Jour 19 : Primel-Trégastel - Morlaix

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Jour 19

🍏Date : 19 mai

🍏Distance : 25 km

🍏Départ - Arrivée : Primel-Trégastel - Morlaix

🍏Fruits et légumes par jour : > 5 !!i

Réveil matinal : j’ai quelques kilomètres jusqu’à Morlaix, et j’aimerais bien ne pas arriver trop tard. Le temps est magnifique ce matin et j’ai une vue dégagée sur ce qui m’attend pour la suite : Roscoff est au bout - et je vois l’île de Batz ! J’en ai des très bons souvenirs, qui datent d’il y a 15 ans peut-être, et d’ici quelques jours je serai en face - je n’arrive toujours pas à me dire que je fais tout ça à pied. 

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Pour me récompenser des efforts d’hier j’imagine, c’est un sacré paradis ce matin : le sentier est plat, les lapins traversent juste devant moi, la mer est bleue. Le bonheur. J’ai quand même le droit à quelques passages de plages de galets, ce qui me permet de jouer à mon jeu préféré « quel est l’endroit où je peux poser le pied sans me casser la gueule ? »    

Avec tout ça la matinée passe très vite, d’autant que je m’autorise un petit raccourci et que je coupe la péninsule de Barnenez. A chaque fois que je fais ça, je repense à un vieil épisode de Coyote et Bip-bip qui montrait des images de course de F1 où un pilote coupait un des virages, et on entendait la voix off dire « Eeeet Coyote coupe le fromage ! ». Ma voix off intérieure me souffle donc « et Sophie coupe le fromage » - sans trop de scrupule. 

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Je dois vous parler des avocats ici (sujet d’importance !!!). J’en achète de temps pour mes sandwichs et à chaque fois, je trouve des avocats mûrs juste comme il faut et délicieux. Autant vous dire que c’était le cas 0% du temps dans mon Carrefour du 19e arrondissement. De là à dire que les parisiens sont obsédés par les avocats et les bretons beaucoup moins, il n’y a qu’un pas que je franchis allègrement. 

Bon, bref, je mange mon avocat (mûr à point) et je trace vers Morlaix : le sentier passe par la forêt, c’est plat, ça m’arrange, tant et si bien qu’à 15h, j’ai fait 25 km et je me présente, fière comme Artaban, à l’auberge de jeunesse de Morlaix. Genre : ta-daaaa ! Où est ma médaille ? Je ne vais pas répondre de manière vulgaire à cette question, mais ça le mériterait, car l’auberge de jeunesse est fermée. Jusqu’à 18h. J’ai donc 3h à combler dans Morlaix - et avec mon sac sur le dos, je n’ai vraiment aucune envie d’aller à la découverte des merveilles qu’elle contient à n’en pas douter. 

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Je suis passablement énervée, mais bon qu’à cela ne tienne : je vais en profiter pour aller faire ma lessive. Problème : tout ou presque ce que je dois laver se trouve sur mon dos. Solution : il y a, par un genre de coïncidence fabuleuse, des toilettes juste en face du lavomatic. Ceci étant dit, je déteste tellement perdre du temps que je me serais probablement dessapée directement devant les machines si ça n’avait pas été le cas. Je me retrouve  donc en short et Kway devant la borne de paiement. La machine coûte 3,80€. J’ai 3,60€ sur moi ; tant pis, je mets un billet de 20€ - dont la monnaie me sera bien sûr rendue en pièces. On respire. 

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Je vais me poser sur un banc au soleil à regarder les bateaux du port de plaisance et essayer de faire vaguement sécher mon linge (#hikertrash) quand un type qui fait le tour de la France à vélo m’aborde pour savoir si j’ai trouvé un hébergement pour ce soir. Je lui montre l’auberge de jeunesse qui est 100m plus loin, mais en fait, ce qu’il veut vraiment, c’est m’expliquer à quel point les gens sont mal-aimables en Bretagne, qu’il n’a jamais vu ça, que d’ailleurs eux dans le sud-ouest ils sont envahis de bretons (alors que, me dit-il, vous croyez que les basques veulent venir en Bretagne ?) que les seuls gens sympas qu’il a croisés ne sont pas des bretons et d’ailleurs qu’ils lui ont tous dit à quel point c’était pourri ici. Je ne vois pas pourquoi ce serait à moi de le faire changer d’avis, donc je me contente de hocher vaguement la tête. Il comprend que je suis moi-même bretonne, ce qui ne l’arrête pas du tout dans ses élucubrations, et il continue à me soûler avec ses questions auxquelles je n’ai pas la réponse, genre : et elle va où la route là ? Eh dis donc mais il fait froid il va neiger là non ? (NB : il fait 15 degrés, grand soleil) Et pourquoi ça coûte aussi cher les airbnb ? Il finit par conclure qu’il ne remettra plus jamais les pieds ici. Ma réaction est la même que la fois où, quand  j’étais en stage chez IKEA, un mec avait voulu embarquer un tabouret à 3 balles exposé en rayon ; quand je lui avais expliqué où le trouver au sous-sol, il m’avait dit en substance que non, c’était celui là ou rien et que du coup, il ne l’achèterait pas, ce tabouret à 3€ : oh, non, zut

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Bref, l’auberge finit par ouvrir, le relou trouve une chambre, on me donne la clé de celle qui m’était réservée. La bonne nouvelle, c’est que mes parents, qui étaient dans le Finistère ce week-end, font finalement un crochet pour me voir - avec un ravito d’exception comme ils savent les faire. Outre leurs qualités logistiques (mieux qu’une voiture balai du Tour de France), je dois leur reconnaître une indéniable grâce sociale : je suis, à ce moment là, toujours habillée dans ma tenue spéciale « jour de lessive », Kway et pantalon de pluie. Je ressemble donc à un sac poubelle géant, ce qui n’empêche pas la team LG d’aller prendre un café avec moi - en public. Ils sont incroyables

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Je finis par rentrer à l’auberge, chargée de provisions et ayant récupéré au passage une gigantesque salade Subway (des LÉGUMES). Je ne peux pas m’empêcher de penser à ce que doivent se dire les gens qui m’ont vue sortir de l’auberge, habillée littéralement comme un sac, monter dans la voiture de deux inconnus et revenir une heure plus tard, toujours aussi mal sapée mais avec une salade en plus. Oh well

Sur ce, je vais dormir : un rattrapage Netflix m’attend. Demain, j’irai visiter un peu Morlaix, sans mon sac cette fois, et en priant pour que l’autre relou soit allé voir ailleurs si j’y suis. Au fait, j’ai 3 jours d’avance sur mon programme ! Le prochain gros échelon, c’est Le Faou, où j’avais prévu d’arriver le 5 juin. Comme ça ne sert à rien (pour plein de raisons) que je sois trop en avance, j’ai quelques idées pour occuper ces 3 jours, mais je ne vous en dis pas plus pour l’instant ...

Jour 18 : Locquirec - Primel-Trégastel

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Jour 18

🔃Date : 18 mai

🔃Distance : 25 km

🔃Départ - Arrivée : Locquirec - Primel-Trégastel

🔃Mood de la journée : montagnes russes

Démarrage un peu tardif ce matin : la grasse mat’ m’a été imposée par les horaires d’ouverture de l’accueil, où je devais régler ma nuit. Ça ne m’arrange pas, car j’ai deux grosses journées au programme : en étudiant le topo guide, j’ai vu que Morlaix était à une (bonne) cinquantaine de kilomètres et j’ai donc décidé d’y réserver une chambre à l’auberge de jeunesse pour dimanche. En route, donc, mais pas sans avoir replié toutes mes petites affaires sous l’œil inquisiteur d’un groupe de randonneurs qui passait par là (puisque ma tente est littéralement sous le GR). Bonjour ... bonjour ... bonjour ... 

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Évidemment, je ne choisis pas l’option la plus facile : le panneau m’indique une « variante marée basse » et la marée est ... « pas tout à fait haute », ce que je prends pour un signe d’approbation. Mon interprétation un peu libre des consignes m’envoie me casser la figure dans les rochers pendant 20 bonnes minutes avant d’émerger au centre ville de Locquirec. J’ai repéré une épicerie sur la carte et quand j’arrive, miracle, les trois mots que j’aime le plus lire en ce moment : « dépôt de pain ». Hallelujah ! Je pars bien équipée à la conquête du littoral de ce côté-ci qui est sérieusement accidenté. 

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Je vois mon premier spot de surf ! Pas de quoi me tenter (pour l’instant), mais ça fait plaisir de passer dans des endroits qui sentent la Néoprène mouillée (miam) et de voir des gens dans l’eau. Il y a aussi beaucoup de plongeurs. Moi je suis un peu plongée dans mes méditations ce matin : j’ai décidé de recommencer à apprendre des poèmes par cœur. J’en connaissais beaucoup à une époque, et puis j’ai tout perdu. Le sentier est assez facile à suivre pour me permettre d’avoir un œil sur mon téléphone, et je commence par des textes que je connais entre quasiment en entier, pour m’échauffer (quelques fables de La Fontaine, I wandered lonely as a cloudde Wordsworth, The Road Not Takende Frost...). C’est rigolo de faire ça et ça me rappelle mes années de prépa, où je travaillais mon l’élocution en emmenant mon Anthologie bilingue de la poésie anglaisedans le parc du lycée Lakanal, qui se prêtait particulièrement bien à ce genre d’activités de poète maudit avec ses fontaines couvertes de mousse et ses bancs décrépis. Remercions l’univers que personne ne me soit jamais tombée dessus en train de faire ça. 

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A partir de la plage de Vilin Izella, ça se gâte sérieusement. Je l’avais lu dans le topo mais pour une raison qui m’échappe, je n’ai pas pris assez d’eau, et je m’en mords les doigts : le sentier grimpe et descend en permanence sur 10 km - pour 700m de dénivelé. Il faut être sacrément motivé, d’autant que ce n’est pas entretenu et que j’ai parfois des herbes (et des orties !) jusqu’aux épaules (pas facile de faire venir un taille-bordure ici, j’imagine - mais j’ai une connaissance assez limitée des taille-bordure). Je sens bien les 10 km passer. En même temps, je suis toute seule sur mes falaises, et j’ai la sensation pas désagréable d’être le maître du monde. Et le paysage est incroyable - sans doute un des plus beaux que j’ai vus jusqu’ici. Ceci étant dit, j’ai rarement été aussi heureuse de voir une plage - en l’occurrence celle de Saint-Jean-du-Doigt (encore un nom chelou), qui marque la fin des falaises. 

le gr esr lA dedans

le gr esr lA dedans

Foutue pour foutue - et complètement assoiffée - je fais un détour par Plougasnou. Alors oui, c’est un détour ridicule - 1 km aller retour. Mais laissez moi vous dire que pour me déloger de ce GR ne serait-ce que de 200m, il faut avoir de sérieux arguments - des pains au chocolat par exemple, ou dans ce cas précis : un grand Coca. Je suis déçue de voir arriver un coca-de-chez-Coca-Cola classique (moi qui suis désormais habituée à ne boire que des Breizh Cola !), mais ça me permet d’écouter les habitués du bar se plaindre de leur bled, qu’ils jugent trop chic par rapport au Trégor (qui est plus casual, je présume). Je ne veux pas intervenir comme une lourdingue, mais a priori, « chic » n’est pas précisément le terme qui me viendrait en premier pour décrire Plougasnou. Enfin je ne vais pas me plaindre : ils ont du coca et c’est tout ce que je leur demande. Mon petit arrêt me permet aussi de revoir tous les randonneurs de ce matin (je les avais doublés dans l’après-midi). Ils passent devant ma terrasse un par un et, me reconnaissant, s’arrêtent tous au fur et à mesure pour me dire avec des grands yeux : « C’était dur, hein ??? ». Je ne peux qu’acquiescer.

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Ma journée à moi n’est pas terminée, mais en voyant la tête du sentier quand j’y retourne, je comprends vite que je ne vais pas faire les 30 bornes prévues. Ca monte, ça descend, j’ai envie de me laisser rouler jusqu’à la plage et qu’on arrête de m’embêter avec ces falaises. C’est le moment de faire un compromis entre moi et moi : je vais jusqu’au camping suivant. Nous sommes toutes les deux d’accord (moi et moi, je veux dire). Il se trouve que j’ai très bien choisi : il est à 2 mètres du GR et ils proposent des SEAUX À COMPOST, ce qui est sans doute l’argument marketing numéro 1 quand on veut me séduire. Je serais presque restée plus longtemps !


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Luxes ultimes : il y a une grande salle avec une bouilloire, ce qui m’évite pour ce soir le numéro d’équilibriste « casserole d’eau posée sur un minuscule trépied lui même vissé sur une minuscule bombonne de gaz ». Et du wifi, ce qui m’évite de faire plus attendre Denis Brogniart, à qui j’ai sûrement beaucoup manqué. Youpi ! Demain, je ne traîne pas, Morlaix m’attend ...