il y a trois semaines et que le manque commence à se faire sentir). Bizarrement,  je m’accommode plutôt bien du manque de variété monacal de mes repas : pain / fromage / charcuterie le midi, pâtes ou riz instantanés le soir (et Smacks le matin, mais vous le saviez déjà). La lassitude va sans doute arriver, mais pour l’instant je me trouve assez zen. Je me suis souvenue de la première fois où j’avais vu quelqu’un manger des ramen instantanées : j’avais 16 ans, j’étais en Australie et j’avais vu un type verser de l’eau bouillante dans un bol en plastique sans comprendre. Quand on m’a expliqué le principe, j’ai trouvé ça DINGUE. L’année suivante, je suis retournée en Australie avec mes parents et le premier truc que j’ai voulu faire, c’est aller au supermarché acheter des Cup’o Noodles... Enfin tout ça pour dire qu’il m’en faut peu. 


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J’ai fait deux trois ajustements à mon kit de base (j’ai acheté par exemple une crème de jour avec SPF, bien que vu ma tête, à priori c’est too little, too late) et je suis allée prendre un café. C’est la première fois que j’entendais des gens dire « kenavo » (qui veut au passage dire « au revoir » et pas « bonjour ») - même à Saint-Gué, ça ne m’est jamais arrivé, y compris dans ma famille. Pourtant on y parlait (côté paternel) breton jusqu’à la génération de ma grand-mère, on en utilise encore quelques mots - enfin surtout mon père (« louzou » pour médicaments par exemple). Mais pas de manière aussi ... normale, pour dire « au revoir » dans un café. De manière générale, cette partie des Côtes d’Armor me semble vraiment bretonnante - tout est systématiquement traduit, sans doute plus qu’à Saint-Gué quand j’y pense. 

Sur le chemin du retour (j’avais descendu le cours du Léguer pour arriver à Lannion et je l’ai ensuite remonté), la Force Ouvrière distribuait des tracts ; un mec hurlait, façon Robin des Bois un peu hardcore, qu’il fallait « tordre le coup aux riches pour redonner aux pauvres ». Audacieux, le petit monsieur ! 

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Cette dernière partie de la journée est passée très vite, j’avais fait quasiment tous mes kilomètres avant la pause dej. J’ai pu me balader un peu autour du Yaudet, un site occupé depuis des millénaires et où on voit bien les différentes « strates » (néolithique / romain / catholique ... ). Parfois c’est un peu étrange - les menhirs « christianisés » par exemple, on l’on a gravé bien après leur érection des symboles chrétiens. Mais parfois le mélange est assez émouvant. La Chapelle de ND de Yaudet était ouverte et je suis rentrée quelques minutes, attirée par les bateaux dans la nef (je ne visite pas toutes les chapelles que je croise, sinon comment dire - je mettrais 6 mois, pas 6 semaines). Elle était très jolie même si le retable comportait une « Vierge couchée » qui pour être honnête était UN PEU CHELOU. Dans un lit, avec la tête du baby Jésus qui dépassait aussi. Pourquoi pas. 

J’ai profité de ma longue après-midi sur la plage à écouter les vagues, regarder la mer et essayer de me concentrer sur mon bouquin sans l’interruption de Michel Sardou. C’est pas gagné ... d’ailleurs, j’y retourne. Demain si tout va bien : Finistère, baby !!

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Jour 15 : Trébeurden - Beg Léguer

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Jour 15

🐌Date : 15 mai

🐌Distance : 23 km

🐌Départ - Arrivée : Trébeurden - Beg Léguer

🐌Limaces sur ma tente ce matin : au moins 10

Je me suis réveillée ce matin avec une colonie d’escargots et de limaces ayant commencé l’ascension de ma tente par la face nord. Tout allait relativement bien (c’est à dire que je les expulsais un par un en fermant les yeux) quand j’en ai trouvé une dans ma casserole. Une seule solution : tout stériliser et passer à la javel. Malheureusement, je n’avais rien de tout ça sous la main, et je me suis donc contentée de tout passer sous le robinet en évitant de penser au goût bizarre qu’avait mon café ce matin. 

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J’ai commencé ma journée par le tour de l’Ile Grande, qui aurait sans doute été plus joli à marée basse, mais qui m’a permis de voir les anciennes carrières de granite (je ne sais jamais s’il faut écrire avec un -e ou non ; d’après ce que je comprends, le granite c’est un type de roche bien particulier, le granit c’est le matériau). J’ai croisé des randonneurs dont un qui, visiblement décidé à m’insulter au plus profond de mon être, m’a demandé si je mangeais des smarties. Des SMARTIES ?? Non monsieur, je mange un mélange de noix et de fruits secs amoureusement élaboré dans ma cuisine avec mes blanches mains. Merci bien. 

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J’ai aussi recroisé, un peu plus loin, mon jeune ami au gros sac à dos ! J’étais ravie de voir qu’il avait survécu. Lui, par contre, avait l’air moins content de me voir : peut-être qu’il avait passé une mauvaise nuit en bivouac ... ou qu’il était mortellement vexé que je sois arrivée là avant lui. Mystère. Pourtant j’ai été bien sympa l’autre jour et je lui ai couru après pour lui donner la boussole qu’il avait perdue, ce qui m’a fait sourire (intérieurement) : déjà parce que j’ai failli acheter la même, ensuite parce que maintenant que j’y suis, une boussole sur le GR, ça me parait être une précaution ... excessive. Enfin chacun son truc. 

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J’ai passé une bien jolie pause dej à regarder passer les bateaux entre le littoral et l’île Milliau, à Trébeurden. La ville était un peu endormie, mais les plages et les pointes qui l’entourent sont magnifiques. Encore une fois, je n’ai pas vu passer les kilomètres, d’autant que je savais que j’allais y aller doucement aujourd’hui pour m’arrêter avant Lannion. De la pointe de Beg Léguer (ce qui comme vous le savez bien est un pléonasme puisque Beg = pointe en breton), je voyais le Finistère ! Le Finistère les gars ! J’aurais bientôt fait tout le littoral des côtes d’Armor à pied et ça me semble fou. 


Pour fêter ça (et mes deux semaines de rando, un tiers du total !), j’ai fait une vraie longue pause à la plage, en prenant au passage des jolis coups de soleil. Je n’ose pas imaginer à quoi ressemble mon bronzage, mais comme je me vois rarement dans un miroir ces jours-ci, c’est assez peu problématique finalement. Je me suis dis que c’était la première vraie après-midi à la plage d’un été qui m’en promet plein, des comme ça. J’ai l’impression d’avoir trois longs mois qui se dérouleront à mes pieds quand j’aurai fini la rando, trois mois d’été à vivre au bord de la mer. C’est fou, non ?

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