Jour 43 : Le Tréboul - Goulien

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Jour 43

😋Date : 12 juin

😋Distance : 27 km sur le GR (33 au total !)

😋Départ - Arrivée : Le Tréboul - Goulien

😋Pause-dej : sans nulle doute améliorée par le kouign-amann

Ouiii il fait beau ce matin, comme prévu. Je peux tranquillement aller à la boulangerie, qui se trouve à l’autre bout du village (= 10 mn à pieds) ; le genre de sacrifice que je ne fais que pour un kouign-amann, et un pain au chocolat avec mon café. Je rends rapidos les clés de chambre, pardon, de ma suite royale, et je me mets en route. Je vous bassine depuis des jours avec la Pointe du Raz mais ce terme ne désigne en fait que la pointe la plus avancée du Cap Sizun - que je parcours aujourd’hui, donc. 

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Je suis à flanc de falaise dès que je quitte le Tréboul et je vais le rester toute la journée. Du coup, j’ai une vue incroyable sur Crozon, surtout le cap de la Chèvre ; évidemment je ne l’avais pas encore vu sous cet angle là, vu les rideaux de flotte qui obstruaient la baie hier. C’est encore une fois très calme ce matin, jen profite : ça fait partie de mes paysages préférés et je n’ai jamais vu ce côté du Cap, je suis toujours restée côté Audierne. Ça grimpe et ça descend sérieusement ; dire qu’à un moment j’avais envisagé faire la course de trail qui passe par ici. HAHA. Quelle idée. Déjà sans courir, c’est bien intense ...

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D’ailleurs je me casse la figure. C’est un miracle. J’ai attendu le 43e jour pour tomber. Ceux qui me connaissent savent que je suis atrocement maladroite, que je me cogne dans tout et que j’ai une sacré propension à finir par terre. D’ailleurs sur le GR, je passe mon temps à glisser, déraper, me tordre la cheville, et surtout me prendre les pieds dans des racines ou des cailloux (d’aucuns diront que je ne lève pas assez les pieds et ils auront sûrement raison) et je me demandais par quel miracle je ne m’étais pas encore retrouvée par terre ... C’est chose faite. Évidemment j’ai attendu de croiser quelqu’un (alors qu’il n’y a personne les 3/4 du temps) pour le faire : en l’occurrence les mecs qui sont en train d’entretenir le sentier. Je tiens d’ailleurs à dire que c’est précisément parce que le sentier était recouvert de brins d’herbe glissants que j’ai dérapé. Je rajouterais cependant que j’ai réitéré l’exploit en fin de journée ... sans brins d’herbe. Bref, rassurez vous, je me relève indemne, ma dignité (qui en a vu d’autres) à peine atteinte. 

Le fameux ! (POke yelena)

Le fameux ! (POke yelena)

Le ciel se couvre un peu et des mouettes commencent à me tourner autour. Il y en a une en particulier qui s’amuse à faire un demi tour acrobatique en l’air juste au dessus de ma tête. C’est un signe, non ? Les mouettes sont-elles les nouveaux vautours ? J’ai très peur de me faire dévorer sur place (je reste traumatisée des histoires qu’on m’a racontées sur les pugilats mouettes vs pigeons ; croyez-moi, c’est très glauque). Oui, je sais, je ne suis pas un pigeon, mais better safe than sorry: je prends la poudre d’escampette. Je déjeune devant mon bouquin, The Great Believers ; j’ai fini il y a quelques jours Small Great Things de Jodi Picoult, dont ma maman avait adoré la traduction (« Mille petits riens »). J’ai plutôt bien aimé aussi et je dois dire que c’est la première fois que je change d’avis en lisant la postface - ici en l’occurrence où l’autrice explique son choix d’écrire sur les problèmes raciaux américains du point de vue, entre autres, d’une femme noire, alors qu’elle ne l’est pas. Je l’ai trouvée convaincante. 

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Bon, je continue dans mes falaises, où par ailleurs il n’y a pas de point d’eau (ni de commerces ou que sais-je). Heureusement que je suis partie en mode chameau ce matin. Il fait un temps radieux et les couleurs sont magnifiques, presque aussi éclatante qu’à Crozon, à qui le Cap Sizun n’a rien à envier, surtout niveau dénivelé. Le Cap est constitué d’une succession de pointes et de criques (je tire ça de Wikipedia mais je n’aurais pas mieux dit) ; du coup, le GR suit toujours le même schéma - il descend dans la crique et remonte sur la pointe. Rien de très nouveau, c’est la même chose sur toutes les falaises que j’ai affrontées jusque là, mais je crois que c’est la première fois que c’est aussi régulier sur une distance aussi longue. Je dois dire du coup qu’après 20 km de zigzags, dans un vent pas très fort mais sans relâche, je suis épuisée, presque plus mentalement que physiquement. La répétition et la perspective trompeuse qui fait qu’on pense atteindre une pointe alors qu’il faut en passer trois autres (et autant de criques) d’abord m’ont usé le cerveau. 

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Arrivée à la plage de Lesven, j’ai deux choix : soit je continue le GR quelques kilomètres (TROP de kilomètres) puis je remonte pour tomber sur le camping, soit je remonte directement et je marche, presque une heure, sur la route. A ce stade, ça m’ennuie de sauter un bout du GR ... mais je n’en peux plus des falaises (300 étages montés selon mon téléphone) et je sais que ça va en plus continuer demain. Ce sera donc le choix numéro 2 et c’est mon dernier mot Jean-Pierre. Bon, ça implique de marcher une demi-heure le long d’une départementale, ce qui est aussi plaisant et exempt de danger que vous vous l’imaginez. Je sors la protection de pluie de mon sac dont je bénis, pour la première fois, la couleur vert fluo, et j’avance. Je vois pour la première fois les fameuses éoliennes de prêt. 

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Le camping municipal que j’avais repéré est ... fermé. Enfin visiblement pas encore ouvert pour la saison. Et la mairie ne répond pas au téléphone. Tant pis ; les barrières sont ouvertes et les robinets fonctionnent, je prends ça sinon pour une invitation, du moins pour ... une autorisation passive, et je m’y installe quand même. RDV demain pour savoir si je me serai faite virer par la maréchaussée !

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Jour 42 : Sainte-Anne-la-Palud - Le Tréboul

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Jour 42

👀Date : 11 juin

👀Distance : 17,5 km

👀Départ - Arrivée : Sainte-Anne-la-Palud - Le Tréboul

👀Recherche du kouign-amann : in progress

Il a plu ... toute la nuit. Et toute la matinée, aussi. J’ai eu un léger répit à 7h, mais ça a repris de plus belle juste après. Bon. Quand c’est comme ça, je n’ai auuuucune envie de quitter ma tente, surtout que je voyais bien que c’était parti pour durer (spoiler : effectivement). J’ai mollement réussi à me motiver pour tout ranger : dans ces cas-là je mets tout dans mon sac et j’accroche en dernier la tente à l’extérieur (d’habitude elle va à l’intérieur) avant de tout recouvrir avec la protection pluie. C’est quasiment le même effort qu’en temps normal, mais allez savoir, j’ai toujours l’impression que ça va me prendre des heures. J’ai fini par décoller à presque 11h, parée comme il se doit de mes plus beaux habits de pluie. Je blague, mais ce pantalon Décathlon me sauve tellement la vie que je vais finir par lui vouer un culte. 

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C’est presque marrant ce matin, avec cette pluie incessante je suis toute seule sur la plage et en plus, pour une fois !!! : j’ai la vent dans le dos. Personne pour m’entendre écouter Queen et m’époumoner sur Don’t stop me now: le truc, c’est d’avoir l’air d’y croire en le chantant. I’m having such a good time, I don’t wanna stop at alllll! Oh non pas du tout ! Je ne préférerais pas, par exemple, être dans un endroit où, au hasard, mes chaussures ne deviendraient pas deux éponges géantes dès que je croise une fougère. Je rencontre des pêcheurs qui remonte de leur partie matinale et qui me font voir leurs prises : des daurades. Au moins leur matinée aura été efficace. Ils ont l’air de s’en être pris plein la figure aussi mais comme me fait remarquer l’un d’eux : « c’est ça, la Bretagne ». Alors, je suis bien d’accord avec lui ; d’ailleurs je me suis répétée cette même phrase toute la matinée en pensant aux inévitables commentaires que j’allais entendre sur la Bretagne au mois de juin ; mais enfin là je dois dire que j’accuse un peu le coup, surtout que le vent a tourné (vers moi) et qu’un énorme nuage embrume Douarnenez et la Pointe du Raz. L’avenir est radieux. 

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Je finis par arriver sur le charmant port de Douarnenez. J’ai marché à ce stade à peu près 100 km de moins que les estimations de la fédération de randonnée (j’étais à -25 à Morlaix, -70 au Faou). Explications : les 30 km que j’ai sautés entre Plougastel et le Faou, les 5-6 en voiture au niveau de Plonéour-Trez, et le reste vient des coupes que je m’octroie par ci par là (par exemple la Pointe de Roscanvel) ou, j’imagine, de l’imprécision de mon podomètre (= mon téléphone) vs ceux de la FFR. Ceci étant dit, au global, j’en suis à 925 km cumulés ... bientôt les 1000 ! Voilà pour le point stats. J’ai bien besoin de réconfort en arrivant à Douarnenez car j’ai vraiment passé une matinée exécrable et j’ai, est-ce bien utile de le préciser, les pieds trempés. Je trouve une crêperie excellente (Le goûter du Breton, pour ceux qui passeraient ici) et prête à servir à une affamée deux galettes (saucisse-moutarde-oignons et pruneaux-lard-chèvre, désolé si je vous donne faim). Et une crêpe en dessert. J’aurais pu rester là toute l’après midi et enlever mes chaussettes mouillés (ah non, ça c’était déjà fait) mais ils ferment. Je mets mes chaussettes sèches pour continuer même si c’est absurde car mes chaussures vont forcément tout imbiber. Mais remettre les autres, c’est au dessus de mes forces. 

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Il fait encore bien moche quand je repars et franchement je n’ai pas le courage d’aller chercher un camping pour ce soir, surtout que tout est trempé et qu’il va falloir que je réorganise mon plein de nourriture (au passage, je jette des quantités folles d’emballages en permanence, pas très zéro déchet cette rando). J’abdique et je réserve un hôtel au Tréboul, de l’autre côté du ria. Celui de Douarnenez (de port) a été un des plus actifs de France, pour la sardine, et on y trouve un musée et une médiathèque qui doivent être passionnants. Mais encore une fois : j’ai du mal à m’enthousiasmer assez pour aller les visiter. Surtout avec tout mon matos qui me dégouline dessus. Wikipedia m’informe que c’est ici qu’a été inventé le kouign-amann, ce qui par contre pourrait me réveiller un peu, mais toutes les boulangeries doivent ouvrir à 15h ; il est 15h30 et les rideaux sont désespérément clos. Bon, j’abandonne (je veux dire que j’y retournerai demain matin, hein, je n’abandonne pas comme ça le kouign-amann originel) et je vais à l’hôtel. 

Et là, surprise : on m’y informe que j’ai été surclassée ! C’est le genre de trucs qui ne m’arrive jamais, mais là, tenez vous bien, j’ai une suite. Bon, comme de base je n’avais pas réservé au Ritz, la deco ressemble à celle d’un vieux catalogue de meubles (vous voyez le genre où le canapé est assorti à la table basse qui est assortie à la console, etc). Mais évidemment je m’en fous : ce qui compte c’est que j’ai une pièce en plus pour étaler tout mon bazar et faire sécher mes affaires. Mes chaussures y sont donc depuis 16h, il est 22h et elles sont encore complètement détrempées. Soupir. Enfin bon, ça devrait aller mieux demain ; en plus le ciel s’est enfin découvert ce soir, et je devrais aborder la Pointe du Raz dans les conditions qu’elle mérite. Et avec du kouign-amann. 

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