Jour 12 : Kerbors - Plougrescant

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Jour 12

👿Date : 12 mai

👿Distance : 25 km

👿Départ - Arrivée : Kerbors - Plougrescant

👿Terreurs nocturnes : multiples

Vous l’aurez compris, je suis une débutante en bivouac - on peut même dire une grande débutante. J’apprends donc beaucoup de cette grande randonnée, et principalement de mes erreurs. Hier donc, j’ai fait une grosse erreur. J’ai monté ma tente dans un spot qui me paraissait très bien : à côté d’une table de pique-nique, sur les bords du fleuve. J’avais bien noté la présence d’un parking et d’une jetée à côté, mais sans trop y prêter attention, et j’ai passé une nuit ... d’anthologie. A 23:30 (autant dire le milieu de la nuit pour moi), des types sur la rive d’en face ont lancé des feux d’artifice (joyeux anniversaire !!!). A 5h du mat, un coq complètement hystérique (on aurait dit sans mentir le barrissement d’un éléphant) m’a cassé les oreilles sans discontinuer. Et entre les deux, vers 2h30 du mat, deux mecs sont arrivés dans leur camionnette, avec deux gros chiens (si j’en jugeais leurs grognements et mon imagination, modèle Cerbère) et la ferme intention d’aller pêcher. Je n’ai pas pu m’empêcher de trouver ça chelou - genre contrebandiers dans Tintin ou Jasper et Horace dans les 101 Dalmatiens : mêmes voix patibulaires, mêmes chuchotements louches. J’ai commencé à flipper vraiment beaucoup. Un des deux types a répété deux, trois fois « t’as vu y’a une tente ! ». Un des chiens est venu renifler ma tente et je suis sûre de l’avoir sentie bouger. J’ai vu la lumière de leurs lampes torches passer sur ma tente, encore et encore. Et puis ... plus rien. Ils sont allé pêcher, je suppose. Personnellement, j’étais morte de peur au fond de mon sac de couchage, la bombe lacrymo à portée de main et même mon couteau (qui me sert essentiellement à couper du saucisson et que je mets 5 minutes à déplier. Mais bon.) Message bien reçu : plus de bivouac sur les parkings. 

Cerise sur le gâteau : quand je me suis réveillée à 6h, bien décidée à déguerpir de là dès que possible, toute la rive était dans un nuage. Donc : trempée. Ma tente, mon sac de couchage, bien sûr le sol et les plantes - tout dégoulinait de rosée. Ça ne m’a pas empêchée de mettre le turbo et de me casser de là, et d’aller manger les trois pauvres sablés qu’il me restait loin (très loin) de ce fichu parking. 

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La matinée a donc été humide. J’ai du me résoudre à l’évidence : il fallait serrer les dents et y aller - dans la boue, la vase, la brume que le soleil avait bien du mal à percer. J’ai émergé à Tréguier comme si je sortais la tête de l’eau et me suis assise quelques minutes sur le port, histoire de laisser sécher chaussettes et chaussures. A ce stade, le regard interloqué des gens quand ils me voient (et sans doute pour être honnête quand ils repèrent mes chaussettes à l’odeur) est le dernier de mes soucis. Tout a séché sans problème. 

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J’avais rendez-vous avec mes parents (qui, rappel, n’ont pas l’adresse de ce blog - pour l’instant ! - pour éviter de les traumatiser avec des récits comme celui d’au-dessus ; merci, si vous les connaissez, de m’aider à les préserver !!) quelques heures plus tard. J’ai d’abord mes courses dans un supermarché tres curieux : achalandé de manière vraiment spartiate, mais où j’ai trouvé exactement ce qu’il me fallait. Il n’y avait par exemple qu’un seul parfum de chips : sel & vinaigre (mes préférés). The trail provides! Et puis je suis allée prendre un café et observer avec curiosité des tas de gens se diriger vers la cathédrale, avant de comprendre que 1. La messe existait toujours 2. Il existait encore des gens qui vont à la messe 3. C’était l’heure de la messe. 

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Les retrouvailles furent joyeuses avec la team LG, ravis de voir que leur fille avait survécu une semaine de plus et enthousiasmés par mon bronzage. Nous avons déjeuné dans une crêperie (motivés sans doute par le fait que la crêpe au citron s’appelait « John Lemon », ce qui a évidemment beaucoup plus à mon père) et ils m’ont ensuite accompagnée quelques kilomètres (10 tout de même) sur le GR. 

Les pauvres ont eu un peu le best-of de ce qui rend parfois le sentier moins charmant : petites routes de campagnes pas passionnantes, passages dans la vase sur les rives du fleuve, balisage approximatif. Bon, au moins, ils ont vu ce que c’était, c’est à dire pas toujours une carte postale. Et ça n’a pas empêché ma mère, pour des raisons qui m’échappent, de s’extasier à MOULT reprises sur … les champs d’artichaut.

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Nous avons terminé la balade au Café Pesked à Plouguiel en regardant passer les bateaux et avons vu arriver un jeune homme, de mon âge environ, portant un sac visiblement trop lourd et une jolie casquette rouge. Sourires en coin. J’ai suggéré qu’il s’agissait peut-être de mon double maléfique. Nous l’avons vu hésiter devant le café et puis soudain être rejoint par un couple d’âge mûr. Visiblement ses parents. Éclat de rire généralisé de la team LG. Peut-être qu’il allait à Saint-Malo ... 

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J’ai fini par embrasser mes parents qui faisaient demi-tour là, soulever mon sac lui aussi trop lourd (ma mère, fidèle à son habitude, m’ayant ramené la moitié du frigo) et à continuer gaiement vers Plougrescant où m’attendait un camping. Je me récitais la litanie des choses que j’allais pouvoir y faire : poser ce sac de 2 tonnes ... prendre une douche brûlante ... skyper ma meilleure amie ... toutes les bonnes choses de la vie, quoi. Arrivée devant le camping : accueil fermé le dimanche. Of course. Punaise les gars, on avait dit travailler plus pour gagner plus !! Bon ... je suis repartie vers celui d’après en recommençant ma petite chanson : sac ... douche ... Skype. Et c’est exactement ce que j’y ai fait. Et je peux vous dire que je vais bien dormir ce soir. 

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