Jour 40 : Bouis (Crozon) - Tal ar Groas

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Jour 40

⏰Date : 9 juin

⏰Distance : 25 km (sur le GR)

⏰Départ - Arrivée : Bouis (Crozon) - Tar ar Groas

⏰Matinée : productive

Eh bien il faut croire que la soirée d’hier m’a motivée : je suis sur le chemin à 8h30 ce matin. Je laisse Marc, qui va soigner ses coups de soleil et ses ampoules en y allant mollo, et je pars faire le tour du Cap de la Chèvre. Autant le dire tout de suite : heureusement que je ne m’y suis pas lancée hier soir. J’ai 2 km à faire avant de rejoindre le GR, et les herbes hautes trempent évidemment mes chaussures. En fait, depuis qu’elles ont pris l’eau de mer, elles mettent des heures à sécher ; tout ceci mériterait un vrai bon dessalage - que je n’ai pas le temps de faire. Le temps est plutôt clair, même si rapidement quelques gouttes se mettent à tomber, puis suffisamment pour que je sorte tout l’attirail. En face sur la pointe du Raz, il a l’air de faire un temps magnifique : je suis un peu jalouse. 

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Je dois être la première à marcher là ce matin ; à la seconde où je pose le pied sur le petit pont qui enjambe un ruisseau sur la plage, je déclenche un concert de cancannements et de battements d’ailes. J’avais un peu la tête dans les nuages et je sursaute tellement fort que je manque d’aller rejoindre les canards qui sont, en fait, à la source du bruit, et qui devaient dormir tranquille avant que je ne vienne les embêter. J’ai beau avoir franchi le pont, la cane continue à m’engueuler et j’ai du mal à comprendre ce qui se passe avant de la voir repasser dessous, puis revenir avec une flopée de canetons affolés. Je comprends mieux. 

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Je passe quelques spots de surf et de paddle ; de ce côté-ci du Cap, ça ne manque pas - les plages sont exposées aux vagues, et au vent aussi : la roche est dénudée et me fait penser, une fois de plus, à l’Écosse. J’atteins la pointe à 11h ; j’ai déjà fait presque 9 km ce matin, et un panneau m’annonce une arrivée à Morgat, où m’attends Marc pour déjeuner, dans 8 km. Oups. Heureusement que je n’ai pas tenté ça hier. 


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Ceci dit, je me sens en pleine forme, et je continue gaiement. En plus, le paysage change du tout au tout. Il fait désormais très chaud : je croise des gens en tenue d’été alors que je n’ai pas encore eu le temps d’enlever mon pantalon de pluie et qui me regardent avec des grands yeux. Ce côté-là du Cap est très abrité, donc très vert, et les falaises forment des criques d’eau turquoise magnifiques, même si elles me semblent très compliquées d’accès depuis le sentier. Je reviendrais bien un de ces jours en bateau ... Je m’arrête une deuxième fois pour changer de chaussettes. C’est un luxe que je risque de payer à un moment ou à un autre, mais j’ai toujours peur que mes pieds restent trop longtemps mouillés et finissent par souffrir. Mes pauvres chaussettes Décathlon ne sont déjà pas terribles de base, mais combinées avec mes chaussures désormais humides à la moindre goutte d’eau, leur performance est pour le moins douteuse. 

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J’arrive juste à l’île Vierge (encore une) quand un monsieur finit sa conversation téléphonique à mon approche ; j’attends, en pensant qu’il va me demander l’heure, ou le temps qu’il reste pour atteindre le Cap, ou que sais-je ... mais il me demande si je suis Sophie, du Tour des Rochers. Euh ... mais oui, c’est moi ! Ça y est, je le savais, la célébrité est enfin arrivée - et il a fallu que je m’exile un mois sur le GR34 pour ça. Bon, en vrai c’est une semi-coincidence : c’est le papa d’une amie d’école, et nous avions déjà échangés par mail. Il devait être un jour avant moi sur le GR, mais un changement de circonstances l’a conduit à devoir prolonger son séjour à Morgat, et nous y voilà ! C’est trop rigolo de le croiser comme ça, et notre conversation me rebooste pour la fin de l’étape. Il se reconnaîtra : bon courage pour la suite !

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Je suis requinquée (et très amusée) par cet interlude - et un peu, aussi, j’avoue, affamée : je cours presque et j’arrive à Morgat à 14h. Marc a passé la matinée à bosser et il a repéré un restau encore ouvert : hallelujah. Ils servent des plats de pâtes énormes et je ne me fais pas prier. D’ailleurs, je prends aussi une crêpe en dessert, et je finis celle de Marc. J’ai regardé le compteur en m’asseyant : 19km à la pause dej, c’est un nouveau record personnel ! On repart sans trop se presser du restau : Marc a un bus à Crozon en fin d’après midi. Nos chemins se séparent après Morgat. C’est le moment de remercier Marc, qui a traversé la France pour affronter avec moi la pluie, le vent, la grêle, les kilomètres dans la forêt, les ampoules, les coups de soleil, les sempiternels ramen et les sempiternels sandwichs. Outre ses qualités de randonneur, sachez que Marc m’a également aidé à finir les mots-croisés du Télégramme, ce qui prouve bien sa grande richesse d’esprit. Merci Marc !!

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Je continue tranquille, accompagnée par la finale de Roland-Garros, même si je me doute bien de la façon dont elle va finir. C’est un sacré cagnard cet aprem et je finis en short cette journée commencée en pantalon de pluie. Parfois, faut pas trop chercher. C’est encore une fois très beau ici, du côté de la Pointe du Menhir ; j’aurais bien fait quelques kilomètres de plus mais ça tombe mal niveau campings. Tant pis, je suis bien là, et un coup d’œil sur la carte me rassure : je devrais être dans les clous pour mon arrivée à Douarnenez. La deadline se rapproche : je devrais arriver à Saint-Gué samedi ou dimanche prochain (mais dimanche, c’est la fête des voisins, donc on m’a prié d’arriver la veille - histoire j’imagine que j’ai le temps de me recoiffer au risque d’épouvanter tout le voisinage). Ensuite j’enchaînerai avec mon nouveau job, le 18 juin. Ce n’est évidemment pas la première fois que je commence un travail ; en revanche je crois que c’est la première fois qu’on me demande, pour la semaine d’intégration, d’amener ma combi. J’ai à la fois très hâte d’y être - et pas du tout que ça se termine ... 

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Jour 39 : Camaret-sur-Mer - Bouis (Crozon)

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Jour 39

☀️Date : 8 juin

☀️Distance : 21 km (sur le GR)

☀️Départ - Arrivée : Camaret-sur-Mer - Bouis (Crozon)

☀️Sunlight : tropical

Oh qu’il fait du bien ce beau soleil de bon matin. Pas si matinal que ça, car on a quelques courses à faire (quelqu’un, je ne dirai pas qui, doit racheter des pansements pour ampoules ...) et un café à prendre avant de partir, mais n’empêche : ça fait du bien. La météo est au beau fixe et mon moral aussi, du coup. On se met en route vers les falaises de Correjou, à la sortie de Camaret, et je suis aussi heureuse que possible : il n’y a pas grand chose que j’aime autant que de marcher comme ça, sous le soleil, dans le vent, st sur les falaises. On attaque enfin la plus belle partie de la presqu’île, celle que j’imaginais comme la cerise sur le gâteau du GR, et je ne suis pas déçue. 

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On passe tranquillement la pointe du Toulinguet et son sémaphore largement barricadé, qui gardait l’entrée de la rade de Brest. A ma droite : la pointe de Saint-Mathieu (et son sémaphore). A ma gauche : la pointe du Raz (et son sémaphore). Ce ne sont pas les infrastructures militaires qui manquent, et entre celles qui sont désaffectées et celles qui visiblement sont bien en service - et bien protégées - jai parfois l’impression d’être dans un épisode de Lost. Juste après, on attaque la pointe de Pen Hir. Celle-là, je l’attends depuis longtemps ; j’avais le projet d’aller attaquer ses jolies voies d’escalade pendant la rando, mais niveau timing c’est un peu serré. De toute façon, même si niveau forme tout va bien, je suis quand même sacrément ankylosée par la rando et je ne suis pas sûre que j’arriverais à lever les pieds au dessus de la hauteur de mes genoux. Je n’ose pas imaginer ce que ça va donner quand je vais reprendre le yoga, ou le surf d’ailleurs (dans ma tête je me fais mentalement engueuler par mon - mythique - prof d’escalade, Didier, quand il me hurlait « MONTEUH LE PIED DROIT » quand j’en bavais dans les parois du gymnase Ladoumègue). 

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Pas d’escalade donc, mais ça ne m’empêche pas d’apprécier la vue, et je vous laisse admirer les photos. Entre l’eau turquoise, les « tas de pois » (ces blocs rocheux détachés de la pointe du Pen Hir), le soleil fou et le vent qui l’accompagne, je suis au paradis. Bien sûr, il y a aussi quelques cars de touriste - et le parking qui va avec, quasiment au bout de la pointe. Mais elle n’a évidemment pas la même saveur pour nous. On fait la pause dej un peu avant Kerloc’h, à l’abri du vent : essentiel pour moi qui préfère être bien protégée et aussi parce que Radio Roland Garros diffuse la fin de la demi-finale et qu’on l’écoute avec attention. 

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Marc décide de couper pour atteindre plus vite la plage qui suit et se retrouve à devoir sauter par dessus les ruisseaux qui y débouchent. Scénario classique et pour une fois, ce ne sera pas de ma faute ! Rien de très grave, les chaussures sont toujours sèches (j’ai oublié de préciser que l’adorable gérant de l’hôtel nous les avait fait remplies de papier de journal ET mises au soleil ce matin). Sur la plage, le sable mouillé renvoie les reflets des gros cumulo-nimbus ; dans la mer, les clubs de surf se lèvent tant bien que mal. A cause du vent j’imagine, c’est un peu brouillon. 

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A la pointe de Dinan, Marc quitte le GR pour rejoindre le camping - qui malheureusement en est assez éloigné. Moi j’avais prévu de faire tout le tour jusqu’au Cap de la Chèvre mais je me rends vite compte que ce n’est pas raisonnable. En plus je tiens à le faire « comme il faut » : ça a l’air incroyable. Je continue donc toute seule, mais seulement pour quelques kilomètres. Je finis un épisode d’un podcast de la NPR, On Being, et je copie ici un poème de Gregory Orr, qui y était invité :

To be alive: not just the carcass
But the spark.
That’s crudely put, but…
If we’re not supposed to dance,
Why all this music?

(Au passage, je vous dois un update sur les poèmes que j’apprends. Demain !) Je quitte le GR quelques kilomètres plus tard pour rejoindre Marc qui vient lui-même d’arriver et nous a réservé un emplacement. Il a aussi trouvé une bouteille de vin rouge, et je décide après manger que demain, je vais me lever tôt pour retourner sur le GR à l’endroit où je l’ai quitté, et faire ce fameux Cap dans la foulée. Cette décision était-elle uniquement motivée par la puissance tannique du Cabernet ? Réponse au prochain épisode ...

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