Jour 7 : Saint-Brieuc - Binic

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Jour 7

🍝Date : 7 mai

🍝Distance : 20 km

🍝Départ - Arrivée : Saint-Brieuc - Binic

🍝Pâtes du jour : carbo instantanées (beaurgh)


Je me suis réveillée en trombe dans mon grand lit king size à ... 7:40. Bonjour la grasse mat. C’est littéralement la première fois que ça m’arrive. Il faut croire que j’ai pris l’habitude ... Et il faut dire qu’un sale rêve m’a tirée du sommeil. Dans ces cas-là, je suis bien contente d’avoir l’option « envoyer un texto à sa meilleure amie pour se plaindre d’un truc purement fictif créé par son subconscient », et de recevoir, à même pas 8h du mat, exactement ce que j’avais besoin d’entendre. Je vous ai déjà dit que j’avais de la chance ? J’ai de la chance. 

Bon, il y a des trucs pires dans la vie que de paresser quelques heures avec un bouquin et un grand café. Je repars vers midi faire quelques courses : du baume à lèvres (j’ai compris après quelques jours que le sel m’attaquait littéralement le visage, je vais me momifier), Ouest-France bien sûr, et quelques provisions. Je dois me rendre à l’évidence : les Trésors de Kellogg’s ont autant de valeur nutritionnelle qu’un bout de carton (je sais, moi aussi ça me désole). J’ai faim à peine une demi heure après avoir mangé mon petit-dej, il est donc temps de changer de stratégie. J’attrape des crackers et une tablette de chocolat, on verra ce que ça donne. 

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Le centre ville de Saint Brieuc manque un peu de charme, et je n’en peux plus de ces cafés instagrammables qui se ressemblent tous, avec les mêmes menus en anglais (alors que je dois être la première touriste à mettre les pieds à Saint-Brieuc depuis 1912), « but first coffee », petite plante sur la table et tutti quanti. Je ne dis pas qu’il faut servir du kouign amann à tous les coins de rue, mais bon, ça me déprime un peu. 

Bon, j’arrête de me plaindre et je retourne sur le GR, où l’après-midi se passe tranquillement : il pleut par périodes, mais rien de trop intense. Je repense à ce proverbe anglais, « the trail provides » : à chaque fois que je commence à m’inquiéter sérieusement pour un truc (surtout l’eau), je finis par trouver un robinet. Magic !

Je commence la deuxième section du GR (la première étant Mont-Saint-Michel > Saint Brieuc). Elle devrait m’emmener à Morlaix en ... 15 jours. Ça me semble terriblement long et en regardant la carte hier j’ai eu un petit moment de panique, genre « rappelez moi pourquoi je fais ça déjà ?! ». Mais je vais y aller par jalons, et le premier m’attend dans quelques jours : Paimpol et l’île de Bréhat. Bill Bryson dit dans son récit de l’Appalachian Trail que seuls les marcheurs ont conscience de l’immensité des échelles planétaires ... 

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Pas trop de kilomètres aujourd’hui, d’autant que je veux monter la tente avant l’averse (s’il elle vient). C’est chose faite et je vous écris pour de vrai cette fois d’un trou de verdure où j’entends la rivière. Je vais lire l’édition du jour de Ouest-France (qui m’indique que l’alerte sur la disparition de la biodiversité est entendue ... mouais). Envoyez moi du soleil pour demain ! 

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Jour 6 : Planguenoual - Saint-Brieuc

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Jour 6

🌱Date : 6 mai

🌱Distance : 30 km

🌱Départ - Arrivée : Planguenoual - Saint-Brieuc

🌱Couleur des algues : vertes ...

Brrr, j’ai eu froid cette nuit ! Pourtant le vent était tombé, mais les températures ont suivi. Bon, je ne regrette pas : j’étais trop bien sur mon promontoire au milieu des pins, face à la mer ... 

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J’avance doucement vers Saint-Brieuc : je m’arrête au port du Jospinet (le petit Jospin !! Non, ça veut dire autre chose - que je n’ai pas retenu) trouver des toilettes et par conséquent me brosser les dents. Il y a des dizaines de minuscules ports comme ça en Bretagne mais certains sortent du lot sans que je puisse expliquer pourquoi, comme celui-ci ou Port-Dahouët où je suis passée la veille et serait bien restée plus longtemps - par exemple dans le vieux hangar à bateaux réhabilité en grande halle. Je connaissais très mal les Côtes d’Armor, mais pour l’instant c’est très chouette.

Je repense à ma mère, hier, qui m’a demandé avec un petit air d’appréhension si j’avais réfléchis à ma vie (craignant sans doute que je lui annonce ma reconversion en trapéziste). Ben en fait, pas tant que ça. Je réfléchis à où je vais trouver de l’eau, ce que je vais manger, où je vais dormir, le nombre de kilomètres que j’ai faits, à quel point il devient urgent de faire une lessive, dans quel état sont mes pieds aujourd’hui, j’essaie de deviner si les gens que je croise vont répondre quand je vais leur dire bonjour, je cherche le nom des oiseaux que je vois, j’écris l’article du soir dans ma tête et parfois (souvent) je ne pense à rien, parce que je suis trop occupée à regarder la vue, ou mes pieds, ou à souffrir, ou parce que - moi qui suis une si mauvaise élève en médiation - j’arrive enfin un peu à ne penser à rien. 

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J’arrive à la Chapelle Saint-Maurice pour ma première pause : moi qui suis totalement athée, j’ai toujours un petit faible pour les chapelles dédiées aux marins. Celle-ci se dresse sans prétention face à la baie de Saint-Brieuc : je l’aime beaucoup. 


Bien sûr, une telle sérénité d’esprit ne pouvait pas durer. Pour passer sur la rive d’en face, il faut remonter le cours du Gouessant car le barrage est plusieurs centaines de mètres en amont. Impossible de songer traverser, c’est trop profond et plein d’algues vertes - une constante malheureuse dans la baie. Bon, ça change de la mer ... Mais évidemment, le sentier ne suit pas le cours de la rivière. Oh non. Ce serait trop facile. Non, le sentier mooonte et descend et reeeemonte et reeeedescend pendant des plombes. Je maudis tour à tour les douaniers (instigateurs de cette mascarade rappelons-le), ma mère (qui m’a mise au monde et est par conséquent responsable de cette situation) et Emmanuel Macron (qui doit bien y être pour quelque chose). J’ai les mollets en feu. Je suis sur un des sentiers de trail de la commune d’Hillion : je croise d’ailleurs un panneau « Entraînement en côte : C’est maintenant le moment où vos muscles vont souffrir un peu ... Mais rassurez-vous, cela vous fera finalement du bien et vous aidera pour vos prochains objectifs ». DES BAFFES SE PERDENT !! 

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J’atteins enfin un camping qui fait snack. Deux couples dans la salle font la gueule en regardant en silence leurs modules-frites. Ambiance. Je m’installe entre les deux et hésite à lancer un petit « C’est à bâbord, qu’on gueule, qu’on gueule ... » pour voir si ça réchauffe l’atmosphère, mais finalement je prendrai juste un burger et une grande carafe d’eau, silvouplait. 

De là où je suis, Saint-Brieuc est tout proche, mais de l’autre côté de la baie. Again. Et là, entre la vitesse à laquelle la mer monte et les algues vertes, on n’essaie même pas de traverser même si c’est très très tentant, HEIN SOPHIE ? Bon. À la place, je me tape un détour pas très fun (qui a le mérite d’être plat) qui passe par des petits bleds résidentiels. Problème : je suis en short et il fait de nouveau très froid. Mais impossible de se changer : je suis coincée entre la baie et des kilomètres de maison et la perspective de montrer mes fesses à tout le monde m’enchante assez peu (que tous ceux qui se remémorent une anecdote (parmi des milliers) impliquant mes jupes perpétuellement trop courtes se taisent à jamais, bien cordialement merci). 

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Je trouve finalement des toilettes pour faire le plein d’eau et une lessive rapide en cas de bivouac. Je passe quelques spots, mais il n’est que 17h30 et je ne suis pas fatiguée. Je continue ... je continue ... jusqu’à me rendre à l’évidence : j’arrive aux abords de Saint-Brieuc. Allez, je craque, je prends un hôtel. En plus le temps s’annonce franchement moche ces prochains jours (comme les gens tiennent à me le rappeler) : autant profiter de cette nuit, d’autant que j’ai déjà deux jours d’avance sur le planning prévisionnel. 

Je vous écris donc d’une chambre d’hôtel rien que pour moi, où résonne le nouvel album de Vampire Weekend (enfin !). J’ai accroché ma lessive un peu partout ... Demain, j’entame le nouveau tronçon du sentier (Saint-Brieuc - Morlaix). Mais ça, c’est demain !