Jour 26 : Brignogan - Plouguerneau

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Jour 26

🌧Date : 26 mai

🌧Distance : 26,4 km

🌧Départ - Arrivée : Brignogan - Plouguerneau

🌧Ambiance : humide

Le nuage arrivé hier sur mon bout de Bretagne était hélas toujours là ce matin. J’ai attendu une pause dans la bruine, et puis je suis repartie à l’aventure - en quittant, j’avoue un peu à contrecœur, mon sac de couchage. J’ai même étrenné mon pantalon de pluie ce matin : je le trimballe depuis le début pour rien car mon pantalon de tous les jours sèche très vite. Mais là, entre le vent, la pluie et le sable, j’étais contente de pouvoir le sortir.

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Heureusement, la pluie a vite cessé, mais je dois dire que je n’ai pas vu grand chose du paysage ce matin : j’avais la tête baissée pour affronter le vent d’ouest, que je me suis pris en pleine poire toute la journée. Pour ne rien arranger, aujourd’hui, c’était le premier jour de Roland Garros. Il se trouve que je ne suis aucun sport car ça ne m’intéresse pas (sauf exceptions, genre quand le Stade Rennais gagne la coupe de France, hehehe) - tennis y compris. Mais j’adore regarder Roland Garros, qui ne m’évoque que des bons souvenirs ; le début de l’été, les pauses entre les révisions du bac (qui étaient plutôt « les révisions entre les matchs »), les dimanches de finale, et des utilisations très inventives de nos double-écrans avec mes copains sur nos open space. Autre élément d’importance : ça veut dire aussi que c’est le redémarrage de Troisième Balle, le blog du Monde sur RG ; il a été animé pendant longtemps par l’excellent Henri Seckel, maintenant ça a changé et ce n’est plus vraiment la même chose, mais j’adore le lire tous les matins quand même. Il se trouve aussi que tous les ans, je soutiens le même joueur : Ernests Gulbis, un letton qui a dû atteindre les quarts il y a quelques années et qui n’a rien dautre de particulier, à part un « s » surnuméraire dans son prénom et une attitude d’enfant gâtée qui me faisait bien rigoler. Et tous les ans c’est la même chose : Ernests se fait virer au bout d’un tour ou deux. Ça n’a pas loupé : quand j’ai allumé mon téléphone en fin de matinée, cet imbécile d’Ernests venait de se faire laminer en trois sets. Allez, à l’année prochaine. Ça n’a pas arrangé mon humeur vacillante, et j’ai mangé (toujours dans le vent) en me disant qu’il était peut-être temps de changer de poulain. Je prends les suggestions.

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Le soleil a fait quelques apparitions timides cet après midi ; moi j’ai écouté la Radio Roland Garros, qui pour une raison mystérieuse est en anglais, ce qui fait qu’entre le débit de paroles et les termes techniques je dois comprendre 1/4 de ce qui se dit. Enfin bon. Quand j’en ai eu assez, je suis passée à la musique, et je suis retombée sur « Tôt le matin » de Gaël Faye. C’est une chanson que j’ai énormément écoutée ; d’abord « comme ça », parce qu’elle m’était rentrée dans la tête et que je suis toujours très obsessionnelle avec la musique que j’écoute. Et puis quand j’ai décidé de faire cette rando, les paroles ont pris évidemment un autre sens. Je sais que je ne suis pas la seule à chercher dans les paroles des chansons que j’écoute une résonance avec ma vie (voir aussi : Breakdown de Jack Johnson, Go your own way de Fleetwood Mac, etc) ; mais là c’était particulièrement frappant. Allez l’écouter, elle est très belle, même quand on n’est pas aussi fangirl que moi. 

Écris des récits ou te cogner à des récifs
Une feuille blanche est encore vierge pour accueillir tes hérésies
Lis entre les vies, écris la vie entre les lignes
Fuis l’ennui des villes livides si ton cœur lui aussi s’abîme
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Bon, et pour reparler de la rando : je suis passée sur de longues plages bordées de dunes cet après midi ; quand le soleil éclairait l’eau, c’était incroyable. Il y avait un type en kitesurf avec un foil qui avait l’air de voler au dessus de l’eau et qui m’en a mis plein les yeux. J’ai fini par couper, un moment, par la plage au lieu de faire le tour ; la lumière un peu plate lissait tous les reliefs et les couleurs et il est devenu très compliqué de savoir où il y avait de l’eau et où non. J’ai fini par abandonner et je me suis vite retrouvée avec chaussettes et chaussures trempées. 

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Je n’ai donc pas franchement traîné pour arriver au camping ; mes chaussures sont encore bien mouillées et je les mets avec des sacs plastiques pour préserver ma seule paire de chaussettes sèches (à défaut d’être propres). C’est très chic. L’ambiance est donc un peu humide dans la casa SLG ce soir - il faut bien des soirs comme ça, aussi, et c’est la première fois du voyage que j’ai aussi peu de chance niveau temps ; et ça n’empêche pas que comme tous les soirs, je vais m’endormir au son des vagues - un sacré luxe. J’ai d’autant plus apprécié mon risotto instantané, un truc qui vaut sûrement la peine de mort en Italie, mais c’était très bon. Le vent souffle toujours (sur la Bretagne armoricaine) et je ne sais pas comment j’ai planté ma tente, mais visiblement mal, puisqu’elle est secouée dans tous les sens. Rendez-vous demain pour vérifier si elle ne s’est pas envolée avec moi dedans ! 

Ne me denoncez pas aux carabinieri

Ne me denoncez pas aux carabinieri

Jour 25 : Plouescat - Brignogan

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Jour 25

😇Date : 25 mai

😇Distance : 15 km (sur le GR)

😇Départ - Arrivée : Plouescat - Brignogan

😇Fête du jour : Sainte-Sophie !!!

J’étais légèrement groggy ce matin, après une nuit trop courte à mon goût - et penchée. Quand je bivouaque dans des endroits où je risque de croiser du monde le matin, je préfère me lever tôt et prendre mon petit-déjeuner une fois que j’ai tout replié, ce qui veut dire que je m’amuse à le faire sans avoir pris mon café : une sacré partie de plaisir. En plus, je m’attendais à voir des lapins ce matin (hier au soleil couchant c’était un festival) mais que nenni. Je sais, je parle beaucoup de lapins mais vous aurez compris qu’en terme de faune locale, c’est à peu près ce qu’on a de plus excitant sur le GR. 

Je devais faire un détour hors GR par Plouescat ce matin, car en plus de mon sacro-saint triptyque café-baguette-journal il fallait que je trouve un fleuriste. C’est la fête des mères demain, et j’ai donc commandé un bouquet afin que la mienne (de mère) vienne le récupérer l’après-midi, après leur désormais traditionnelle visite du week-end. Si vous êtes en train de réaliser que wow, je suis vraiment une fille sympa et pleine d’attentions, gardez à l’esprit que ma mère m’a vue sans (trop) broncher changer de vie à 180 degrés ces 6 derniers mois, que ce changement a nécessité, entre autres, que des cartons fleurissent un peu partout chez mes parents, et qu’elle est désormais la destinataire régulière de textos genre : coucou, tu peux m’amener des petits pois au wasabi dimanche prochain ? Un bouquet était donc le minimum syndical. 

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Quand je mets les pieds en « ville » désormais, j’ai la nette impression que tous les regards sont braqués sur moi : je pense que j’attirerais moins l’attention si j’arrivais déguisée en homme-orchestre, genre Dick Van Dyke dans Mary Poppins. D’ailleurs c’est exactement comme ça que je me sens avec mon gros sac sur le dos. Allez, la prochaine fois j’amène ma perche à ramonage et je me mets à chanter Step in time sur la place de l’église. 

Je me suis contentée de repartir la musique dans les oreilles pour cette fois, toutes ces histoires m’ayant donné envie d’écouter la BO de Mary Poppins - fort à propos d’ailleurs : 

Ain’t it a glorious day 

Right as a morning in May 

I feel, like I could fly ... 

Je ne sais pas si ça m’a distraite, on va dire ça, toujours est-il que j’ai réussi à me tromper de manière spectaculaire et que j’en ai été quitte pour 20 mn de vadrouille dans ce que ViewRanger désignait (très généreusement) comme un sentier. J’ai serré les dents car ça ne s’est pas arrangé par la suite avec un affreux passage au bord de route. 

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J’étais donc un peu à bouts de nerfs quand j’ai fini par débarquer sur une longue dune qui bordait une plage sans fin et une mer turquoise. C’est le moment qu’a choisi Spotify (sentant sans doute que j’avais besoin de me détendre) pour me passer l’intégrale de Jack Johnson, et c’est tout de suite allé beaucoup mieux. J’ai même failli aller me baigner - et j’aurais d’ailleurs dû y aller au lieu de tergiverser comme ça. 

Mais bon, j’avais un rendez-vous à respecter puisque mes parents, ces héros, sont venus de leur QG désormais bien loin de mes petites aventures. Nous sommes allé manger à Plonéour-Trez, ce qui nous a fait sauter 5 bons km du GR qui passait à cet endroit dans la campagne : un peu parce que ça m’arrangeait, et un peu parce que je culpabilisais de les emmener avec moi dans une portion de rando pas super funky (depuis le début ils n’ont pas eu trop de chance). Excellent choix : non seulement on y a très bien mangé (en se disant qu’après tout ça on pourrait écrire un Gault & Millau des crêperies du GR - auquel j’ajouterai un chapitre « toilettes publiques »), mais surtout la portion de GR qui démarre à cet endroit-là est magnifique. 

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Vous le verrez sur les photos, mais entre les bancs de sable, l’eau transparente, le ciel sans nuage et le sable blanc, on a vraiment eu de la chance. On est d’ailleurs  tombés sur une anse qui ressemblait comme deux gouttes d’eau à la plage de Pors Carn - notre plage, celle en bas de la maison à Saint-Gué. Même orientation, même rochers, même sable, mêmes bouées jaunes, il y avait carrément une presque-île qui ressemblait à la pointe de la Torche et la baie de Kernic aurait pu passer pour la baie d’Audierne. Trop drôle. 

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Mes parents sont repartis en me laissant faire les derniers mètres jusqu’au camping - j’avais décrété une journée courte aujourd’hui. Je serais bien allée me baigner, bis, mais le temps que la mer monte, le brouillard était descendu, et je vous écris depuis un nuage. Pas « sur un petit nuage » mais plutôt « à l’intérieur d’un nuage ». Tant pis pour la baignade ; j’avais de toute façon méritée ma fin d’après-midi, mes coups de téléphone et mes rattrapages divers ... Il y a des jours où c’est dur d’être loin de Paris et de devoir tout partager par téléphone. Dans Koh-Lanta ce bon vieux Denis Brogniart disait « demain c’est l’épreuve d’immunité et ça, ça vaut toutes les tartelettes du monde ». A défaut d’épreuve d’immunité, j’ai des copains qui valent bien, croyez-moi, toutes les tartelettes du monde, et même quelques kouign-amann. Mais si quelqu’un pouvait inventer la téléportation, je lui en serais tout de même bien reconnaissante. Sur ce, je vais allez dormir en rêvant à mon petit-déjeuner de demain : j’ai acheté des Frosties. Et n’oubliez pas d’aller voter !!!!

Sur cette photo Mon sac est  fermé.  SOupir.

Sur cette photo Mon sac est fermé. SOupir.