Jour 15 : Trébeurden - Beg Léguer

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Jour 15

🐌Date : 15 mai

🐌Distance : 23 km

🐌Départ - Arrivée : Trébeurden - Beg Léguer

🐌Limaces sur ma tente ce matin : au moins 10

Je me suis réveillée ce matin avec une colonie d’escargots et de limaces ayant commencé l’ascension de ma tente par la face nord. Tout allait relativement bien (c’est à dire que je les expulsais un par un en fermant les yeux) quand j’en ai trouvé une dans ma casserole. Une seule solution : tout stériliser et passer à la javel. Malheureusement, je n’avais rien de tout ça sous la main, et je me suis donc contentée de tout passer sous le robinet en évitant de penser au goût bizarre qu’avait mon café ce matin. 

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J’ai commencé ma journée par le tour de l’Ile Grande, qui aurait sans doute été plus joli à marée basse, mais qui m’a permis de voir les anciennes carrières de granite (je ne sais jamais s’il faut écrire avec un -e ou non ; d’après ce que je comprends, le granite c’est un type de roche bien particulier, le granit c’est le matériau). J’ai croisé des randonneurs dont un qui, visiblement décidé à m’insulter au plus profond de mon être, m’a demandé si je mangeais des smarties. Des SMARTIES ?? Non monsieur, je mange un mélange de noix et de fruits secs amoureusement élaboré dans ma cuisine avec mes blanches mains. Merci bien. 

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J’ai aussi recroisé, un peu plus loin, mon jeune ami au gros sac à dos ! J’étais ravie de voir qu’il avait survécu. Lui, par contre, avait l’air moins content de me voir : peut-être qu’il avait passé une mauvaise nuit en bivouac ... ou qu’il était mortellement vexé que je sois arrivée là avant lui. Mystère. Pourtant j’ai été bien sympa l’autre jour et je lui ai couru après pour lui donner la boussole qu’il avait perdue, ce qui m’a fait sourire (intérieurement) : déjà parce que j’ai failli acheter la même, ensuite parce que maintenant que j’y suis, une boussole sur le GR, ça me parait être une précaution ... excessive. Enfin chacun son truc. 

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J’ai passé une bien jolie pause dej à regarder passer les bateaux entre le littoral et l’île Milliau, à Trébeurden. La ville était un peu endormie, mais les plages et les pointes qui l’entourent sont magnifiques. Encore une fois, je n’ai pas vu passer les kilomètres, d’autant que je savais que j’allais y aller doucement aujourd’hui pour m’arrêter avant Lannion. De la pointe de Beg Léguer (ce qui comme vous le savez bien est un pléonasme puisque Beg = pointe en breton), je voyais le Finistère ! Le Finistère les gars ! J’aurais bientôt fait tout le littoral des côtes d’Armor à pied et ça me semble fou. 


Pour fêter ça (et mes deux semaines de rando, un tiers du total !), j’ai fait une vraie longue pause à la plage, en prenant au passage des jolis coups de soleil. Je n’ose pas imaginer à quoi ressemble mon bronzage, mais comme je me vois rarement dans un miroir ces jours-ci, c’est assez peu problématique finalement. Je me suis dis que c’était la première vraie après-midi à la plage d’un été qui m’en promet plein, des comme ça. J’ai l’impression d’avoir trois longs mois qui se dérouleront à mes pieds quand j’aurai fini la rando, trois mois d’été à vivre au bord de la mer. C’est fou, non ?

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Jour 14 : Perros-Guirec - Trébeurden

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Jour 14

💕Date : 14 mai

💕Distance : 25 km

💕Départ - Arrivée : Perros Guirec - Trébeurden

💕Je vois la vie en : (granit) rooooose

Léger problème hier soir : pour la première fois du voyage, impossible de trouver un sèche-cheveux sur le camping. Ce matin, c’était rock’n’roll ... voyez plutôt. 

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En enfilant pour le 14ème jour d’affilée le même teeshirt sous la même polaire (que je mets aussi pour dormir et qui depuis l’incident du Briquet Mouillé me sert aussi d’étui à briquet #multifonctions), j’ai constaté que - pour l’instant en tout cas - je ne m’en lassais pas. Au contraire, c’est assez reposant d’éliminer tous ces choix : la seule décision qui me reste à prendre le matin, c’est de savoir si je mets un short ou un pantalon - c’est l’étendue de mes options, et vu les températures quand je me réveille, ça va assez vite. Pourtant, je m’intéresse assez peu à la mode, même si je n’y suis pas imperméable ; j’ai toujours travaillé dans des environnements qui n’ont jamais nécessité de refonte de ma garde-robe ; et mon dressing est coordonné histoire que tout aille avec tout - ce qui malheureusement veut dire que j’ai le placard d’un nationaliste, tout est bleu, blanc ou rouge. Enfin bon. Je veux dire que je me situe assez bas sur l’échelle des  préoccupations liées aux fringues. Et pourtant, j’ai l’impression rétrospectivement d’y avoir consacré un temps incroyable. Un peu d’argent, aussi - je peux même le quantifier précisément puisque je note toutes mes dépenses liées à ça dans un tableau excel (je ne suis pas folle vous savez). Mais surtout, du temps - à regarder, comparer, acheter, renvoyer, discuter, regarder encore. Je ne suis pas en train de vivre une révolution personnelle, mais ça fait vraiment du bien. Ça me laisse le temps de réfléchir à d’autres trucs, par exemple à ce que je vais écrire ici. Tout le monde suit ?

Bon, j’ai bien fait de choisir le camping où j’étais hier, car c’était en fait (je n’avais pas vu) le tout début de la côte de granit rose. C’était très beau dans la lumière du matin, cette pierre rose-orangée patinée, l’archipel des Sept Îles au loin et le contraste avec la mer si bleue aujourd’hui. J’avais l’impression d’avoir une chance immense. 

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C’est le moment où je vais être un peu sentencieuse, pardon d’avance : les barrières sont là pour quelque chose dans ce genre d’endroit très touristique. C’est moins drôle que de grimper partout, mais il est indispensable de les respecter, vu le volume de visiteurs - et s’il y a trop de monde, je vous conseille d’y aller un 14 mai à 9h du matin : j’étais toute seule. Je vous laisse la photo du conservatoire du littoral et j’arrête de prêcher.

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J’ai donc passé un moment hors du temps parmi ces blocs fous, à regarder la couleur changer avec le soleil qui se levait - sur un sentier en plus ultra aménagé, et je dois dire que parfois, ça fait du bien de se laisser porter. 

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Je suis vite arrivée à Trégastel où je suis allée acheter un briquet (enfin) et me ravitailler. J’ai posé mon sac à l’entrée du magasin : quand je fais ça, les gens doivent se dire que j’ai trop bu, car je suis déstabilisée par l’absence du poids et je titube littéralement. Classe. Depuis que j’ai eu deux trois coups de stress, j’ai toujours peur de manquer de nourriture, mais là j’ai un peu craqué : mon sac devait faire 15 kilos quand je suis repartie. En même temps, vu comment je mange, j’ai de quoi me nourrir peut-être 3 jours. Et puis j’ai visiblement de nouveau été lobotomisée par l’industrie agro-alimentaire puisque je suis ressortie avec des Smacks - ouiii je sais ça n’a aucune valeur nutritionnelle mais comme de toute façon j’ai faim quoi qu’il arrive, autant prendre un truc que j’aime, non ? Quand je dis « un truc que j’aime » : ça doit faire 10 ans que je n’ai pas touché à ces céréales, mais ça m’obsédait depuis quelques jours. Dont acte. 

J’ai mangé (un maximum de trucs pour alléger mon sac) assise contre un gros bloc de granit qui me chauffait le dos, au bord de l’eau. Je suis allé m’y tremper les pieds, ce qui m’a bien dissuadée de vouloir y tremper autre chose : elle était glacée. Pourtant je suis assez solide niveau température de l’eau, mais là, ouch. 

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L’après-midi s’est passée en bord de mer, sur des plages de sables blanc et d’eau turquoise désertes. Je n’ai pas vu défiler les kilomètres. 

Ce soir je suis de nouveau dans un camping (le bivouac commence à me manquer !). J’ai posé le briquet que j’avais récupéré hier bien en évidence sur la table de pique-nique : il dépannera bien quelqu’un d’autre ... C’est du bon karma. Ceci dit, j’ai laissé il y a quelques mois sur une plage des Canaries un sac à dos Patagonia avec à l’intérieur 20€ et une paire d’écouteurs : j’attends toujours que l’univers me les renvoie. 

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J’ai fini de relire Wild, c’était chouette de le relire en « y étant » ! Et puis contrairement à Bill Bryson (qui arrête vite sa randonnée de l’Appalachian Trail pour n’en faire que des sections), Cheryl Strayed fait une bonne partie du PCT - et toute seule. Je crois quand même que ça m’avait plus émue la première fois - j’avais noté que j’avais pleuré ! ce n’était pas le cas cette fois, mais c’était beau et bien écrit quand même. Je viens de commencer « On ne naît pas soumise, on le devient » : c’est un titre un peu provocateur mais c’est en fait un livre de philo féministe, j’en reparlerai après l’avoir lu. Je vais d’ailleurs aller faire ça, en essayant de ne pas m’endormir dessus ...