Jour 34 : Brest - Plougastel

IMG_8734.jpeg

Jour 34

🎶Date : 3 juin

🎶Distance : 8 km ! (sur le GR)

🎶Départ - Arrivée : Brest - Plougastel

🎶Bande-son : Miossec (who else)

Malaise ce matin. Je n’arrive pas à identifier pourquoi. Et puis je finis par comprendre ... on est lundi. Et je n’ai pas envie d’aller à l’école. Ça fait des semaines que je vis en dehors de la dichotomie semaine / week-end, mais là les choses sont tombées comme ça et j’ai passé mon week-end à me reposer mais maintenant ... il faut y retourner. J’entends les portes qui claquent dans l’hôtel, dans la rue les voitures sont revenus, pas de doute : pour le reste du monde aussi, la semaine recommence. Baaah. 

Comme un vrai lundi, j’ai plein de choses à faire ; je dois passer à la Fnac acheter une batterie (celle que j’avais trouvée en urgence l’autre jour parvenait péniblement à recharger mon téléphone une demi-fois) ; faire un tour au supermarché ; réorganiser mon sac et recharger une dernière fois mes appareils avant de partir. Heureusement qu’il y a, tôt le matin, un café (encore à la V60 !) chez BEAJ, où je revis, affalée dans leur gros canapé en cuir, les heures passées dans un canapé identique à Brooklyn. Je recommande. 

IMG_8725.jpeg

Je déjeune d’un bo bun mais je ne pars pas tout de suite après : j’ai un entretien téléphonique à 14h. Si vous avez lu le dernier article que j’avais posté avant de partir, vous savez que c’est précisément ce que j’avais dit que je ne ferai pas ; mais l’entreprise me plait beaucoup, alors on verra. Même si je suis relativement sereine car tout ceci me paraît très loin, j’ai passé la matinée à y penser et en plus, je n’ai rien pour prendre des notes : ce sera sur la page météo du Télégramme (décidément polyvalent) où je griffonne entre les cartes de la Bretagne et les horaires des marées. On va dire que c’est mieux que rien. 

Je finis par me mettre en route ; en chemin, je croise un baliseur de la FFR, qui vient me demander mon avis sur le balisage de son secteur (la pointe de Corsen, où j’étais il y a quelques jours). Je suis ravie de lui donner : très bien, 10/10, me suis pas perdue, merci monsieur ! En échange, il me donne des conseils sur la suite et me met au courant des ragots de la fédé : je vous les retranscris. Le sentier ne suit pas le littoral jusqu’au Faou car les « ploucs » de Plougastel n’ont pas voulu voter la servitude du littoral (et du coup, ce que je craignais, ça va pas être super funky) ; le baliseur du Cap de la Chèvre est un « vieux » (non pas que mon interlocuteur soit tout jeune) qui refuse de suivre les consignes et les randonneurs brestois sont à deux doigts d’aller lui coller au nez et à la barbe des autocollants GR34 sur son secteur ; et il y a 1000m de dénivelé sur l’étape Cap Sizun - Plogoff. Holy shit. Celle-là, j’aurais préférée l’ignorer.  

IMG_8732.jpeg


Je finis par quitter mon nouvel ami (après l’avoir abondamment remercié pour son travail). Je passe par Oceanopolis, et puis je franchis les limites de Brest par le pont Albert Louppe, parallèle au joli pont à haubans de l’Iroise. Maintenant je peux pour de vrai chanter Miossec, est ce que désormais tu me détestes / d’avoir pu un jour quitter Brest / la rade le port, ce qu’il en reste... Cette chanson me brise le cœur, même sans avoir jamais habité ici, et vous devriez l’écouter (dans ma tête, elle est totalement reliée à Nantes de Beirut, même si en réalité elles n’ont rien en commun)

IMG_8741.jpeg


Je quitte le GR un peu après le pont, pour un détour exceptionnellement long vers un camping. Je n’ai pas très envie de bivouaquer ce soir, d’autant plus que je suis entourée de forêts et bivouaquer dans la forêt = TERREUR. D’ailleurs je réussis à paumer le sentier dans cette forêt (même avec la carte SOUS LES YEUX) et à devoir descendre n’importe comment dans les sous-bois. SOS. J’en ressors avec une chenille accrochée au sac à dos et un égo en vrac, moi qui ait d’habitude un sens de l’orientation si inné (ha, ha). Bon, peu importe : je suis bien arrivée, et demain pour le pique-nique, j’ai bien l’intention de trouver des fraises à Plougastel. Sinon je fais un scandale. 

1h15 : pErso j’en ai pour 2 semaines

1h15 : pErso j’en ai pour 2 semaines

Jour 33 : Bonus hors GR - Brest-même

IMG_8708.jpeg

Jour 33

🏄‍♀️Date : 2 juin

🏄‍♀️Distance : 0 km ! (sur le GR)

🏄‍♀️Départ - Arrivée : Brest

🏄‍♀️En photo : moi sur une planche de surf, vue d’artiste

J’avais presque oublié comme c’était bon de ne rien faire, ou presque. La météo a eu le bon goût d’être morose aujourd’hui, ce qui m’allait très bien : je n’avais pas franchement l’intention de courir partout. Surtout un dimanche, jour du Seigneur comme chacun sait, ce qui se traduit ici par le petit-dej au lit et visionnage intensif subséquent de Roland Garros. Voilà pour le programme. 

J’exagère ; en fait, après une longue grasse matinée, j’ai quand même fini par sortir de l’hôtel. Brest était un peu vide en ce dimanche de long week-end, et j’imagine que la bruine qui m’a accompagnée tout l’après-midi n’a rien arrangé. Je me suis retrouvée au Musée des Beaux-Arts, qui était un peu vide (pourtant, pour le premier dimanche du mois, c’était gratuit). Nous ne devions être qu’une trentaine à déambuler dans ses petites salles - il faut dire que l’expo temporaire était fermée. Je n’ai pas pu m’empêcher de repenser à toutes ces expos dont je suis ressortie dégoûtée à Paris, tant il fallait se battre pour y voir quelque chose. L’accrochage permanent m’a quand même beaucoup plu, même s’il manquait de cartels ; les salles sont regroupées par thèmes, qu’il faut un peu extrapoler tout seul - Brest, le Finistère, la mer, les artistes ayant vécu en Bretagne ? Le XIXe siècle ? Pas sûre. C’est quasi-exclusivement des tableaux. J’y ai quand même vu quelques œuvres qui m’ont beaucoup plu - bon, moi, à partir du moment où je vois Sonia Delaunay, ça me suffit - et redécouvert certains artistes (Pierre Peron en l’occurrence). Mais je dois dire que la collection d’affiches dans l’escalier est ce qui m’a le plus marquée - pourquoi est-ce qu’on a cessé de s’appuyer autant sur la typographie au profit de photos toutes plus laides les unes que les autres ? L’ensemble est très beau. 

IMG_8699.jpeg
IMG_8704.jpeg
IMG_8705.jpeg

J’ai poursuivi ma visite par les Ateliers des capucins, anciens bâtiments militaires et industriels en train d’être reconvertis en un grand lieu de vie brestois ; un genre de croisement entre le LU à Nantes et le 104 à Paris. Tout à fait ma came. J’y ai passé un long moment dans un café-brûlerie un peu snob (je le dis au sens tout à fait positif, je suis loin d’être la dernière à apprécier ce genre d’endroit) où on m’a servi un café fait avec une cafetière V60. Classique. Je continue à préférer ma petite French press (qui me manque horriblement) mais ça change des instantanés et autres expresso de passage. 

IMG_8717.jpeg

Les Ateliers abritent aussi la médiathèque de Brest, qui est vraiment très, très réussie. Ce genre d’endroits manque vraiment à Paris, où l’offre de bibliothèques est pléthorique, mais où la taille de la population empêche sans doute de créer un endroit comme ça. J’ai adoré la diversité des rayons et des publics, la présence d’un espace jeux (y compris vidéos !), les innombrables endroits où lire et travailler. On sent que tout le monde s’y sent bien. En passant dans les rayons, j’ai été arrêtée par un regard : celui de Nicolas Bouvier, qui regardait dans le loin depuis la couverture d’un livre. Vous y croyez, vous ? C’était une sélection sur le thème du voyage, qui contenait aussi, forcément, L’usage du monde. En l’ouvrant, j’ai vu une lettre (enfin, un mot) d’amour, griffonné au dos d’une enveloppe datée de 2016 et coincé dans la couverture plastique du livre. Je me suis demandée si personne n’avait emprunté L’usage du mondedepuis cette année-là ou si tout le monde, comme moi, replaçait la lettre dans le livre (après l’avoir lue) ... Je dois dire qu’en plus, d’un point de vue architectural, la médiathèque est très belle - et m’a rappelée, à une autre échelle bien sûr, celle de Seattle (désignée par Rem Koolhas) où j’avais passé quelques heures à défaut de pouvoir y passer des semaines. Bref, une réussite ; longue vie aux Ateliers. 

IMG_8721.jpeg

Je suis rentrée en tram (j’économise mes jambes), juste à temps pour la fin du match (fou !) Wawrinka / Tsitsipas, et puis ce soir je suis allée chercher des sushis, que j’ai mangés en pleurant abondamment sur la fin de mon bouquin - The interestings, de Meg Wolitzer. Il raconte les vies d’une bande d’amis qui se rencontrent dans un summer camp à l’adolescence. C’est très bien écrit, et l’utilisation de la chronologie m’a parue brillante ; pas au niveau de A little life, dans le genre, mais suffisamment pour me rendre horriblement triste de l’avoir déjà fini. 

Bon, du coup, il me reste quand même plein de choses à faire demain matin, et ensuite ce sera déjà l’heure de repartir ... pour le dernier tiers de l’aventure. 

Jour 32 : Locmaria-Plouzané - Brest

IMG_8625.jpeg

Jour 32

🛁Date : 1er juin

🛁Distance : 21 km

🛁Départ - Arrivée : Locmaria-Plouzané - Brest

🛁Vêtements : d’une propreté irréprochable

My god, il est minuit quand je commence enfin à rédiger ce post. Que m’arrive-t-il ?! Dieu sait à quelle heure je vais me réveiller demain - sans doute un truc indécent, genre 8h du matin.  Je ne sais pas si ça a un rapport, mais il a fait un temps dingue aujourd’hui. J’ai d’ailleurs commencé ma journée en short, ce qui ne m’était pas encore arrivé, et 5 mn après être partie du camping, je transpirais déjà dans les falaises finistériennes. Je sais : il y a deux jours, j’étais en train de me les peler dans un pub irlandais au milieu de nulle part. Qu’y puis-je ? C’est la Bretagne. 

IMG_8631.jpeg


J’y vais tranquille ce matin : j’ai rendez-vous ce midi à quelques kilomètres seulement de là où je suis. J’en profite pour prendre mon temps et me régaler avec le paysage. En face, Crozon et ses falaises ; sous mes pieds, les ajoncs et la bruyère ; et dans l’eau, des spots de surf absolument incroyables. Je suis dans le « goulet » de Brest, et la situation géologique crée des vagues magnifiques, qui déroulent sur des longueurs folles. Depuis la falaise, on a une vue de rêve sur les surfeurs en bas. Autant vous dire que c’est le genre de spot où je ne mets même pas un orteil ; il vaut mieux s’y connaître un minimum, d’autant qu’il y a des rochers des deux côtés et qu’envoyer ma planche là dedans est exactement le genre de trucs qui pourrait m’arriver. D’ailleurs, ça m’est déjà arrivé. Je ne suis plus qu’à quelques kilomètres de Brest et je commence à me dire qu’il y a un complot d’envergure mondiale pour dénigrer la ville ; pour l’instant ce que je vois, c’est des falaises, des spots d’escalade (en face), de surf (à mes pieds), une mer bleu turquoise et un ciel sans nuage. What’s not to love? Brest a la réputation d’être grise et moche, mais je me dis qu’à tous les coups, ça va être comme Le Havre, où il suffit d’avoir un peu de sensibilité pour Auguste Perret et le béton (check and check en ce qui me concerne) pour avoir des étoiles dans les yeux. 

IMG_8650.jpeg


Bon, je n’y suis pas encore. Je retrouve au Phare du Petit Minou (ça ne s’invente pas) ma famille venue en nombre : mes parents, mais aussi ma tante et ma grand-mère. Triple youpi ! Les deux nouvelles arrivées regardent avec curiosité notre ballet-ravito, échange de ziplocks et de bouquins et remplissages divers (mon père étant par exemple passé maître dans l’art de remplir mon minuscule flacon de savon en soufflant dessus pour enlever les bulles. On ne dirait pas comme ça, mais c’est très drôle). J’emmène tout ce petit monde manger un burger dans un endroit où je suis passée hier, et puis il est déjà l’heure de repartir. C’est la dernière fois que je vois tout le monde avant mon arrivée à Saint-Gué, et croyez moi, je suis bien consciente de la chance énorme d’avoir eu ma caravane du Tour de France personnelle. Même si la pression familiale est énorme ... non pas pour la rando, mais pour après. Non ... pas non plus pour mon futur job, mais parce que j’ai eu l’idée absolument brillante de m’acheter un longboard pour aller au travail cet été (j’ai d’ailleurs reçu à cet effet une carte cadeau de mes formidables anciens collègues), et que selon les sondages, je suis à peu près la seule à trouver ça brillant. Ils m’opposent tous des arguments divers : le trajet est trop long (5 pauvres kilomètres !), les routes ne sont pas faites pour ça, ça monte, et surtout un détail qui me paraît personnellement complètement oubliable : je ne suis jamais montée sur un skate. Ça ne peut pas être bien compliqué, si ? Je monte dessus et j’attends que ça roule ... (je blague : si c’était aussi simple, ça fait longtemps que je saurais faire du surf). Là où par contre je pourrais changer d’avis, c’est quand mon père me donne des coups de coude en me montrant les stand-up paddle des mecs à côté de nous. Mhhh. C’est vrai que je pourrais aussi, non pas aller au travail en SUP, mais bien rigoler avec. Et je vois bien mon père faire le tour du quartier tranquilou dessus. Ça se discute. 

1566362c-922e-46c0-93cd-c4dcfda36c2f.jpeg


Bref, ils finissent par s’en aller après cette odieuse opération conviction, et moi je continue vers Brest, ce paradis caché. Bon ... je dois avouer qu’à quelques kilomètres du centre-ville, ça devient moins idyllique, et je me tape des kilomètres le long des bâtiments militaires et des immeubles un peu décrépis. Je finis par arriver enfin dans le centre : effectivement, tout le monde n’avait visiblement pas le talent ni la vision de ce bon vieil Auguste Perret. Je comprends mieux les critiques. Ceci étant dit, tout ceci m’importe assez peu sur le moment et on verra demain pour les considérations architecturales. 

IMG_8657.jpeg
On dirait un truc sorti de lost, non ?

On dirait un truc sorti de lost, non ?

Je fonce donc vers mon hôtel (!!!). J’ai réservé une chambre pour deux nuits, un luxe totalement indécent qui va me permettre d’étaler mes affaires pour la première fois du voyage, pour deux nuits d’affilée ; de prendre ma douche sans avoir à appuyer sur un bouton en permanence pour avoir de l’eau tiédasse ; et de ne pas devoir entendre mes voisins chanter du Johnny. Ceci étant dit, j’entends assez nettement mes voisins, qui ont l’air remarquablement enthousiastes. Heureusement qu’il y a Roland Garros à la télé : c’est le tennis féminin donc niveau bande-son, c’est à peu près la même chose, mais au moins je l’ai choisi. Et en bonus, j’ai les commentaires de Laurent Luyat. Chouette. 

IMG_8666.jpeg


Je sors faire ma lessive - ca devenait urgent. Comme d’habitude j’ai un style démentiel avec mon Kway, mon short de running et les tongs que j’ai récupérées tout à l’heure (et qui m’ont promptement défoncé les pieds, mais au moins ce ne sont pas mes chaussures que je ne peux plus voir en peinture). Je ne pars de Brest que lundi après-midi donc j’ai tout le temps du monde demain ; je vais rattraper mes mails en retard, aller boire un café, peut-être aller au ciné, passer à la librairie, à la boutique de rando, aller jeter un œil au musée des Beaux-Arts ... les possibilités sont infinies. Et tout ça avec des chaussettes propres. La vie est belle. 

IMG_8672.jpeg