Jour 2 : Saint-Lunaire - Le Guildo

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Jour 2

🏕Date : 2 mai

🏕Distance : 29,6 km

🏕Départ - Arrivée : Saint-Lunaire (camping de Longchamp) - Le Guildo

🏕Nombre d’ampoules : 6 ...

On ne peut pas dire que la nuit fut vraiment bonne ... sans qu’elle soit vraiment mauvaise non plus. Il faut dire que c’était la première fois que je testais mon sac de couchage ... et mon matelas ... et ma tente. C’était aussi la première fois de ma vie que je testais pour de vrai le backpacking : ça me plait beaucoup, et c’est quand même une bonne nouvelle, étant donné qu’il me reste un mois et demi. 

miam le bon café !

miam le bon café !


Le début de la journée est irréel : je décolle à 8h30 et à cette heure-là, je suis seule avec les traileurs (brotha from anotha motha) et les golfeurs (avec qui j’ai moins d’affinités). Le sentier dans ce coin-là - juste après Saint-Lunaire - est magnifique et j’ai le moral à 250 (sur une échelle de 249). Tout au fond, je vois le Cap Fréhel et son nez à-pic : rendez-vous dans 2 jours !

le cap Frehel est tout a droite

le cap Frehel est tout a droite

Bon, par contre, j’ai deux ampoules sous chaque pied ; il fallait bien que ça arrive, et c’est à ça que servent les Compeed. En plus, j’ai mal visé pour ma pause dej et je n’en peux plus des polders à la sortie de Lancieux. Je commence à criser : c’est plat, je m’ennuie, j’ai mal aux pieds et surtout : JE MEURS DE FAIM. Je suis à deux doigts de m’arrêter sur le bord de la route pour déjeuner d’un reste de saucisson et d’un Belvita (tristesse ultime), quand soudain au loin : un resto ouvrier. Va pour le resto ouvrier. Je commence à croiser les doigts très fort : « pitié, pas du boudin ... tout, mais pas du boudin… ». J’arrive devant un panneau : « un jeudi sur deux, couscous ! ». Oui, mais… Est-ce-qu’on est le bon jeudi ?

A l’intérieur tout le monde me dévisage. Je suis rouge comme un homard trop cuit, mon T-shirt est à l’envers et je ne travaille pas dans le BTP : donc, je détonne. La serveuse me place à table avec quatre types qui ne parlent ni entre eux, ni avec moi. Grosse ambiance à Trégon beach. Ceci dit à ce stade, je m’en fous. Je veux juste savoir. Couscous or not couscous ? Le menu du jour est affiché sur le mur ... et .... miracle ... ITS COUSCOUS DAY! J’en sauterais de joie si je n’avais pas aussi mal aux pieds. Pour ceux que la présence du couscous en Bretagne étonne, sachez que l’alternative était un croissant fourré jambon fromage. Convaincus ? Évidemment, rien à voir avec celui de l’Arc (dont les amateurs se reconnaîtront) mais c’était quand même pas mal.

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En repartant j’écoute le podcast « les couilles sur la table ». Je vous le conseille d’ailleurs, c’est très bien ; tellement bien même que, toute occupée que je suis à échafauder la destruction du patriarcat, j’en oublie de regarder où je vais et que je loupe un tournant. S’en suivent 20 minutes à patauger dans les orties de Saint-Jacut-de-la-Mer : je croise trois fois la même dame qui finit par m’indiquer, prise de pitié, la direction de la mer. Merci madame. 

Pause supermarché à Saint-Jac’, histoire de ne pas reproduire l’erreur d’aujourd’hui.  J’hésite longuement devant le rayon petit-déjeuner. « Sophie » (ainsi s’adresse à moi mon subsconscient) « Regarde les choses en face : vas-tu vraiment traîner 400g de Trésors de Kellogg’s (TM) au rapport calorie/gramme douteux ? Ne serait-il pas opportun de se contenter des Belvita ? » Hélas, chers lecteurs : je suis repartie avec les Trésors de Kellogg’s. C’est comme ça. 

saiNt-Jacut vu du Gildo (j’espere que tout le monde sUit)

saiNt-Jacut vu du Gildo (j’espere que tout le monde sUit)

Je me mets doucement en quête d’un spot de bivouac. C’est la première fois que je bivouaque, et par conséquent la première fois que je bivouaque seule ; je veux donc un emplacement 5 étoiles - mais avant ça il faut que je trouve de l’eau. J’hésite quelques secondes devant le Château du Gildo (où se trouve un robinet d’une eau que j’assènerai potable), mais sans être superstitieuse, j’ai TRÈS PEUR DE ME FAIRE RÉVEILLER PAR DES FANTÔMES. La suite n’est pas franchement mieux : à ma droite la falaise, à ma gauche des propriétés privées. Je suis à deux doigts de planter la tente directement sur le sentier quand miracle - un trou de verdure où change une rivière, ou presque. Un poil en pente si je ne m’abuse, mais j’ai fait 30 bornes et j’en peux plus ! Je trempe les pieds dans l’eau : ooooooh yeah. 

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Au menu ce soir : Korean Style Instant Noodles (spicy) avec vue sur mer. La vie est belle de ce côté de la barrière ! 

Jour 1 : Saint-Malo - Saint-Lunaire

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Jour 1

⭐️ Date : 1er mai

⭐️ Distance : 27 km

⭐️ Départ / Arrivée : Saint-Malo (plage du Minhic) - Saint-Lunaire

⭐️ Moral : on fire

Cette journée sentait le muguet et les grands départs. Fêter le 1er mai en se disant qu’on a devant soi six longues semaines sans aller travailler, c’était fou et c’était, je crois, exactement ce qu’il me fallait.

Je suis partie directement de la maison ce matin, pas aussi tôt que je l’aurais voulu, lunettes de soleil vissées sur la tête, genre Gilbert Montagné : il a fait gris toute la journée (quand il n’a pas fait beau #bretagne), mais je crois que mes satanées gouttes ophtalmiques me dilatent les pupilles, donc look « sous le sunlight des tropiques » obligatoire. 

Je me dis rapidement qu’il va falloir alléger mon sac. Ça, c’est le Kit Kat que m’a donné ma grand-mère avant de partir, c’est sûr. Ça travaille dans le bas du dos est un peu dans les genoux aussi ; je vais continuer à enlever (/manger). 

dernier regard (#Drama) sur le fort saint-père

dernier regard (#Drama) sur le fort saint-père

J’ai dû marcher 15 bonnes minutes avant de tomber sur ... mon oncle. Théorie du complot enclenchée immédiatement : mes parents ont payé des gens pour me suivre !!! Renseignements pris, non, il fait juste son footing. Il me briefe sur ce qui m’attend : « bon après le barrage tu verras le sentier est un peu casse-gueule, si tu fais un pas de côté tu dégringoles la falaise, mais je l’ai pas dit à ta mère » (ça c’est sympa). 


quand cest sYmpa mais que c’est pas pour toi

quand cest sYmpa mais que c’est pas pour toi

Je connais le début du parcours par cœur et j’hésite : tour des remparts or not ? Il est inclus dans le parcours du GR, et je sens que si je commence à prendre des raccourcis, je vais pas m’arrêter ... Va pour les remparts. Je croise un type en plein discours « Mais enfin, j’aime la mer, j’ADORE la mer même ! Non, ce que j’aime pas, c’est la plage ... » 

Ça défile, je suis vite arrivée au barrage de la Rance puis à Dinard. Là, on monte encore d’un cran en terme de villégiature parisienne vs Saint-Malo - tu sens le budget espace vert. Les mecs doivent avoir une ligne de crédit chez Jardiland c’est sûr ... C’est quand même très joli, quoiqu’un peu urbain à mon goût : je slalome entre les vieux beaux et les Stan Smith et ça redevient vite sauvage, des sentiers à flanc de falaise, des passages sur la plage (le tour des rochers, in real life), des tunnels d’ajonc et de violettes.

Quelqu’un pour identifier cette plante ?

Quelqu’un pour identifier cette plante ?

Le seul problème, c’est que j’arrive au camping à 16h, ce qui me semble un peu tôt ; d’ailleurs, ça fait 20 kilomètres au lieu des 25 prévus. Je ne sais pas si c’est mon podomètre qui déconne ou la trace GPX de la FFR, enfin qu’à cela ne tienne, je vais viser le prochain. Bon ... je me serais sans doute passée des deux derniers kilomètres, où j’ai surtout pensé à la douche qui m’attendait. Elle fut effectivement délicieuse. 

Moi qui d’habitude refuse de monter dans un métro si j’ai oublié mes écouteurs, j’y suis allée sans filet cette fois-ci - et sans problème. Seule dérogation : j’ai eu très envie d’écouter «  La petite chèvre de Monsieur Seguin ». C’est une histoire qui m’a beaucoup marquée et dont des bribes me reviennent régulièrement ; c’est bizarre d’ailleurs, je devrais en avoir retenu surtout la dernière partie, mais je me reconnais surtout dans Gringoire …

« Tu seras bien toujours le même, mon pauvre Gringoire !

Comment ! on t'offre une place de chroniqueur dans un bon journal de Paris, et tu as l'aplomb de refuser... Mais regarde-toi, malheureux garçon ! Regarde ce pourpoint troué, ces chausses en déroute, cette face maigre qui crie la faim. Voilà pourtant où t'a conduit la passion des belles rimes ! Voilà ce que t'ont valu dix ans de loyaux services dans les pages du sire Apollo... Est-ce que tu n'as pas honte, à la fin ?

Fais-toi donc chroniqueur, imbécile ! Fais- toi chroniqueur ! Tu gagneras de beaux écus à la rose, tu auras ton couvert chez Brébant, et tu pourras te montrer les jours de première avec une plume neuve à ta barrette...

Non ? Tu ne veux pas ?... Tu prétends rester libre à ta guise jusqu'au bout... Eh bien, écoute un peu l'histoire de la chèvre de M. Séguin. Tu verras ce que l'on gagne à vouloir vivre libre. »


Bon, je vous laisse : un formidable mélange de lentilles instantané m’attend, je dois faire quelques étirements pour soulager mon dos qui a quand même un peu souffert et ensuite j’irai rêver en pointillés rouges et blancs ...