Jour 6 : Planguenoual - Saint-Brieuc

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Jour 6

🌱Date : 6 mai

🌱Distance : 30 km

🌱Départ - Arrivée : Planguenoual - Saint-Brieuc

🌱Couleur des algues : vertes ...

Brrr, j’ai eu froid cette nuit ! Pourtant le vent était tombé, mais les températures ont suivi. Bon, je ne regrette pas : j’étais trop bien sur mon promontoire au milieu des pins, face à la mer ... 

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J’avance doucement vers Saint-Brieuc : je m’arrête au port du Jospinet (le petit Jospin !! Non, ça veut dire autre chose - que je n’ai pas retenu) trouver des toilettes et par conséquent me brosser les dents. Il y a des dizaines de minuscules ports comme ça en Bretagne mais certains sortent du lot sans que je puisse expliquer pourquoi, comme celui-ci ou Port-Dahouët où je suis passée la veille et serait bien restée plus longtemps - par exemple dans le vieux hangar à bateaux réhabilité en grande halle. Je connaissais très mal les Côtes d’Armor, mais pour l’instant c’est très chouette.

Je repense à ma mère, hier, qui m’a demandé avec un petit air d’appréhension si j’avais réfléchis à ma vie (craignant sans doute que je lui annonce ma reconversion en trapéziste). Ben en fait, pas tant que ça. Je réfléchis à où je vais trouver de l’eau, ce que je vais manger, où je vais dormir, le nombre de kilomètres que j’ai faits, à quel point il devient urgent de faire une lessive, dans quel état sont mes pieds aujourd’hui, j’essaie de deviner si les gens que je croise vont répondre quand je vais leur dire bonjour, je cherche le nom des oiseaux que je vois, j’écris l’article du soir dans ma tête et parfois (souvent) je ne pense à rien, parce que je suis trop occupée à regarder la vue, ou mes pieds, ou à souffrir, ou parce que - moi qui suis une si mauvaise élève en médiation - j’arrive enfin un peu à ne penser à rien. 

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J’arrive à la Chapelle Saint-Maurice pour ma première pause : moi qui suis totalement athée, j’ai toujours un petit faible pour les chapelles dédiées aux marins. Celle-ci se dresse sans prétention face à la baie de Saint-Brieuc : je l’aime beaucoup. 


Bien sûr, une telle sérénité d’esprit ne pouvait pas durer. Pour passer sur la rive d’en face, il faut remonter le cours du Gouessant car le barrage est plusieurs centaines de mètres en amont. Impossible de songer traverser, c’est trop profond et plein d’algues vertes - une constante malheureuse dans la baie. Bon, ça change de la mer ... Mais évidemment, le sentier ne suit pas le cours de la rivière. Oh non. Ce serait trop facile. Non, le sentier mooonte et descend et reeeemonte et reeeedescend pendant des plombes. Je maudis tour à tour les douaniers (instigateurs de cette mascarade rappelons-le), ma mère (qui m’a mise au monde et est par conséquent responsable de cette situation) et Emmanuel Macron (qui doit bien y être pour quelque chose). J’ai les mollets en feu. Je suis sur un des sentiers de trail de la commune d’Hillion : je croise d’ailleurs un panneau « Entraînement en côte : C’est maintenant le moment où vos muscles vont souffrir un peu ... Mais rassurez-vous, cela vous fera finalement du bien et vous aidera pour vos prochains objectifs ». DES BAFFES SE PERDENT !! 

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J’atteins enfin un camping qui fait snack. Deux couples dans la salle font la gueule en regardant en silence leurs modules-frites. Ambiance. Je m’installe entre les deux et hésite à lancer un petit « C’est à bâbord, qu’on gueule, qu’on gueule ... » pour voir si ça réchauffe l’atmosphère, mais finalement je prendrai juste un burger et une grande carafe d’eau, silvouplait. 

De là où je suis, Saint-Brieuc est tout proche, mais de l’autre côté de la baie. Again. Et là, entre la vitesse à laquelle la mer monte et les algues vertes, on n’essaie même pas de traverser même si c’est très très tentant, HEIN SOPHIE ? Bon. À la place, je me tape un détour pas très fun (qui a le mérite d’être plat) qui passe par des petits bleds résidentiels. Problème : je suis en short et il fait de nouveau très froid. Mais impossible de se changer : je suis coincée entre la baie et des kilomètres de maison et la perspective de montrer mes fesses à tout le monde m’enchante assez peu (que tous ceux qui se remémorent une anecdote (parmi des milliers) impliquant mes jupes perpétuellement trop courtes se taisent à jamais, bien cordialement merci). 

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Je trouve finalement des toilettes pour faire le plein d’eau et une lessive rapide en cas de bivouac. Je passe quelques spots, mais il n’est que 17h30 et je ne suis pas fatiguée. Je continue ... je continue ... jusqu’à me rendre à l’évidence : j’arrive aux abords de Saint-Brieuc. Allez, je craque, je prends un hôtel. En plus le temps s’annonce franchement moche ces prochains jours (comme les gens tiennent à me le rappeler) : autant profiter de cette nuit, d’autant que j’ai déjà deux jours d’avance sur le planning prévisionnel. 

Je vous écris donc d’une chambre d’hôtel rien que pour moi, où résonne le nouvel album de Vampire Weekend (enfin !). J’ai accroché ma lessive un peu partout ... Demain, j’entame le nouveau tronçon du sentier (Saint-Brieuc - Morlaix). Mais ça, c’est demain !



Jour 5 : Erquy - Plangenoual

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Jour 5

🍦Date : 5 mai

🍦Distance : 25 km

🍦Départ - Arrivée : Erquy - Planguenoual

🍦Glace du jour : « Exotic gingembre (😏) » - Blé noir

Départ un peu tardif de mon camping de doux rêveurs (voila le lien) ce matin. En faisant la lessive hier, je n’ai lavé que trois chaussettes ; je m’en suis aperçu en retrouvant la 4ème, que j’ai décidé de ne pas laver, « au cas où les autres ne seraient pas sèches demain ». Bien vu l’aveugle : les autres sont effectivement trempées quand je me réveille. J’ai le choix entre enfiler une chaussette mouillée ou y aller à demi-pied nu. C’est le moment de vous révéler que je DÉTESTE porter des habits mouillés et encore plus avoir les pieds mouillés - ca me donne littéralement envie de vomir. J’y vais donc à demi pied nu - de toute façon je boîte déjà (même si ça va beaucoup mieux) donc ça ne peut pas être bien pire. Le reste de la lessive sèchera sur mon sac. 

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Le sentier est magnifique et très ensoleillé ce matin ; il passe par la pointe des 4 vents, où un mec fait voler un avion miniature. Je ne me hâte pas : j’ai rendez-vous avec la team LG (mes parents quoi) dans le port d’Erquy à 12h30. Je passe par des spots qui feraient de belles voies d’escalade, et je croise d’ailleurs des gens encasqués ; mais PAS LE TIME. Je me suis promis que si j’arrive assez tôt à Crozon, j’essaierai d’en faire là-bas. 

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J’arrive même en avance au point de rendez-vous, mais je ne vais pas faire de zèle : après tout c’est les vacances. En plus je viens de commencer « A walk in the woods » de Bill Bryson (merci Joyce !) après avoir fini sans l’avoir adoré « Less » d’Andrew Sean Greer. Le nouveau me plaît mieux et surtout, il raconte la traversée de l’Appalachian Trail alors forcément ... 

La voiture de mes parents arrive enfin et en sort ... ma grand-mère. Youpi ! Les petits cachotiers ne m’ont rien dit, je suis trop contente de la voir. Une rando comme ça, c’est compliqué à mettre en œuvre sans un « support system » : évidemment mes parents assurent une grosse part logistique, mais le soutien par textos compte aussi beaucoup, et là-dessus, c’est la meilleure. On se dirige vers une crêperie pour se raconter nos derniers jours : ils n’ont pas l’adresse du blog (c’est pour leur bien) donc j’ai tout, ou presque, à leur dire. Nous avons également quelques tractations à faire : je leurs rends sans regret mes optimistes maillot de bain et débardeur, et ma mère sort les provisions : ce que je lui avais demandé, mais aussi, évidemment, papa t’a tranché de la coppa (mes parents et leur trancheuse à jambon ...), et regarde je t’ai amené une ginger beer (moi : *330 grammes*), bref : je repars chargée comme un mulet, mais heureuse. Et assurée de ne pas mourir de faim. 

une fleur pArmi les fleurs <3

une fleur pArmi les fleurs <3

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Avec ça j’ai pris du retard sur mes kilomètres donc je trace jusqu’à Pléneuf. D’ici je vois déjà (touuut au loin) Paimpol où je devrais être dans une semaine. C’est fou de pointer un cap et de dire « je vais là », À PIED ! Je ne m’en lasse pas. 

Je rigole toute seule sur le sentier en écoutant « À bientôt de te revoir », l’excellent podcast de la non moins excellente Sophie-Marie Larrouy. Je me passe quand même en général des écouteurs, qui coupent le contact avec le monde extérieur. Par exemple, j’aurais loupé le papy qui, avec son air de marin sorti d’un vaisseau pirate, m’a regardé avec un si grand sourire que j’ai fini par lui demander « Ça va ? » et lui de me répondre « Bah et toi ? Tu vas où comme ça ? » comme si on était des vieux potes. Je me marre ! D’ailleurs quand on me pose la question (souvent), je fais toujours la même blague : « dans le Finistère sud ... mais pour ce soir je vais m’arrêter avant... huhuhu ». Ne me jugez pas, j’amorce le contact comme je peux ! 

voix de ma mere  OOOOH T’as pris des Couleurs !!

voix de ma mere OOOOH T’as pris des Couleurs !!

Les derniers kilomètres sont magnifiques, j’en prends plein les yeux. C’est fou comme le paysage a changé, déjà, depuis Saint-Malo ... J’ai installé mon bivouac face à la mer, pour une fois côté coucher de soleil. Ça donne une autre saveur à mon quinoa instantané, je peux vous le dire !

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