Jour 44 : Goulien - Plogoff

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Jour 44

📉Date : 13 juin

📉Distance : 25 km

📉Départ - Arrivée : Goulien - Plogoff

📉Dénivelé : tout à fait acceptable

Je repars du bon pied ce matin : personne n’est venue me déloger de mon coin semi-légal, et je n’ai pas besoin de reprendre la départementale pour retourner sur le GR. Ouf. En plus, je suis sortie de la vraie zone de falaises pures et dures et le sentier est à la fois plus plat et plus varié : tant mieux, j’avais un peu peur de repartir pour un remake de la veille, ce qui m’aurait moyennement plu. Il y a par contre toujours un petit vent qui ne s’arrête pas, ce qui m’oblige à faire des pauses un peu n’importe où si je veux être à l’abri, genre dans un creux au milieu du sentier ou accroupie derrière un rocher. Enfin bon. Comme dirait l’autre, c’est la Bretagne. 

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Il fait encore un peu gris ce matin mais ça se lève assez vite et je passe mon temps à déranger des lézards qui se prélassent au soleil et se carapatent dès que j’arrive. Des lézards ... mais pas que. Je suis en train de descendre une côte et je m’apprête à enjamber une racine comme il y en a des centaines sur les sentiers quand ... elle se met à onduler. C’est une couleuvre, pas très grosse (40-50 cm peut-être) mais suffisamment pour me faire bien flipper : je reste hébétée quelques secondes en la regardant disparaître dans les ajoncs. Mon premier serpent ! Toutes mes excuses à la faune bretonne, dont j’avais déploré il y a quelques temps le manque d’exotisme. 

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Je passe la pointe de Brézellec, celle du Castelmeur puis celle du Van, où je vais faire ma pause dej. C’est la dernière avant la pointe du Raz et ça se sent : il y a plus de monde sur les sentiers, qui sont en retour bien plus larges et plats (même si évidemment tout est relatif), ce qui me permet de souffler un peu. Les couleurs d’été commentent à apparaître dans la lande : violet de la bruyère et jaune des ajoncs et des genêts, et puis le rouge des filaments de la cuscute du thym, cette plante parasite qui s’accroche aux buissons de la lande. De loin, l’effet des couleurs est très beau ; de près ... ça reste une plante parasite. Je me cale derrière un rocher en haut de la falaise pour manger : j’ai une vue incroyable sur les oiseaux et la mer. Je reste d’ailleurs là beaucoup trop longtemps. 

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Entre la pointe du Van et celle du Raz : la baie des Trépassés, où on retrouvait régulièrement, selon la légende, les corps des naufragés qui venaient s’y échouer. Ambiance. En tout cas aujourd’hui la mer est particulièrement calme et l’eau turquoise : rien à signaler. Au large du Raz, on voit à peine l’Ile de Sein : elle ne dépasse quasiment pas du niveau de la mer. Ça m’impressionne à chaque fois, j’aimerais bien y vivre une tempête ... En attendant, je m’engage - enfin ! - sur la pointe du Raz. Je passe à côté de son sémaphore, connu principalement pour avoir été l’endroit où mon papa a fait son service militaire. A ce propos, je ne résiste pas à l’envie de vous partager ce strip de Mafalda. Je n’ai trouvé que la VO, mais même sans parler espagnol, c’est hilarant, non ?

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Bon, trêve de plaisanteries. Je contourne progressivement la pointe en m’attendant à avoir un panorama fou sur la baie d’Audierne. Je dois préciser que je suis déjà venue suffisamment de fois ici et qu’en plus, je vois ce même panorama (mais dans l’autre sens) tous les jours quand je suis à Saint-Guénolé, donc je devrais savoir à quoi m’attendre. C’est néanmoins très anticlimactic(je ne veux pas me la jouer trop bilingue mais il n’y a pas de bonne traduction pour ce mot : quand on s’attend à se retrouver devant le climax- d’un film, d’une situation - et que cet espoir est déçu. En l’occurrence : point de panorama. Enfin si, mais rien de très spectaculaire, pour plusieurs raisons : déjà, à partir de là, le littoral est bien plus plat et s’élève à peine au dessus de la mer : rien à voir avec les falaises bien distinctives. Et surtout, la géographie de la baie d’Audierne fait qu’elle s’étend de manière verticale et, pour une fois, sans circonvolutions : il doit y avoir, à vol d’oiseau, autant de distance entre ici et la pointe St-Mathieu (où j’étais il y a 2 semaines) et ici et Penmarc’h (où je serai dimanche matin). Ceci étant dit, j’arrive quand même à distinguer le phare d’Eckmühl, qui dépasse d’un petit centimètre à l’horizon. C’est là que je vais - et pour de bon. 

ici, en novEmbre 2016 …

ici, en novEmbre 2016 …

VS cet apres midi !

VS cet apres midi !


A Plogoff, je quitte temporairement le GR pour faire un saut dans un de mes endroits préférés au MONDE : Monsieur Papier, un café avec une vue folle sur la baie, une terrasse ensoleillée et une carte délicieuse. En plus de ça, ils ont une ligne de papeterie que j’adore à la folie : j’ai plusieurs de leurs affiches chez moi et je dois toujours me retenir pour ne pas dévaliser la boutique. Ils ont aussi une sélection de vaisselle et d’objets super soignée (des gobelets en émail Falcon, par exemple) - on dirait qu’ils vont chercher leur inspiration directement dans mon cerveau. D’ailleurs, ils ont aussi des livres à vendre, et le premier que j’aperçois est de ... Nicolas Bouvier : Journal d’Arran(un autre bout du monde, je trouve le choix très approprié), mais aussi Il faudra repartir (ce titre !). Je vous les conseille tous les deux, surtout si vous avez aimé L’usage du monde.Je réussis miraculeusement à ne repartir qu’avec un petit pins qui va enrichir ma collection. 

Je dors ce soir sous un prunier dont les Reine-Claude ne sont pas encore mûres, ce qui veut dire que c’est bientôt la saison ... ça sent l’été. Dans la ferme, il y a aussi des agneaux terriblement mignons : je vais essayer de ne pas en kidnapper un avant de partir demain. Croisez les doigts pour moi. 

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Jour 43 : Le Tréboul - Goulien

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Jour 43

😋Date : 12 juin

😋Distance : 27 km sur le GR (33 au total !)

😋Départ - Arrivée : Le Tréboul - Goulien

😋Pause-dej : sans nulle doute améliorée par le kouign-amann

Ouiii il fait beau ce matin, comme prévu. Je peux tranquillement aller à la boulangerie, qui se trouve à l’autre bout du village (= 10 mn à pieds) ; le genre de sacrifice que je ne fais que pour un kouign-amann, et un pain au chocolat avec mon café. Je rends rapidos les clés de chambre, pardon, de ma suite royale, et je me mets en route. Je vous bassine depuis des jours avec la Pointe du Raz mais ce terme ne désigne en fait que la pointe la plus avancée du Cap Sizun - que je parcours aujourd’hui, donc. 

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Je suis à flanc de falaise dès que je quitte le Tréboul et je vais le rester toute la journée. Du coup, j’ai une vue incroyable sur Crozon, surtout le cap de la Chèvre ; évidemment je ne l’avais pas encore vu sous cet angle là, vu les rideaux de flotte qui obstruaient la baie hier. C’est encore une fois très calme ce matin, jen profite : ça fait partie de mes paysages préférés et je n’ai jamais vu ce côté du Cap, je suis toujours restée côté Audierne. Ça grimpe et ça descend sérieusement ; dire qu’à un moment j’avais envisagé faire la course de trail qui passe par ici. HAHA. Quelle idée. Déjà sans courir, c’est bien intense ...

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D’ailleurs je me casse la figure. C’est un miracle. J’ai attendu le 43e jour pour tomber. Ceux qui me connaissent savent que je suis atrocement maladroite, que je me cogne dans tout et que j’ai une sacré propension à finir par terre. D’ailleurs sur le GR, je passe mon temps à glisser, déraper, me tordre la cheville, et surtout me prendre les pieds dans des racines ou des cailloux (d’aucuns diront que je ne lève pas assez les pieds et ils auront sûrement raison) et je me demandais par quel miracle je ne m’étais pas encore retrouvée par terre ... C’est chose faite. Évidemment j’ai attendu de croiser quelqu’un (alors qu’il n’y a personne les 3/4 du temps) pour le faire : en l’occurrence les mecs qui sont en train d’entretenir le sentier. Je tiens d’ailleurs à dire que c’est précisément parce que le sentier était recouvert de brins d’herbe glissants que j’ai dérapé. Je rajouterais cependant que j’ai réitéré l’exploit en fin de journée ... sans brins d’herbe. Bref, rassurez vous, je me relève indemne, ma dignité (qui en a vu d’autres) à peine atteinte. 

Le fameux ! (POke yelena)

Le fameux ! (POke yelena)

Le ciel se couvre un peu et des mouettes commencent à me tourner autour. Il y en a une en particulier qui s’amuse à faire un demi tour acrobatique en l’air juste au dessus de ma tête. C’est un signe, non ? Les mouettes sont-elles les nouveaux vautours ? J’ai très peur de me faire dévorer sur place (je reste traumatisée des histoires qu’on m’a racontées sur les pugilats mouettes vs pigeons ; croyez-moi, c’est très glauque). Oui, je sais, je ne suis pas un pigeon, mais better safe than sorry: je prends la poudre d’escampette. Je déjeune devant mon bouquin, The Great Believers ; j’ai fini il y a quelques jours Small Great Things de Jodi Picoult, dont ma maman avait adoré la traduction (« Mille petits riens »). J’ai plutôt bien aimé aussi et je dois dire que c’est la première fois que je change d’avis en lisant la postface - ici en l’occurrence où l’autrice explique son choix d’écrire sur les problèmes raciaux américains du point de vue, entre autres, d’une femme noire, alors qu’elle ne l’est pas. Je l’ai trouvée convaincante. 

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Bon, je continue dans mes falaises, où par ailleurs il n’y a pas de point d’eau (ni de commerces ou que sais-je). Heureusement que je suis partie en mode chameau ce matin. Il fait un temps radieux et les couleurs sont magnifiques, presque aussi éclatante qu’à Crozon, à qui le Cap Sizun n’a rien à envier, surtout niveau dénivelé. Le Cap est constitué d’une succession de pointes et de criques (je tire ça de Wikipedia mais je n’aurais pas mieux dit) ; du coup, le GR suit toujours le même schéma - il descend dans la crique et remonte sur la pointe. Rien de très nouveau, c’est la même chose sur toutes les falaises que j’ai affrontées jusque là, mais je crois que c’est la première fois que c’est aussi régulier sur une distance aussi longue. Je dois dire du coup qu’après 20 km de zigzags, dans un vent pas très fort mais sans relâche, je suis épuisée, presque plus mentalement que physiquement. La répétition et la perspective trompeuse qui fait qu’on pense atteindre une pointe alors qu’il faut en passer trois autres (et autant de criques) d’abord m’ont usé le cerveau. 

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Arrivée à la plage de Lesven, j’ai deux choix : soit je continue le GR quelques kilomètres (TROP de kilomètres) puis je remonte pour tomber sur le camping, soit je remonte directement et je marche, presque une heure, sur la route. A ce stade, ça m’ennuie de sauter un bout du GR ... mais je n’en peux plus des falaises (300 étages montés selon mon téléphone) et je sais que ça va en plus continuer demain. Ce sera donc le choix numéro 2 et c’est mon dernier mot Jean-Pierre. Bon, ça implique de marcher une demi-heure le long d’une départementale, ce qui est aussi plaisant et exempt de danger que vous vous l’imaginez. Je sors la protection de pluie de mon sac dont je bénis, pour la première fois, la couleur vert fluo, et j’avance. Je vois pour la première fois les fameuses éoliennes de prêt. 

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Le camping municipal que j’avais repéré est ... fermé. Enfin visiblement pas encore ouvert pour la saison. Et la mairie ne répond pas au téléphone. Tant pis ; les barrières sont ouvertes et les robinets fonctionnent, je prends ça sinon pour une invitation, du moins pour ... une autorisation passive, et je m’y installe quand même. RDV demain pour savoir si je me serai faite virer par la maréchaussée !

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