Jour 14 : Perros-Guirec - Trébeurden

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Jour 14

💕Date : 14 mai

💕Distance : 25 km

💕Départ - Arrivée : Perros Guirec - Trébeurden

💕Je vois la vie en : (granit) rooooose

Léger problème hier soir : pour la première fois du voyage, impossible de trouver un sèche-cheveux sur le camping. Ce matin, c’était rock’n’roll ... voyez plutôt. 

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En enfilant pour le 14ème jour d’affilée le même teeshirt sous la même polaire (que je mets aussi pour dormir et qui depuis l’incident du Briquet Mouillé me sert aussi d’étui à briquet #multifonctions), j’ai constaté que - pour l’instant en tout cas - je ne m’en lassais pas. Au contraire, c’est assez reposant d’éliminer tous ces choix : la seule décision qui me reste à prendre le matin, c’est de savoir si je mets un short ou un pantalon - c’est l’étendue de mes options, et vu les températures quand je me réveille, ça va assez vite. Pourtant, je m’intéresse assez peu à la mode, même si je n’y suis pas imperméable ; j’ai toujours travaillé dans des environnements qui n’ont jamais nécessité de refonte de ma garde-robe ; et mon dressing est coordonné histoire que tout aille avec tout - ce qui malheureusement veut dire que j’ai le placard d’un nationaliste, tout est bleu, blanc ou rouge. Enfin bon. Je veux dire que je me situe assez bas sur l’échelle des  préoccupations liées aux fringues. Et pourtant, j’ai l’impression rétrospectivement d’y avoir consacré un temps incroyable. Un peu d’argent, aussi - je peux même le quantifier précisément puisque je note toutes mes dépenses liées à ça dans un tableau excel (je ne suis pas folle vous savez). Mais surtout, du temps - à regarder, comparer, acheter, renvoyer, discuter, regarder encore. Je ne suis pas en train de vivre une révolution personnelle, mais ça fait vraiment du bien. Ça me laisse le temps de réfléchir à d’autres trucs, par exemple à ce que je vais écrire ici. Tout le monde suit ?

Bon, j’ai bien fait de choisir le camping où j’étais hier, car c’était en fait (je n’avais pas vu) le tout début de la côte de granit rose. C’était très beau dans la lumière du matin, cette pierre rose-orangée patinée, l’archipel des Sept Îles au loin et le contraste avec la mer si bleue aujourd’hui. J’avais l’impression d’avoir une chance immense. 

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C’est le moment où je vais être un peu sentencieuse, pardon d’avance : les barrières sont là pour quelque chose dans ce genre d’endroit très touristique. C’est moins drôle que de grimper partout, mais il est indispensable de les respecter, vu le volume de visiteurs - et s’il y a trop de monde, je vous conseille d’y aller un 14 mai à 9h du matin : j’étais toute seule. Je vous laisse la photo du conservatoire du littoral et j’arrête de prêcher.

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J’ai donc passé un moment hors du temps parmi ces blocs fous, à regarder la couleur changer avec le soleil qui se levait - sur un sentier en plus ultra aménagé, et je dois dire que parfois, ça fait du bien de se laisser porter. 

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Je suis vite arrivée à Trégastel où je suis allée acheter un briquet (enfin) et me ravitailler. J’ai posé mon sac à l’entrée du magasin : quand je fais ça, les gens doivent se dire que j’ai trop bu, car je suis déstabilisée par l’absence du poids et je titube littéralement. Classe. Depuis que j’ai eu deux trois coups de stress, j’ai toujours peur de manquer de nourriture, mais là j’ai un peu craqué : mon sac devait faire 15 kilos quand je suis repartie. En même temps, vu comment je mange, j’ai de quoi me nourrir peut-être 3 jours. Et puis j’ai visiblement de nouveau été lobotomisée par l’industrie agro-alimentaire puisque je suis ressortie avec des Smacks - ouiii je sais ça n’a aucune valeur nutritionnelle mais comme de toute façon j’ai faim quoi qu’il arrive, autant prendre un truc que j’aime, non ? Quand je dis « un truc que j’aime » : ça doit faire 10 ans que je n’ai pas touché à ces céréales, mais ça m’obsédait depuis quelques jours. Dont acte. 

J’ai mangé (un maximum de trucs pour alléger mon sac) assise contre un gros bloc de granit qui me chauffait le dos, au bord de l’eau. Je suis allé m’y tremper les pieds, ce qui m’a bien dissuadée de vouloir y tremper autre chose : elle était glacée. Pourtant je suis assez solide niveau température de l’eau, mais là, ouch. 

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L’après-midi s’est passée en bord de mer, sur des plages de sables blanc et d’eau turquoise désertes. Je n’ai pas vu défiler les kilomètres. 

Ce soir je suis de nouveau dans un camping (le bivouac commence à me manquer !). J’ai posé le briquet que j’avais récupéré hier bien en évidence sur la table de pique-nique : il dépannera bien quelqu’un d’autre ... C’est du bon karma. Ceci dit, j’ai laissé il y a quelques mois sur une plage des Canaries un sac à dos Patagonia avec à l’intérieur 20€ et une paire d’écouteurs : j’attends toujours que l’univers me les renvoie. 

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J’ai fini de relire Wild, c’était chouette de le relire en « y étant » ! Et puis contrairement à Bill Bryson (qui arrête vite sa randonnée de l’Appalachian Trail pour n’en faire que des sections), Cheryl Strayed fait une bonne partie du PCT - et toute seule. Je crois quand même que ça m’avait plus émue la première fois - j’avais noté que j’avais pleuré ! ce n’était pas le cas cette fois, mais c’était beau et bien écrit quand même. Je viens de commencer « On ne naît pas soumise, on le devient » : c’est un titre un peu provocateur mais c’est en fait un livre de philo féministe, j’en reparlerai après l’avoir lu. Je vais d’ailleurs aller faire ça, en essayant de ne pas m’endormir dessus ... 


Jour 13 : Plougrescant - Perros-Guirec

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Jour 13

🔥Date : 13 mai

🔥Distance : 33 km

🔥Départ - Arrivée : Plougrescant - Perros Guirec

🔥Briquet vs moi : 2-0

Je pars un peu plus tard que d’habitude ce matin - je suis en route vers 9h30. Je culpabilise deux minutes, avant de me rendre compte qu’au moins, je ne suis pas la dernière à partir : à quelques mètres du sentier, je croise un mec en train de défaire son bivouac. Mais ... eh oui, c’est bien mon ami au sac à dos de la veille. En slip, l’air mal réveillé, un keffieh blanc sur la tête comme si nous étions dans le Sahara (et pas dans les Côtes d’Armor). Il a installé sa tente canadienne XXL juste à côté du GR - et d’un panneau « interdit de camper ». Ah, ces jeunes ! Il me fait penser à Michael Scott dans cet épisode de The Office où il part dans la forêt muni uniquement d’un couteau suisse. Classique. Bon, j’arrête de faire ma vieille routarde avec mes deux semaines de rando dans les jambes, et j’y retourne ... 

Le sentier ce matin passe parmi des gros blocs de rocher, et c’est vraiment très beau. D’ailleurs j’arrive à un spot que j’avais repéré sur Google il y a des mois je ne sais plus comment - cette jolie maison entre deux rochers. Ce n’est pas la seule qui utilise la roche comme ça, mais c’est vrai que c’est joli, et surtout je ne reviens pas d’être arrivée jusqu’ici !!

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10h30 : j’ai faim. Encore et toujours. Il y a longtemps que j’ai abdiqué et que je fais des pauses saucisson en milieu de matinée si j’en ressens le besoin, mais c’est assez étrange de changer de mode d’alimentation comme ça : déjà, je mange beaucoup de charcuterie. Chez moi, ça fait des années que je n’achète plus de viande, même si j’ai continué à en manger à l’extérieur ; c’est un peu bizarre, du coup. Je précise qu’il est totalement possible d’être végétarien en randonnée, mais je n’ai pas la volonté de remplacer ce que la charcuterie amène aussi facilement (des protéines, des calories, du sel). C’est l’autre truc étrange : c’est un changement de paradigme complet de se mettre à chercher les aliments avec le plus de calories. Si on est une fille dans un pays occidental, on a forcément appris, un jour ou l’autre, à faire exactement le contraire (et je parle du point de vue de quelqu’un de privilégié à ce niveau-là) ; c’est assez renversant. 

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Je continue mon exploration du Trégor : l’eau est turquoise et les paysages magnifiques. C’est la première fois que j’ai vraiment envie de me baigner. Je vois aussi quelques plages où les vagues ont l’air chouette ; si j’en crois mes conversations de télésiège de cet hiver, il devrait y avoir quelques spots de surf sympas dans le coin. On verra. 

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Bon, par contre, c’est beaucoup plus touristique : ça veut dire plus d’infrastructures (de toilettes !) mais aussi plus de gens (je recroise mon ami enturbanné au moins 5 fois dans la journée) et zéro possibilité de bivouac (on aura compris que si c’est pas SAUVAGE, je n’y vais plus). 

Je passe donc un premier camping en me disant que je vais plutôt viser celui d’après, qui est au bord d’une plage de sable - pour l’instant, c’est surtout des galets qui donnent du fil à retordre à mes chevilles - histoire de pouvoir enfin aller me baigner. C’est marrant, avant de venir ici j’avais imaginé que j’irais nager tous les jours ... en fait, la perspective de remettre des fringues sur une peau pleine de sel et de continuer à randonner ne m’attire pas du tout. Enfin ceci n’a aucune importance, puisqu’à peine ai-je dépassé le camping numéro 1 qu’un vilain vent du Nord se lève. Je n’ai plus du tout envie de me baigner. Je n’ai pas non plus envie de faire demi-tour, donc je persévère vers le numéro 2, mais l’arrivée à Perros Guirec me parait interminable. 

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Finalement, le vent se calme un peu quand j’arrive, mais j’ai fait 33km et je n’ai aucune envie de ressortir ne serait-ce que mettre les pieds dans l’eau. Tant pis, j’abandonne et je prépare mon dîner - et c’est là que mon briquet me lâche pour de bon. Évidemment, je ne veux pas ressortir pour trouver un hypothétique tabac mais me croirez-vous ? J’ai un flash, et je cours jusqu’au bloc sanitaire où m’attend, sagement posé près d’un bac à linge, un briquet. Qui marche. Et que je m’approprie, considérant que c’est un cas de force majeur et que c’est pour tous ceux que j’ai perdus en soirée (c’est à dire pas tant que ça, puisque je ne fume pas, mais l’argument me plait bien). Mes pâtes seront cuites !! Demain, je devrais voir le fameux granite rose ...

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